Collection Saint- Germain des Prés, n» 709, t. V, p
LETTRES DE MOLE A JM . DUPUY
Nouvelles de Bourgogne. — Siège de Corbie. — Maladie de la fille de Mole. — M. Godefroy est mal payé de sa mission en Lorraine. — Indisposition de Dupuy.
. « Monsieur , la malade est un peu mieux, grâces à Dieu , et vous remercie de votre soin.
" JNous combattons les ennemis de loin par Banier ' ; mais ils nous bravent en Bourgogne^; il feroit bon sçavoir ce qui ne nous a pas été écrit, H semble que Ton ne cherche plus le combat , mais que Ton le fuie . de quoi sert d'avoir demandé congé de donner bataille? « On parle de forcer Corbie bientôt ^ Je ne sais pas les raisons de ce conseil. Je serai toujours, » etc.
H Monsieur, il n'y a pas de raison de laisser passer ce jour sans vous remercier du souvenir que vous voulez avoir de la famille. Si le mal de ma fille vous donne peine, par excès de votre affection, vous pouvez juger, au milieu de mes sentiments particuliers pour elle, quels ils sont en moi. Son âge, son courage et la saison me donnent espérance de mieux, non pas sitôt, puisqu'il y a une cause qui arrête tout.
« Je plains avec vous M. Godefroy, et comme on ne peut ignorer la juste cause de son voyage et sa nécessité, qu'on ne le paye de meilleure monnoie ; il vaudroit mieux dénier le payement que de donner une mau-
I . Banier remporta une victoire sur les Impériaux et les Saxons, près de Havelsberg. Voy. la Gazette deRenaudot, p. 674.
2 Les succès et les revers se succédèrent en Bourgogne pendant l'année I63G. Voyez, à ce sujet, les Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 194 ; et, pour le siège de Dôle par M. le Prince, p. 188.
3. Cette ville fut prise le 24 décembre 1636. Voy. le Journal de Louis XlJl, à Y Appendice aux Mémoires de Mole.
vaise assignation ; j'aurai regret s'il ne fait compagnie à M. d'Avaux; on dit qu'il va préparer les moyens d'une paix générale. Cela s'entend assez. La paix se fait aussi tôt, se croit-on, par la force des armes que par un traité. Je vous souhaite la bonne fête et les longues années en santé , » etc.
« Monsieur, c'est un témoignage de votre affection en mon endroit de prendre part à mes justes déplaisirs. Il est vrai que je suis sensiblement touché de la maladie de ma fille'. J'admire sa patience en l'extrémité de son mal ; T)ien toutefois est aussi puissant qu'il fut jamais et espérerai tant qu'elle respirera. Ce que vous m'écrivez de votre indisposition est un mauvais lénitif pour moi : je vous conjure de choisir un ami médecin et de le croire, quoi que votre Académie en dise. Je sçai les déclamations , mais par conseil on peut faillir sans reproche. Songez à vous surtout et m'aimez puisque je suis*, » etc.