‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 65 sur 167 · Collection Colbert, t. CCXII, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. CCXII, p

3. Monsieur était entré en France à la tète d'une armée, le 8 juin 1632. Il envahit d'abord le Bassigny avec quinze cents chevaux, que le roi d'Espagne lui avait fournis. Ce prince était à Andelot le 13 juin , et le 14 près de Dijon ; il passa de là en Auvergne. Le 3 juillet. Monsieur ne put s'emparer de Cusset, pendant que M. de Montmorency travaillait pour lui en Languedoc. Une entrevue de ces deux chefs du parti eut lieu àLunel le 30 juillet, et ils marchèrent ensemble sur Nîmes, qui refusa de les recevoir. Le maréchal de la Force, à la tète d'une nombreuse armée, fut envoyé pour les combattre. Ce fut en ce moment que le cardinal de Richelieu demanda au Roi de se rendre à son armée de Languedoc, mais de faire vérifier auparavant, par le Parlement, une déclaration contre son frère; ce qui eut lieu. Le Garde des Sceaux rend compte, dans son discours au Parlement, des principaux événements qui se passèrent pendant les mois de juin et juillet

DE MATHIEU MOLE. (1632.) iM

tenir son lit de justice; et, devant qu'il arrivât, M. le cardinal de Richelieu envoya à M. le Premier Président le sieur Le Masle , sçavoir quelle résolution avoit été prise, pour ce que le Roi vouloit que sa volonté fût exécutée. Il lui fut répondu que les ordres qui s'observent dedans le Parlement étoient gardés inviolablement ; qu'ils ne dépendoient point de la volonté particulière des uns et des autres^, mais de la résolution générale de toute la compagnie ; que , quand MM. les Présidents se levoient , c'étoit suivant des lettres patentes vérifiées en la Cour ; et quand il plairoit au Roi en envover, qu'elles seroient délibérées. Un peu de temps après , étant assis en sa place avec MM. les autres Présidents, MM. de Bellièvre et Pottier étant allés au-devant du Roi jusques à la Sainte- Chapelle , M, de BuUion vint parler à M. le Premier Président, sçavoir s'il v avoit eu résolution en la compagnie, sur ce que le Roi avoit témoigné par ses lettres de cachet; et, que s'il n'y en avoit point eu de prise, que le Roi l'avoit chargé de lui dire et à MM. les autres Présidents, qu'ils le vinssent trouver à la Sainte Chapelle. Il est parti de la compagnie avec M. le président Séguier, et IM. le président Le Bailleuî est demeuré. Le Roi dit à M. le Premier Président, que, s'il n'étoit obéi, il témoigneroit son mécontentement, dont on auroit regret, et beaucoup d'autres paroles comme d'indignation. Aussitôt qu'ils sont rentrés en leur place, M. le Garde des Sceaux est entré et MM, les Présidents se sont levés , auquel M. le Premier Président dit ; « Que ce qu'il faisoit étoit par l'exprès commandement du Roi , non que cet honneur fût dû à sa charge, et qu'il en seroit fait registre. »

Aussitôt le Roi entra en son Parlement, et se mit en son lit : à ses pieds , comme grand chambellan, M. le duc de Chevreuse'; à sa droite , M. le prince de Condé, M. le comte de Soissons, MM. les ducs de Chaulne , de Saint-Luc et de Châtillon , maréchaux de France; à sa gauche, MM. les cardinaux de Richelieu, de la Valette \ La Reine étoit en la lanterne, proche la cheminée, et, avec elle, madame de Chevreuse et la maréchale de Hautefort. Le Roi a dit que M. le Garde des Sceaux diroit son intention : il lui plut d'ajouter quelques autres paroles qui ne furent pas entendues , non plus que le discours de M. le Garde des Sceaux , ni celui de M. le Premier Président , à cause du bruit.

M. le Garde des Sceaux ayant reçu l'ordre du Roi de dire au Parlement l'intention de Sa Majesté, prononça le discours suivant : « Messieurs , c'est avec un déplaisir extrême que 3a Majesté se voit contrainte de venir pour la seconde fois en son Parlement pour un même sujet ^ Elle espéroit que ses premières déclarations , la bonté et la douceur dont elle a usé jusques ici envers Monsieur, son frère, toucheroient son cœur et le ramèneroient à son devoir; mais la malice de ceux

4. Claude de Lorraine, duc de Cbevreuse, fils de Henri de Lorraine, premier du nom, duc de Guise, tué à Blois. — M. Henri Martin, dans son Histoire de France, t. XKî, p. 268, dit par erreur que M. de Cbevreuse était le frère du duc d'Elbeuf, gouverneur de Picardie.

