‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 157 sur 167 · Collection Colbert, t. V, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. V, p

père, qui fut importuné de le faire, tant par les religieux anciens que par plusieurs de la ville , y a\ ant un grand nombre de peuple qui n'étoit pas confirmé, en quoi ni les uns ni les autres ne croyoient pas offenser Monseigneur d'Amiens, à cause des privilèges et possessions en lesquelles il disoit être. Et pour montrer qu'ils y alloient innocemment , ledit père prieur envoya emprunter une crosse à Amiens , laquelle Messieurs du Chapitre prêtèrent. Mais ledit seigneur étant venu à Paris, il prit la peine de venir à Saint-Germain pour m'en parler : j'ai mandé veniiledit père prieur de Corbie , lequel a convenu avec ledit seigneur d'Amiens qu'il représenteroit les titres que chacun a pour soutenir son droit', et qu'on s'en rapporteroit à l'avis de quelques amis communs ; à quoi on va travailler incessamment. J'espère que tout se terminera avec paix : car outre le respect que nous portons à tous nos seigneurs les prélats, nous honorons et vénérons particulièrement ledit seigneur d'Amiens, et pour son mérite et pour la singulière affection qu'il a toujours témoignée à la congrégation; et ledit père prieur m'a bien assuré que s'il eût fait réflexion à celte action et cru que ledit seigneur s'en fût offcusé, il ne l'eût jamais faite. Je suis bien marri que nous soyons toujours occasion que vous ayez souvent les oreilles rompues pour nous, cela nous doit obliger davantage à être plus circonspect et recognoitre d'autant plus les obligations que nous avons à votre piété. Vous suppliant très-humblement que cela

1 . Mole rédigea aussi, sur cette question, un Mémoire sur V entreprise faite par M. le Nonce d'officier pontificalenient en Pabbaye de Corbie. On le tiouvera à V Appendice de ces Mémoires.

ne vous rebute point de nous continuer l'honneur et grâce de votre protection , et nous tâcherons d'être plus sages, et prierons Dieu pour votre prospérité, et de votre pieuse et iUustre famille , et moi particulièrement en qualité que je présume de prendre. Monseigneur, de votre *, etc. A Paris , le 24 octobre

« F. Grégoire Tarrisse. »

1, Collection Colbert, t. CLVI, p. 383.

2. Les événements les plus importants de l'année d640 se passèrent hors du royaume de France , en combats plus ou moins heureux. Il n'est donc pas surprenant que les papiers de Mole ne contiennent pas de récits importants pour cette môme année. La partie des Mémoires de Richelieu, que l'on trouvera à V Appendice de ceux de Mole , comblera cette lacune. L'édition Petitot des Mémoires de Riclielieu ne donne pas les ) écits de l'année 1640. Du reste, en consultant la Gazette et le Mercure français, rédigés par Renaudot, sous les ordres du Cardinal ministre, il est facile de remarquer combien les nouvelles intérieures furent peu variées. Les seuls événements dont les papiers de Mole ne parlent pas sont : la révolte des communautés d'Armagnac et autres {Mercure, 512) ; l'arrivée de IMazarin à Paris : « Le Roi, d'après la Gazette (p. 36), voulant récompenser le zèle qu'il avait témoigné à l'avancement de la paix, l'avait jugé digne de sa recommandation à Rome pour le chapeau, et le nomma de plus son plénipotentiaire j)Our la paix générale, qui devait se traiter à Cologne ; les séjours fi^équents du Roi au château de Chantilly et du cardmal à Royaumont ; (le là Louis XIII se rendit à Soissons, au mois de mai (Gazette, p. 304- 376); la mort d'André Duchesne, célèbre historiographe du Roi, ayant laissé imparfait le Recueil des historiens français, dont il avoit promis vingt-cinq volumes (Gazette, p. 30); une déclaration du Roi relative aux monnaies (Gazette, p. 408, 784); l'ouverture des audiences du Parlement, où le sieur Talon, avocat général, fit une harangue pathétique et pleine de doctrines et de recherches de l'antiquité ; et le premier président Le Jay, joignant à son autorité celle de plusieurs écrivains sacrés et profanes, ferma cette séance par les blâmes qu'il donna à l'avarice, reconnue pour la principale cause qui apporte le désordre en la justice (Gazette ,

