‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 51 sur 167 · LETTRE DE MOLE AU GARDE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

LETTRE DE MOLE AU GARDE DES SCEAUX

(( Monseigneur, par les lettres du Roi du 1 5 de ce mois, j'ai recognu les sentiments de Sa Majesté sur ce qui s'étoit passé au Parlement , en la délibératioii sur les lettres patentes portant défense de s'assembler. Je vous en avois déjà écrit dès le 13, et eusse encore soubaité pouvoir différer, me promettant toujours

-1. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 18(3.

que le temps pourroit faire naître quelque nouvelle occasion, laquelle on pourroit prendre pour maintenir l'autorité royale et remettre les choses en meilleur ordre ; mais le commandement est si précis, qu'il n'y a lieu qu'à l'obéissance. Le greffier faisant difficulté de me délivrer l'arrêté, je suis entré ce matin à la Grand'Chambre, afin de sçavoir si ce refus étoit fait par ordre public ou particulier, et en ayant été remis à dix heures et puis à demain, je n'ai pas voulu manquer d'écrire la vérité du procédé. On a proposé d'écrire à Sa Majesté, au nom de la compagnie, afin qu'elle pût être certaine de ses intentions , qui pourroient être prises autrement qu'elles ne sont , et pour lui rendre les assurances de sa fidélité et l'éclairer des causes de ce qui s'est passé- Si Sa Majesté, étant éloignée, pouvoit n'avoir pas encore été informée des arrêts donnés la semaine passée, et qu'il lui plut de recevoir ce nouveau débat pour témoignage des désirs extrêmes qu'elle a de rentrer en grâce avec son prince, duquel elle n'a reçu depuis peu que des mar- ques de son courroux , ce seroit donner sujet à un chacun d'éviter les occasions d'y tomber à l'avenir. Et encore que ce soit un foible effet , il en produiroit d'autres à la suite desquels Sa Majesté seroit contente. Je me tiendrai bien heureux d'y pouvoir contribuer quelque chose, vous assurant que je vous obéirai toujours comme \ etc.

a Du 18 décembre 1631 . »

« Monseigneur, j'ajouterai seulement à celle que j'eus l'honneur de vous écrire hier, que ce matin les

■1 . Collection Golbert, t. CCXIII, p. 189.

Hfi MÉMOIRES

Chambres ont été assemblées sur la proposition que je fis hier touchant l'arrêt sur les lettres patentes, et qu'il m'a été dit pour réponse , les Chambres étant encore assemblées, par M. le Premier Président, que son Parlement n'a point fait d'arrêt par écrit et que l'assemblée des Chambres sur ce sujet, et les autres ensuite, ont été faites suivant l'ordre accoutumé, et qu'il avoit été arrêté d'écrire au Roi pour lui rendre compte particulier de ce qui s'étoit passé et lui donner les assurances de sa fidélité. Le courrier me presse tellement que je ne peux que vous assurer que je serai toute ma vie*, etc. Ce 19 décembre 1631 . »

J'écrivis , ce même jour, à M. de la Ville-aux- Clercs, en ces termes : « Monsieur, je ne doute point que vous n'ayez été surpris d'avoir sçu par d'autres comme les lettres patentes avoient été présentées, puisque je vous avois donné avis de la première résolution de ne s'en aider point. Mais , maintenant, je m'assure que vous approuverez le conseil, puisque par l'événement les volontés du Roi n'ont point été suivies. Il plait au Roi, par ses lettres du 15, me commander deux choses : l'une, de lui envoyer l'arrêt sur la présentation des lettres : mais, étant entré en la Grand'Chambre , sur le refus du greffier de le délivrer, et ne m'ayant point été rendu de réponse, ains que demain on en parleroit en la compagnie, j'ai cru être obligé toujours d'écrire,- afin que la demeure ne me soit imnutée. L'autre, si les Chambres ont été assemblées pour délibérer sur lesdites lettres^ et depuis par l'ordre de la Grand'Chambre, ou si léS

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