2. Louis de Nogaret , troisième fds du duc d'Épernon; il était dévoué au cardinal de Richelieu , ce qui le faisait appeler par son père le cardinal valet.

3, Voyez dans ce même volume, p. 34 et 43, la déclaration du Roi contre M. le duc d'Orléans, et contre les autres personnes qui étaient sorties du royaume avec ce prince.

qui possèdent son esprit a été plus puissante et a tellement détourné les bonnes inclinations qu'il a toujours eues pour le Roi , qu'abusant de son nom et de sa personne, ils l'ont porté à entreprendre ouvertement contre Sa Majesté et son État , et en troubler le repos et tranquillité. Il est entré en armes dans ce royaume, il y a amené des troupes étrangères, il a exercé tous actes d'hostilité, de feu, de rançonnement, de pilleries et d'entreprises sur les villes et places par où il a passé; il s'est déclaré par des placards qu'il a publiés, comme un chacun sçait , lieutenant général du Roi contre le gouvernement de l'État , il en blâme l'administration et accuse les principaux ministres, et particulièrement M. le cardinal de Richelieu, C'est le prétexte ordinaire de ceux qui sont si osés d'entreprendre contre les rois et la royauté, d'accuser les mauvais conseils de ceux dont ils se servent, de blâmer leur conduite, de publier le soulagement du peuple et de professer une entière obéissance de bouche envers leur souverain, en même temps qu'ils méditent de le spolier de sa couronne el de son État, et qu'ils exercent toutes sortes de violences et oppressions contre ses sujets. Grâce à Dieu , jamais le Roi ne fut plus glorieux , plus triomphant, ni le royaume en plus grande paix ni plus grand repos, plus grande réputation et respect envers tous ses voisins, qu'il a été jusques à présent. C'est la bonté de Sa Majesté , c'est sa piété , c'est sa justice, c'est sa valeur qui ont attiré du ciel toutes ces bénédictions sur nous. Et si le conseil des rois est un des principaux organes de leur prospérité et de leur gloire, qui est celui qui ne dira que jamais il ne s'est trouvé plus de fidélité , plus d'affection , plus de prudence et

plus de courage qu'en celui qu'ils blâment si injustement? Ce qui s'est passé au dedans et dehors ce royaume , depuis quelques années en çà , fait assez voir combien est grande leur calomnie, et que de blâmer ou médire de lui , c'est envier la gloire du Roi et la grandeur de l'Etat. Sa Majesté pouvoit, en cette occasion , faire sentir à Monsieur, son frère , les effets de son mécontentement et de son indignation ; la faute qu'il a commise est grande, l'État et les peuples la ressentent et tout le royaume en est troublé. Il est nécessaire d'y apporter les remèdes : chacun. Messieurs, y doit contribuer. Sa Majesté fait état de s'acheminer en personne , au premier jour, vers Monsieur, son frère, et a fait avancer ses troupes, sous la conduite de MM. les maréchaux de la Force et de Schomberg, et il fait revenir l'armée qu'il avoit envoyée en Allemagne pour la défense de la religion et des princes ses alliés, où elle étoit fort nécessaire pour leur sûreté et à leur consolation. Auparavant, il a voulu venir en cette compagnie , comme au lieu le plus célèbre de son royaume, tenir son lit de justice, y déclarer ses intentions, et faire voir à un chacun la boulé et la douceur dont il a usé envers Monsieur, son frère, pour l'exhorter et admonester de se remettre en son devoir, de le venir trouver et vivre avec lui comme un bon fils doit faire auprès de son père, pour le servir et aider à supporter le faix de cet État, et en affermir la paix et le repos. Vous les apprendrez par la lecture de sa déclaration, que vous ferez entretenir et observer par tous ses sujets, selon que vous êtes obligés par le devoir de vos charges , ce que le Roi se promet de votre fidélité , obéissance et

DE MATHIEU MOLE. (d632). 153

afTeclion ordinaire à son service et au bien de son État. »

Ajjrès ce discours, M. le Premier [^résident en prononça aussi un'. La déclaration fut ensuite lue, après qu'on eut donné ordre d'ouvrir les portes. M. Bignon, avocat du Roi, a porté la parole, qui a été bien reçue par chacun d'eux , ayant représenté la félicité de la France, par tant de sortes de bonheur du ciel et victoires obtenues, et principalement en Allemagne, qui ont porté les bornes de la France jusques au Rhin ; qu'elle étoit traversée par la guerre civile qui ne seroit de durée et qui seroit dissipée par la présence de Sa Majesté, etc. Il requit ensuite l'enregistrement de la déclaration.