p. 808), « l'arrivée à Paris, le 17 décembre, du sieur Poussin, excellent peintre , que le Roi avoit fait venir de Rome, et qui fut reçu par de Noyers, surintendant des bâtiments , et ensuite par Son Eminence, avec des caresses proportionnées à la grandeur du mérite et de la réputation qu'il s'étoit acquis en son art » (Gazette, p, 848); la révocation des anoblissements accordés depuis trente ans ; enfin la mort du premier président Le Jay, auquel Mathieu Mole devait succéder, annoncée en ces termes : « Le 30 décembre, mourut, sur les sept heures du soir, le sieur Le Jay, en sa 66« année, après avoir été conseiller au Châtelet, conseiller au Parlement , procureur du Roi , lieutenant civil audit Châtelet, président au Parlement vingt ans durant, et dix ans Premier Président ; de toutes lesquelles charges il s'est acquitté fort dignement. Le lendemain, son corps, paré des habits et marques d'honneur, fut visité d'une foule extraordinaire de personnes. Le jour de l'an, il fut enterré dans la chapelle de l'église des IMinimes de la place Royale, ayant déclaré, par son testament, qu'il ne vouloit aucune pompe , et par icelui disposé de la plupart de ses biens au profit du sieur Le Jay, son neveu , conseiller au Grand Conseil , fait de grands legs aux pauvres et à ses domestiques^ et déclaré, pour exécuteurs testamentaires, les sieurs Sanguin, conseiller en la cour des Aides, et Laraet, ancien avocat. » (Gazette de 1641, p. 12.) — Mole ne parle pas en termes très -flatteurs du premier président Le Jay dans ce volume, p. 101 , 102. Ce fut peut-être le motif du silence que gardent ces Mémoires sur la mort de ce premier président et sur les incidents qui précédèrent la nomination de Mathieu Mole à cette importante fonction.

Les documents dispersés dans la collection Colbert , dont nous n'avons pas fait usage dans les Mémoires de cette année, sont les suivants ; Lettres du Roi à Mole , relatives aux soldats espagnols qui traversent la France (t. V, p. 26S); au duc de Mantoue (p. 266); au don du comté de Dammartin à M. d'Effiat (t. VIII, p. 222); à une lettre de jussion pour le Parlement (t. CCXVI, p. 236); à la création d'une charge de greffier (t. V, p. 269); au petit scel (p. 270); deux lettres sans intérêt de Richelieu (t. VI, p. 269, 270); lettre relative à la fête de l'Assomption (t. V, p. 273, 274); un arrêt de la Cour relative à un prêtre suborneur (t. CLXII, p. 329, 330); lettres diverses du Roi sans valeur historique (t. CCXIV, p. 119, 120; t. V, p. 278, 279). Cette dernière pièce est relative à un duel.

Déclaration du Roi limitant les pouvoirs du Parlement. — Ordre d'obéir.

— Plaintes du Roi contre la Grand'Chambre — Siège d'Aire. — Nouvelles de Pologne et de Portugal. — Prise de la ville d'Aire. — Te Deum et préséance. — Révolte du comte de Soissons et du duc de Bouillon. — Mort du comte de Soissons — Abolition en faveur du duc.

— Recommandation faite à Mole d'écrire à Richelieu au sujet des succès des armées du Roi. — Prise de Bapaumc et de Coni. — Queyrasque et Chivas délivrées du siège mis par les Espagnols. — Mole est nommé premier président du Parlement. — Mort de la présidente Mole. — Le Parlement, à cette occasion , ne tient pas de séance.

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