‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 63 sur 167 · Collection Colbeit, t. CCXIII, p · texte numérisé non relu

Collection Colbeit, t. CCXIII, p

sur l'avis qu'il avoit eu de ce qui se passoit en sa cour de Parlement, » et suivit son discours en représentant la délibération que l'on avoit tenue en la compagnie, qu'il accusa comme téméraires entreprises, innovées et sans exemple, sur l'autorité du prince, action qui pouvait mériter même traitement que les perturbateurs du repos public ; parla de la puissance monarchique avec les maximes que je vous laisse à juger; traita les grandes actions qu'avoit fait le Roi à la Rochelle, en Italie, et que les contradictions qu'il avoit en son État par l'absence de la Reine, sa mère, et de Monsieur, ne l'avoient empêché, dans une fâcheuse saison, d'entreprendre ce voyage : et suivit ce discours en remarquant les desseins du Roi en cette guerre d'Allemagne, et conclut que, bien que le Roi eût sujet de nous maltraiter, usant de bonté, il nous renvoyoit en l'exercice de nos charges. C'est la substance de ce discours auquel M. le Premier Président fit réponse. Et ensuite le Roi repartit. Je ne vous redirai les paroles, m'en remettant à l'avis que vous en donnera celui qui vous envoie ma lettre. Enfin nous avons congé, et l'on tient pour résolu que les interdits ne partiront avec nous, demeureront pour quelques jours ici et seront ensuite envoyés en leurs maisons des champs , sans entrer en la compagnie, se retenant Sa Majesté d'ordonner de leur rétablissement lorsque le règlement qu^il doit faire pour la compagnie sera vérifié. Auquel règlement la clause de l'ouverture, avec commission, ne sera point : c'est ce que je vous puis mander, étant pressé du partement du courrier, remettant le reste à un plus long entretien à Paris. J'espère partir d'ici le lendemain ; et, en attendant, je vous prierai me con- II 10

i 46 MÉMOIRES

tinuer votre amitié, et je suis\ etc. De Metz, ce dernier janvier 1632. »

Les députés du Parlement partirent de Metz le 4 février et arrivèrent à Paris le 12 , et le lundi 16, Messieurs sont rentrés au Parlement. M. le Premier Président m'envoya appeler et fit rapport de ce qui s'étoit passé en ce voyage. Et entre autres choses a dit : « qu'il avoit eu audience sans que Messieurs les cinq interdits y fussent présents, et que, s'étant employé avec Messieurs les deux antres présidents pour obtenir leur retour, il leur avoit été dit qu'ils dévoient partir de Metz sans eux, et que c'étoit le moyen pour faire en sorte qu'ils pussent recevoir grâce, laquelle on pouvoit espérer en peu de jours. Ce fut M. le président Poltier qui remercia Messieurs des soins qu'ils avoient pris pour la compagnie.

Cette espérance étant donnée publiquement du retour de Messieurs, nous avons cru ne devoir rien lors proposer, quoique l'on prévoie assez les conséquences d'un tel traitement fait à des officiers de cour souveraine, et à l'instant chacun s'est retiré, et l'audience a été tenue.

On apprit incontinent que Messieurs les cinq absents avoient reçu ordre de se tenir àMeaux jusques à ce qu'il plût au Roi en ordonner autrement. Et le 2 mars, M. le Garde des Sceaux me dit qu'il avoit reçu ordre du Roi de mander à ces cinq Messieurs absents qu'ils pouYoient aller trouver le Roi à Saint-Germain, le remercier, et retourner en l'exercice de leurs charges.

Je devois prononcer en celte occasion le discours

Page 1