M. le Garde des Sceaux étant monté trouver le Roi, les princes du sang et les cardinaux ont été aussitôt appelés; et après est descendu à MM. les Présidents ( en quoi la coutume a été changée), et d'eux est allé aux ducs et maréchaux de France , et puis , étant encore descendu, est allé aux coiiseillers d'État et autres, et s étant enretourné au Roi, s'est remis en sa place et a prononcé comme on a coutume. Le Roi se retira sur les onze heures et demie par l'escalier de la Sainte- Chapelle, où l'attendoit son carrosse, et se mit immédiatement en chemin pour commencer son voyage.

Il semble que le Roi ait assemblé les princes du sang et les cardinaux , afin que le différend qui étoit entre eux les cardinaux prétendant devoir marcher devant les princes du sang i ne parût point en cette grande assemblée : cependant, en toute autre assem-

i. Collection Colbert, t. CCXII , p. 293.

blée, les princes du sang ont toiij;)urs précédé les cardinaux. Cet expédient a été l'honneur que recevoient MM. les Présidents de donner leur avis devant MM, les cardinaux. Le Premier Président lui représenta que la forme qu'il tenoit étoit extraordinaire, et que l'ancien ordre étoit d'aller premièrement recevoir la volonté du Roi seul et de descendre ensuite vers les Présidents, afin de prendre leur avis avant de remonter prendre celui de MM. les princes du sang et celui de MM. les cardinaux. M. le Garde des Sceaux répondit c|ue le Roi faisoit ce qu'il lui plaisoit, et M. le Premier Président n'a répliqué autre chose à cela , sinon qu'il ne reste plus rien à dire.

LE EOl CONDAMNE A MORT LE VICOMTE DE LESTRANGE.

Le 24 août, le Roi rendit une ordonnance, portant jugement de mort contre le vicomte de l'Estrange' et autres officiers, avec le commandement pour l'exécution. En voici la teneur : « Sa Majesté ayant été avertie des levées de gens de guerre qu'avoit fait le vicomte de l'Estrange dans le Yivarais, et même qu'il se seroit saisi du lieu de Tournon , près Privas, qu'il a fortifié pour favoriser la rébellion de ceux qui s'étoient sou-

1 . Ces lettres patentes paraissent contredire l'opinion de M. Bazin {Histoire de Louis XIII, t. II, p. 270), qui pensait que M. de Machault instruisit le procès de M. de l'Estrange , prisonnier depuis trois semaines, et le condamna à être décapité, ce qui eut lieu le 6 septembre. M. de Machault ne fut cliargé que de l'exécution (les ordres du Roi, et M. de l'Estrange, aussitôt arrêté, fut condamné à mort en vertu de la déclaration du Roi, du t:2 août, vériliée au Parlement de Paris. M. de l'Estrange avait été attaqué, à la tète d'une poignée de rebelles, par le maréchal de la Force, le \% août, battu et fait prisonnier. {Ibid., p. 264.)

levés dans la province contre son service, ensuite de (juoi les capitaines qui cominandoient les compagnies des régiments de Sault, Vaubecour et d'Halincourt, établis en garnison audit Privas, ayant résolu d'attaquer ledit lieu de Tournon , l'entreprise auroit si heureusement réussi qu'après un long combat et grande résistance , ils auroient forcé le lieu et pris prisonnier le vicomte de l'Estrange, avec aucuns officiers ou soldats de son régiment : et voulant qu'ils soient punis comme criminels de lèse majesté et perturbateurs du repos public, afin que la justice qui en sera faite serve d'exemple pour retenir en devoir et en ciainte ceux qui, au mépris de son autorité, se voudroient porter à telles entreprises : Sa Majesté, de sa pleine puissance et autoiité royale , et conformément à ses déclarations ci-devant faites contre ceux qui adhèrent aux factions présentes, a condamné et condamne ledit vicomte de l'Estrange, les capitaines, lieutenants et enseignes desdils régiments qui ont été faits prisonniers, à avoir la tête tranchée, et pour les sergents et soldats , aux galères perpétuelles ; enjoint au sieur de Machault, conseiller en son conseil d'État et intendant en la justice, police et finance, en l'armée commandée par le sieur maréchal de la Force , de faire, en sa présence, exécuter ladite ordonnance, laquelle Sa Majesté a signée de sa propre main. Fait à Cosne, le24a(^ùt 1632. »

