Peu de temps auparavant, le cardinal de Richelieu avait
Monsieur, son frère unique, et Tavoient emmené hors du royaume. La Cour arrêta de voir les registres avant d'en délibérer.
Mais le jeudi 24 avril, nous reçûmes l'ordre de présenter à la Cour de nouvelles lettres de jussion du Roi, dont la teneur ensuit : « De par le Roi. Nos amés et féaux, encore que depuis peu de jours nous vous ayons, par nos lettres closes, exposé les raisons qui nous ont porté à faire expédier nos lettres patentes de déclaration, à l'encontre de ceux qui, par leurs mauvais et pernicieux conseils, ont emmené hors le royaume notre très-cher et très-amé frère le duc d'Orléans et autres qui l'ont suivi , et fait cognoitre bien clairement combien il importe à notre service et au repos de l'État, que lesdites lettres soient promptement enregistrées et mises à exécution; néanmoins, à cause que l'arrivée des fêtes pourroit avoir retardé l'exécution de cette notre volonté , en laquelle nous persistons, à ces causes : nous voulons, vous mandons et très-expressément enjoignons derechef, par ces présentes, signées de notre main, que toutes autres affaires cessant et post-posées, vous ayez, au premier jour après les fêtes , même auparavant l'ouverture de vos audiences et les mercuriales que vous avez accoutumé de tenir, à procéder à la publication et enregistrement de nos susdites lettres de déclaration , selon leur forme et teneur, sans y apporter aucune longueur, modification, ni difficulté, ainsi que nous vous l'ordonnons. Si n'y faites faute, car tel est
essayé de gagner ces mêmes personnages par des promesses diverses qui ne furent pas réalisées; ils exercèrent alors de nouveau leur ressentiment et leur haine contre le cardinal.
notre plaisir. Donné à Fontainebleau, le 17' jour
d'avril 1631..>
La Cour mit en délibération , toutes les Chambres assemblées , les lettres de cachet et de déclaration du Roi, du 30 mars dernier; mais l'heure ayant sonné, la délibération fut continuée au samedi 26 avriP.
Ce jour, la Cour, toutes les Chambres assemblées, délibérant sur la déclaration du Roi donnée à Dijon, contre les personnages dessus nommés de la suite de M. le duc d'Orléans, frère du Roi, il y eut nombre égal de Yoix pour les deux a\is suivants : « A dire que, dans un mois, à la requête du Procureur Général du Roi, il sera informé des faits contenus en la déclaration , pour, ladite information faite, rapportée et communiquée au Procureur Général et vue par la Cour, être ordonné ce que de raison. » Deuxième avis : « A dire que le Roi sera supplié de vouloir entendre les raisons pour lesquelles la Cour n'a pu, quant à présent, procéder à l'enregistrement de ladite déclaration. » 11 n'y eut donc point d'arrêt ^ Je fus en rendre compte au Garde des Sceaux.
Le 29 avril , le Roi m'écrivit au sujet de cette même déclaration et sur ce partage des opinions, ainsi qu'il suit : « M. Mole , désirant d'être éclairci de ce qui s'est passé en ma cour de Parlement, sur la déclaration que j'ai envoyée pour y être enregistrée et publiée à l'encontre de ceux qui sont sortis hors le royaume avec M. le duc d'Orléans, je vous ai bien voulu faire la présente pour vous dire, qu'incontinent
i . M. Bazin indique cette délibération sous la date inexacte du 23 avril. {Hist. de Louis XIII, p. 215.) 2. Collection Colbert, t. CCXIII, p. d26.
DE 31ATHIEU MOLE. (1631.) 47
icelle reçue, voas ayez à m' envoyer la délibération qui a été sur ce prise en ma dite Cour ; ce que me promettant que vous ferez sans aucun retardement, je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Mole, en sa sainte garde \ Écrit à Fontainebleau, le 29^ jour d'avril 1631 . )^
J'informai M. de Cliâteauneuf de la demande du Roi par la lettre suivante : « Monseigneur, je me promettois que l'iionneur que j'avois eu , en recevant vos commandements, de vous dire ce qui s'é-toit passé en la compagnie, lors de la délibération sur les lettres de déclaration contre ceux qui sont sortis hors du royaume avec Monsieur, pourroit satisfaire à ce que vous pouviez désirer sur ce sujet. Et néanmoins, j'ai reçu, depuis, commandement du Roi de lui en envoyer l'acte; ce que j'ai fait, duquel vous trouverez aussi ci enclose la copie. Le nombre égal de voix à chacun des avis est cause qu'il n'y a point eu de résolution prise ; et l'affaire ayant été traitée , les Chambres assemblées, quoiqu'en petit nombre, ne laissent pas de composer toute la compagnie : de sorte qu'il n'y a plus lieu de délibérer sans nouvel ordre.
« Quant aux affaires particulières qui se traitent en chacune des Chambres , lorsqu'on se trouve parti en opinion , on peut, allant en une autre Chambre, trouver d'autres juges : ce qui ne peut être les Chambres assemblées. Car, encore que chacun des conseillers n'ait pas opiné, ceux néanmoins qui y ont été appelés , quoiqu'en petit nombre , ayant composé le corps de la Cour, on ne peut remettre l'affaire en délibération , puisque ce seroit délibérer deux fois d'une