‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 64 sur 167 · Collection Colbert, t. CCXIII, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. CCXIII, p

suivant, que je ne dis pas : « Nous ne pouvons, après avoir entendu le récit de ce qui s'est passé en exécution de l'arrêt du Conseil , que nous ne témoignions l'extrénae regret qui nous reste de recognoitre que cette grande et auguste compagnie , qui a servi de rempart et de soutien à la royauté pour conserver la monarchie en son entier, es temps les plus difficiles , soit déchue en l'esprit de son prince, son seigneur et son monarque , de l'opinion et de l'estime qu'il en doit avoir. Nous osons nous promettre que ces nuages se passeront bientôt, que le caln e se rétablira et qu'en peu de temps elle reprendra la créance due à la fidélité de ses actions. En attendant, nous ne manquerons pas à ce que nous devons en la personne de ces Messieurs absents, qui, faisant partie de ce corps généieux, et ne s'étant jamais séparé ni d'intention ni d'action, se trouvent néanmoins à part, puisqu'ils ne sont de retour, ne sçachant en quel état ils peuvent être; étant très -rude que ceux ({ui sont joints en même cause reçoivent un traitement différent, et qu'au milieu de l'innocence commune de tous, ils ressentent quelque peine en leur particulier comme coupables. Toutefois , apprenant le retour du Roi dès demain à Versailles, et ne stachant quel ordre ils ont reçu à son parlement , se pouvant faire qu'ils jouissent maintenant du bonheur que nous leur souhaitons, aimant mieux, en la disposition de l'esprit du prince , laisser cette action à son autorité et qu'il la puisse achever de lui-aiême, afin que la grâce du bienfait lui demeure entière, et différer pour quelque temps la très-humble prière que nous demanderons lui être faite sur ce sujet j il ne reste que de remerciei'

Messieurs, qui ont pris tant de peine pour la compagnie, et leur témoigner les sentiments qu'elle en aura toujours en toutes occasions*. »

lit de justice du roi. honneurs a rendre a.u garde

des sceaux. nouvelle déclaration contre le duc

d'orléans.

Le 1 1 août, je reçus lettre de cachet du Roi, portant la date du 1 0, louchant les honneurs que le Roi vouloit être rendus au Garde des Sceaux entrant au Parlement, lorsque Sa Majesté y vient. En voici la teneur : « Notre amé et féal, ayant sçu la sorte dont les présidents de notre cour de Parlement reçoivent notre très-cher et féal le Garde de nos Sceaux, lorsque le hien de notre service le mène en notre Palais, et d'une manière si peu décente que nous en sommes étonnés, laquelle de soi mauvaise, eu égard à ce qui est dû à la charge et dignité dont nous l'avons honoré, semble encore en quelque manière rejaillir sur nous , puisqu'il porte notre parole , prononce en notre nom et de notre commandement , et qu'il est officier premier et principal de notre justice, pourvu par édit : toutes lesquelles conditions font trouver plus étrange le peu qu'ils lui défèrent, ne se levant pas de dessus leur banc lorsqu'il entre en la Chambre , où il ne va que pour y présider, et qu'au même instant pour l'un d'eux, tous se lèvent pour lui rendre le salut. Cette forme de procéder ne peut être excusée par la pratique introduite en ces derniers temps *, elle choque la rai-

i Collection Colbert, t. CCXIII, p. 229.

2. Voyez, uii tome I", les lettres de Marillac sur le même sujet, p. 361, 365, 369.

son et la bienséance , voire contrevient à nos ordonnances, dont l'une vent que , lorsque l'un des présidents de notre Pavlement entre en la Chambre, que ses confrères et tous les conseillers se lèvent pour le saluer. Que , s'ils ont toléré que les conseillers s'en exemptent à leur égard, l'ayant observé entre eux, c'est le moins qu'ils puissent pratiquer le semblable en la personne du Garde de nos Sceaux , dont la dignité l'établit président primitif de toutes nos Cours souveraines, ainsi qu'il est porté en ses lettres de provision, lesquelles, selon l'ordre que nous lui en avons donné, seront présentées à notre Cour, et que, lorsque nous y tenons notre lit de justice , il en fait la fonction, ordonnant à nos gens de conclure , au greffier de lire, recueillant les voix , et après nous avoir rapporté les avis de la compagnie, prononce selon notre commandement. Et ne voulant plus que la chose se passe de la sorte, mais selon qu'il se doit, nous v us mandons que, dès demain, tous les présidents assemblés, vous leur fassiez entendre ce qui est de notre intention , afin qu'ils aient à l'avenir à s'y conformer, leur déduisant les raisons sur lesquelles elle s'appuie , ajoutant pour finale et absolue conclusion que telle est notre volonté. Si n'y faites faute, ensemble de nous tenir promptement avertis de la résolution qu'ils auront prise : car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le 1 0^ jour d'août 1 632. » Ce même jour, le lieutenant des maîtres des cérémonies vint au Parlement et présenta, de la part du Roi , les lettres de cachet desquelles la teneur suit : « Nos amés et féaux, ayant réfolu d'aller jeudi prochain en notre Parlement, pour y tenir notre lit de justice et vous informer de nos bonnes intentions.

dans l'état présent des affaires, où il s'agit de la manutention du bien et repos de l'Étal : à ces causes, nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à vous y trouver en corps, pour nous recevoir en l'ordre accoutumé en telle cérémonie. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir ^ Donné à Paris, le 10® jour d'août 1632. »

Le 12 août 1632, le Roi vint tenir son lit de justice* pour y publier la déclaration contre Monsieur'^, son frère unique. Voici ce qui s'est passé en cette occasion : ayant reçu lettre de cachet (ci-dessus, p 148), je la montrai à MM. les Présidents, sur les dix heures, à la levée de la Cour, le mercredi 11, et ils remirent à en délibérer entre eux jnsques à l'après-dinée. Et ayant été au Louvre, sur les quatre heures, trouver le Roi et recevoir ses commandements, ils n'avoient encore pris aucune résolution. Le lendemain, jeudi 12, le Roi vint

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