« Louis , etc. — Monsieur de Machault , nous vous mandons et ordonnons, par ces présentes signées de notre main, que vous ayez, sans aucun délai, à vous transporter au lieu où est le vicomte de l'Estrange et les autres prisonniers, et, par l'exécuteur de la haute

d58 MEMOIRES

justice, faire exécuter, en votre présence , le contenu en la présente ordonnance. De ce faire vous donnons pouvoir, commission et mandement spécial par ces présentes; mandons à notre cousin le maréchal de la Force et à tous prévôts des maréchaux , leurs lieutenants, archers et autres nos officiers et sujets, vous donner, pour l'effet de ce que dessus, toute Tassistance et main-forte dont ils seront par vous requis : car tel est notre plaisir. DonnéàCosne, le 23 août 1632, et de notre règne le vingt-troisième \ »

PRISE DU DlîC DE MONTMORENCY ET D]ÉFAITE DE SES TROUPES A CASTELNAUDART.

LETTRE DU ROI A MOLE

« Notre amé et féal , comme nous faisons part à notre cour de Parlement de Paris de la nouvelle que nous venons de recevoir de la défaite des troupes commandées par le duc de Montmorency^, et de la prise et détention de sa personne'; nous voulons et

t. Collection Colbert, t. CCXIX, p. tl9.

2. Le 23 août, le Roi avait publié une déclaration expresse contre ce personnage , par laquelle on l'accusait d'avoir engagé le duc d'Orléans à envahir le Languedoc, et on le déclarait criminel de lèse-majesté.

3. Cette lettre, annotée de la main de Mole, se trouve dans le tome II de Colbert, p. 452. — Voyez, dans V Histoire de Louis XllJ de M. Bazin, le récit du combat de Castelnaudary, où le duc de Montmorency, couvert de blessures, fut pris par les gens du Roi. Le duc s'écria, après son arrestation : « Je me suis battu pour des lâches. " (T. II, p. 206.) — Le maréchal de Schomberg a écrit une relation de ce combat livré le l""" septembre. La collection des Estampes de la Bibliothèque impériale possède plusieurs planches gravées, du temps, représentant les séances des États de Languedoc ; le combat de Castelnaudary ; les heureux succès du Roi

VOUS mandons que vous ayez à leur rendre la lettre que nous leur écrivons sur ce sujet', laquelle, à celte fin , nous avons voulu accompagner de la présente : si n'y faites faute , car tel est notre plaisir. « Donné à Lyon, ce 7 septembre 1632. »

et du Cardinal en ladite année ; rexécution du duc ; les mausolées, tombeaux, épitaphes , devises, etc., de ce personnage et de la duchesse sa femme. (Portefeuille de VHisloire de France.)

\. Cette lettre à Mole était, en effet, accompagnée d'une autre adressée par le Roi au Parlement sur le même sujet : « Nos amés et féaux, ayant \A\\ à Dieu de favoriser nos armes, sous la conduite de notre cousin le maréchal de Schomberg, en la défaite des troupes de notre très-cher frère le duc d'Orléans , commandées par Is duc de Montmorency, dont nous avons reçu la nouvelle en arrivant en cette ville , nous avons bien voulu vous en faire part et vous dire comme le succès de cette action se trouve avantageux pour le bien de l'État et l'affoiblissement de cette faction , tant en la prise et blessure dudit duc de Montmorency, qui étoit Tun des principaux chefs, qu'en la mort ou prise de plusieurs autres personnes de qualité, entre lesquelles s'est trouvé le comte de Moret, blessé à mort d'une mousquetade à travers le corps. De quoi nous serons bien aise que tous nos bons serviteurs soient informés, afin qu'un chacun soit contenu dans son devoir. A quoi nous sçavons que vous contribuerez de votre part tout ce qui dépend de l'autorité de vos charges. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Lyon, le 7 septembre 1632. » (CoUect. Colbert, t. II, p. 153.) — Au mois de décembre de cette même année, il y eut des lettres de don des biens de feu M. le duc de Montmorency, qui furent enregistrées au Parlement le 9 mars 16;i3. (Voy. collection Colbert, t. LUI, p. 289.) Mais le Roi ne voulant pas se prévaloir de la confiscation des biens de ce personnage, lesquels lui étaient acquis par l'arrêt de condamnation , en gratifia les plus proches parents du duc, qui auraient hérité de ces biens si cet arrêt n'avait pas été prononcé. La princesse de Condé, et les duchesses de Ventadour et d'Angoulême , reçurent presque toute la fortune du duc de IMonlmorency. Louis XIII se réserva cependant la terre et seigneuries de Chantilly, de Gouvieux et comté de Dammartin , les justices de Chantilly, Vineuil, Saint-Germain, Ajiemont, Pontarme , Montépilloy, Saint-Nicolas, Tournebus, Thiers et INeufraoulins, qui,

