‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 121 sur 167 · Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettres lx, lxi, lxii · texte numérisé non relu

Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettres lx, lxi, lxii

lés de velours vert de chacun côté. A sa main gauclie M. de Bullion, surintendant, et M. de Léon Bruslarl; à sa main droite , M. le gouverneur duc de Montbazon, M. de Roissy, doyen des conseillers d'État, et moi, ayant excusé M. le Premier Président de ce qu'il étoil aux champs; M. de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, debout; Mme la marquise de Senecey, dame d'honneur de la Reine, derrière la chaire de la Reine; M. le Prévôt des marchands, debout derrière ; M. Cornuel-Maller, intendant; Fioubet, trésorier de l'épargne, et Bordier, secrétaire du Conseil, aussi derrière, proche la fenêtre.

Et après que M. de Bullion eut exposé l'affaire des rentes nouvelles sur la ville, changées en droits, l'arrêt du Conseil a été lu, comme projet d'arrêt, pour être publié comme donné au Conseil du Roi proche de la Reine.

M. le Prévôt des marchands a ensuite demandé qu'il plût à la Reine lui renvoyer la cognoissance des meurtres commis par les soldats de la garde en faction, et au heutenant criminel d'en cognoître : ce qui a été différé jusques à ce que l'on vit les exemples et leurs informations.

11 a parlé aussi des commandements du Roi rendus 'pour l'affaire des Carmes de la place Maubert ; mais il fut dit que l'on en parleroit avec M. le Premier Président, auquel leur conventuel se rapportoit'.

i . Collection Colbert, t. V, p. 232 ter.

LE CHANCELIER SÉGUIER A MOLE

Affaire de M. de Bernav. — Prise de la demi-lune près Corbie. — L'armée de Monsieur s'avance contre les ennemis. — Neutralité du roi de Danemark. — Les Suédois. — Le landgrave de Hesse. — Affaires d'Allemagne.

«Monsieur, j'ai fait expédier les lettres que vous avez désiré pour M. de Beriiay, avec prorogation et délai pour juger. Je crois que vous aurez eu avis de l'entreprise heureusement exécutée par les armes du Roi aux approches de Corbie : la demi-lune appelée de Rome a été prise , en sorte que par cette pièce l'on est proche du fossé, et la sortie de la ville, du côté de France, leur est coupée. L'armée commandée par Monsieur s'approchera de l'autre côté de la Somme et campera, aujourd'hui, à trois lieues d'Amiens. Les ennemis sont du côté de Montreuil , où ils font leurs désordres accoutumés ; ils se retirent en désordre et perdent souvent leur bagage '. On envoie quelques régiments de ces armées du côté de Champagne; M. ie duc de Longueville a ordre de passer, avec les forces de Normandie. Vous avez su la neutralité acceptée par le roi de Danemark , la résolution des Suédois de continuer la guerre, et qu'ils ont pris les États de Lunebourg , défait huit régiments du Saxon

1 . Les lettres du chancelier Séguier à Mole nous disent les principaux événements militaires de l'année 1635, que les Mémoires fie Richelieu racontent dans le plus grand détail. On serait disposé à croire que le Cardinal tenait beaucoup à établir sa réputation militaire, par les soins minutieux qu'il apporte dans ses Ménioircs à la description stratégique de tous les mouvements des armées (T. IX, p. 240 et suiv.;. Mais on sait aussi quelle très-grande part les secrétaires du Cardinal prirent à la rédaction de ce travail.

et à présent leurs armes sont très-puissantes. Le landgrave de Hesse a confirmé son traité et doit secourir Hermesfein; tellement que les affaires d'Allemagne se relèvent fort. Il faut espérer de tous ces heureux succès une bonne paix ; cependant je vous demande la conservation de votre amitié, en ces assurances que je la chéris et estime de tout mon cœur, et que personne ne désire vous servir plus que moi , qui suis, etc. De Roye, ce 29 septembre 1636. »

LE CHANCELIER SÉGUIER A MOLE

lies créanciers de la reine Marguerite. — Les Carmes de Paris. Siège de Corbie. — Les ennemis sont pressés de très-près. — Le comte de Bossut est entré dans Corbie.

