DÉCLARATION DU ROI POUR RESTREINDRE LES POUVOIRS DU PARLEMENT
L'autorité royale doit être obéie et respectée par tous les sujets du Roi.
— Les désordres de la Ligue avaient affaibli la monarchie. — Henri IV releva l'autorité royale. — Rares et excellentes vertus de ce prince. — Sous son règne la France fut le modèle des monarchies. — Entreprise du Parlement contre l'autorité royale pendant la minorité deLouis XIII.
— Il ne devra jamais, à l'avenir, s'entremettre des affaires d'Etat, de l'administration, ni du gouvernement. — Tous les ans des lettres patentes lui accorderont l'investiture royale. — Après deux remontrances du Parlement, les édits devront être exécutés. — La Cour n'emploiera jamais les termes injurieux pour le Roi : « ne devons ni ne pouvons. » — Les édits relatifs aux finances ne seront jamais modifiés par arrêté de la Cour. — Les offices du président Barillon et autres conseillers sont supprimés. — Le prix en sera remboursé aux anciens titulaires. — La discipline s'étant relâchée, la mercuriale sera faite tous les trois mois. — Un règlement général pourvoiera aux autres abus.
Le mercredi 20 février, M. de Rhodes, grand maître des cérémonies, a apporté à la Cour des lettres closes du cachet du Roi, portant que Sa Majesté ayant résolu de venir, le jeudi 21 , en sa cour de Pailement pour y tenir son lit de justice, pour traiter d'aucunes affaires concernant le bien de son service et de l'Etat , man-
doit à la Cour de s'y trouver en corps, pour recevoir le Roi en l'ordre accoutumé en telle cérémonie.
Le jeudi 21 , le Roi accompagné des ducs d'Orléans, du prince de Condé, des ducs d'Uzez, de Ventadour, de Luynes, de Chaulnes, de Cliâtillon, de Chevreuse, grand chambellan , de Cinq-Mars , grand écuyer, du cardinal de Richelieu, du chancelier Séguier ayant le cordon bleu, du secrétaire d'État, des archevêques, des évéques, conseillers d'État, maîtres des Requêtes, et autres officiers, vint seoir en son lit de justice'. La Cour étoit en robes et chaperons d'écarlate , MM. les Présidents revêtus de leurs manteaux et mortier. Le Roi a ôté son chapeau et l'a aussitôt remis, et a dit : « Messieurs , je suis venu en ce lieu sur les occasions qui se présentent, et ai chargé 3L le Chancelier de vous dire ce qui est de mon intention.» Ledit sieur Chancelier, après avoir fait la révérence au Roi, remis en sa place, couvert, a fait entendre les raisons qui avoient mû le Roi de venir en son Parlement. Ce fait, M. le Président de Bellièvre et tous les Présidents
4. La Gazette du temps annonça cette cérémonie, dans les termes suivants, mais on doit lemarquer qu'après avoir promis de publier, au premier jour, la déclaration du Roi vérifiée en ce lit de justice, elle ne l'a cependant pas imprimée : » Le Roi partit du Louvre, sur les sept à huit heures du matin , accompagné des princes et seigneurs de sa cour, et, passant entre les acclamations de son peuple, prit le chemin du palais , duquel toutes les avenues étoient gardées à l'ordinaire, pour se garantir de la foule du peuple curieux de voir telles actions. Sa Majesté prit la place de Premier Président (M, Le Jay était mort). La harangue du Chancelier fut également docte, éloquente et judicieuse; le président de Bellièvre ayant, par la sienne, renouvelé l'ancienne gravité gauloise, avec l'approbation d'un chacun, le sieur Talon, avocat général, parlant encore fort disertement et avec grande satisfaction de tous , » etc.
KOO MÉMOIRES
découverts mettant le genou en terre, aussitôt le Roi lésa fait relever; et, découvert, ledit sieur de Bellièvre remercia Sa Majesté de Thonneur qu'elle faisoit à son Parlement et l'assura de son affection et fidélité à son service. Ensuite les huis ont été ouverts et fut donné lecture des lettres patentes en forme d'édit', portant défense à la cour de Parlement de Paris et autres de se mêler d'aucune affaire d'État, que de rendre seulement la justice, en ces ternies : « Louis, etc. Il n^y arien qui conserve et qui maintienne davantage les empires, que la puissance du souverain également recognue par ses sujets. Elle rallie et réunit si heureusement toutes les parties de l'État, qu'il naît de cette union une force qui assure sa grandeur et sa félicité. 11 semble que l'établissement des monarchies étant fondé sur le gouvernement d'un 3eul , cet ordre est comme l'âme qui les anime et qui leur inspire autant de force et de vigueur qu'il a de perfection; mais comme cette autorité absolue porte les États au plus haut point de leur gloire, aussi lorsqu'elle se trouve affoiblie on les voit en peu de temps déchoir de leur dignité. Il ne faut point sortir de la France pour trouver des exemples de cette vérité; les règnes des rois nos prédécesseurs en fournissent assez : on a vu cette couronne prête de tomber sous la domination de ceux à qui elle devoit plus tôt commander ; les désordres et les divisions funestes de la Ligue , qui doivent être ensevelis dans un éternel oubli , prirent leur naissance et leur accroissement
1. Le P. Griffet cite cette déclaration dans son Histoire de France, année 164t. Orner ïalon en parle aussi dens ses Mémoires (édit. citée p. 73). Enfin, elle a été imprimée en •1641 , in-tâ, à Paris, par Ant. Estiene (voy . Catal. de ta Bibliulh. imp. , n" 3240).
dans le mépris de l'autorité royale ; elle fut tellement ébranlée par les entreprises injustes de ceux qui dévoient plus la révérer, que si Dieu, protecteur des rois, n'eût prévu leur mauvais dessein, le sceptre eût peut-être été arraché de la main d'un prince légitime, pour passer en la main d'un usurpateur.
« Henri le Grand , notre très - honoré seigneur et père, en qui Dieu avoit mis les plus rares et les plus excellentes vertus d'un grand prince, succédant à la couronne de Henri III , releva, par sa valeur, l'autorité royale, qui étoit comme abattue et foulée aux pieds , il lui rend l'éclat de sa majesté presque effacée par la désobéissance et par la rébellion des peuples , et au milieu des plus grands désordres de l'État , la France , qui étoit une image d'horreur et de confusion, devint, par sa vertu, le modèle parfait des monarchies les plus accomplies. Mais lorsque plus puissante et plus glorieuse qu'elle n'avoit jamais été, elle recueilloit, dans un profond repos, les fruits des labeurs de son monarque incomparable , elle lui vit finir ses jours au même temps qu'elle le désiroit immortel pour sa félicité.
« Alors nous commençâmes de régner, étant encore dans la minorité ; mais comme il étoit difficile que le règne d'un prince étant encore en si bas âge fût conduit avec la force et avec la vigueur si nécessaires pour maintenir l'autorité royale au point où notre trèshonoré seigneur et père l'avoit mise, l'on vit aussi que, dès l'entrée de notre règne, elle reçut de dangereuses atteintes. Notre cour de Parlement de Paris, quoique portée d'un bon mouvement , entreprit , par une action qui n'a point d'exemple et qui blesse les lois fon-