« Monsieur , j'ai différé de prendre aucune résolution sur l'affaire des créanciers de la reine Marguerite \ tant que nous serons en deçà. Les raisons que vous représentez seront considérées et ne sera fait aucun préjudice aux intérêts du P\oi. Je ne vous ai rien mandé sur le sujet de l'entreprise des Carmes, M. de Bullion en a écrit et n'ai pas vu que l'on se dispose , en l'absence du Roi, d'user d'aucune force contre ces religieux, particulièrement le Parlement ne témoignant pas approuver ce procédé et ce changement. Cependant, ils prendront établissement, et leur violence leur profitera et servira d'exemple pour entreprendre en d'autres occasions.

<( Je ne vois pas que nous soyons disposés à partir si promptement de deçà. L'on croit que le Roi se résout de voir l'événement du blocus de Corbie^; il pourra

1. Voyez une lettre du Roi sur le même sujet, t. I*"", p. HO.

2. Nous compléterons les récits relatifs au siège de Corbie en

peut-être faire quelques promenades*, mais son siège et sa demeure principale sera de deçà. Voilà la disposition qui est en vérité du tout nécessaire, pour espérer un succès avantageux de ce que l'on a entrepris. Peut-être il y aura quelque changement, mais si cela est, l'armée se perdra : la saison la ruine assez. Il y a néanmoins vingt-six mille hommes effectifs et neuf mille chevaux. Il faut bien espérer des affaires, la cause est juste, le Roi défend ses États et le domaine de sa couronne. Les ennemis sont toujours fort pressés de plusieurs incommodités à l'apparence, etdevroient se rendre promptement ; mais les étrangers souffrent souvent jusques à de grandes extrémités. Le comte de Bossut est entré dans la ville ; quant à leur armée, elle est toujours vers Arras. L'on a divers avis : les uns rapportent qu'ils veulent entreprendre un secours; l'on ne croit pas qu'ils le puissent exécuter, le campement étant à sa perfection : les autres disent qu'ils n'entreprendront rien de cet hiver et mettront leurs troupes en garnison. Enfin nous sommes en attendant de deçà l'événement des affaires; la maladie continue en celte ville et quelque soin que l'on apporte, l'on ne peut arrêter le mal. Il faut espérer la protection d'en haut et se résigner en sa providence. Cependant je vous assurerai que je suis , etc. D'Amiens , ce 1 9 octobre 1636. »

donnant dans V Appendice aux^Mémoires de Mnlé^ les particularités et le journal de ce siège, rédigés et écrits de la main de Louis XIII. 1 . Le Roi se rendit en effet à Chantilly, le 26 octobre , pour changer d'air et donner moyen de nettoyer son quartier, «où il étoit mort torce gens de la peste. » {Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 247.)

LE CHAIfCELIER SÉGUIER A MOLE.

Siège de Corbie. — Levée du siège de Saint-Jean de Losii«.

« Monsieur, je vous envoie la commission pour la chambre de l'Édit ; les affaires de deçà m'avoient fait oublier qu'elle ne vous avoit été mise entre les mains. Je juge bien qu'elle arrivera un peu tard; mais je n'estime pas que les affaires soient si pressées, que l'ouverture ne souffre bien ce petit délai sans préjudicier beaucoup au public.

« L'on continue les attaques de Corbie; les travaux s'avancent et les soldats s'y portent avec chaleur, en espérance d'avoir du repos après cette prise, et de se délivrer des incommodités et fatigues qu'ils auroient dans le séjour de l'hiver. La circonvallation est achevée, qui donne sûreté aux assiégeants, et les relève de la crainte qu'ils pourroient avoir que les ennemis ne voulussent entreprendre quelque chose. L'on a avis qu'ils se sont retirés à Airas et au delà de Bapaume, et qu'ils abandonnent Corbie, jugeant bien qu'ils ne peuvent y donner secours. Ceux qui sont du métier croient que cette place ne durera pas encore quinze jours; il y a peu de gens de guerre pour sa défense; l'on en compte, par les avis, huit cents capables de combattre , et tous les jours ils se diminuent par les fatigues et nécessités qu'ils souffrent. Ce siège achevé , on aura moyen de secourir les autres armées; c'est tout ce que l'on a de deçà.

(( Vous aurez sçu le secours que l'on a donné à Saint-Jean-de-Losne , la défaite des ennemis qui ont été contraints de lever le siège, avec perte de bagage et huit cents des leurs, et ils disputoient leur canon.

DE ^lATHIEU MOLE. (1636.) 369

L'on croit qu'ils les perdront et qu'ils seront défaits en leur retraite. L'on a tout sujet de bien espérer des affaires du Roi, et que celte prospérité nous donnera une heureuse paix'. D'Amiens, ce 10 novembre. »

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