if:*.

i 60 MÉMOIRES

LETTRES DE MOLE A M. DUPUY

Affaires de Lorraine. — Loi salique. — Coadjutorerie de Toul. — Maladie de son fils. — Ordonnance relative aux mariages. — Le livre de Davila. — Le dictionnaire de la Crusca. — Découverte de sources d'eau à Champlatreux. — Une des filles de Mole prend le voile. — Affaires de Hollande. — Nouvelles diver>es. — Anniversaire du père Athanase, frère de Mathieu Mole.

« Monsieur, j'ai été bien aise d'apprendre le particulier des entrevues de Monsieur. Je souhaite que ce soit la dernière pour telle cause. Si vous en sçavez quelque autre chose, vous m'en ferez part. J'ai reçu de M. Godefroy la copie du titre scellé de vingt-quatre sceaux : ii sert non-seulement pour justifier nos inductions passées, mais aussi pour combattre leur loi salique, laquelle néanmoins nous avons prise à notre avantage. S'il trouve ce testament de René', il importe d'en observer la forme, puisqu'il a toujours été suspect. Je finirai par mes ressentiments du bon accueil que l'auteur de la préface ^ a reçu de Monsieur ; il mériteroit de posséder la charge dont le bruit court en faveur de deux personnes, où il n'y a guère d'apparence. Conservez-moi votre amitié, et croyez que je suis , » etc.

par lettre du 12 avril , furent érigés en bailliage, puis en prévôté royale, au mois de juillet. Le Roi habita Chantilly pendant la plus grande partie de l'année 1653 : ce fut longtemps après que Louis XIII rendit enfin à son cousin, le prince de Condé, cette seigneurie qui lui appartenait du chef de sa femme.

1 . René d'Anjou , qui porta le titre de roi de Sicile et de duc de Lorraine. Sa donation est datée de 1419.

2. Mole veut sans doute parler de la préface du livre du Franc alleu, dont il a été question dans ce volume des Mémoires , t. II, p. 10.

Ce mercredi sept heures.

« Monsieur, \ous prendrez la peine de faire les copies nécessaires pour justifier l'hommage dii par M. le duc de Lorraine \ afin de les collationner aussitôt que je serai de retour, qui sera vendredi, s'il plaît à Dieu.

« Cet article pouvoit être résolu devant que de jurer le traité, afin de n'avoir rien à démêler avec lui. Et puisqu'il a dit qu'il n'avoit pas son conseil pour prendre résolution, il désirera du temps pour le faire venir et pour communiquer les titres, qu'il ne manquera pas de contredire. Je serai toujours, etc. Ce 18 septembre. »

(( Monsieur, puisque je ne vous vois que par lettre, je soulagerai mon regret du mal qui vous arrête en vous témoignant mes sentiments de ce qu'il diminue. Il n'y a donc plus de paix en Lorraine^? Le procédé

1 . Depuis son avènement, le duc de Lorraine avait toujours différé de prêter foi et hommage lige au roi de France, pour le duché de Bar ; ce manquement aux devoirs féodaux entraînait , à la rigueur, perte de fief. (Voy. les Mémoires de Richelieu, t. V^I , p. 563.)

2. Pendant l'année 1632 , les affaires du duc de Lorraine avec la France se compliquèrent singulièrement. Le refuge qu'il avait donné à M. le duc d'Orléans dans ses États, et le mariage qu'il avait permis au frère du Roi de contracter avec la princesse Marguerite de Lorraine, lui attirèrent l'animadversion du roi Louis XIII. Les affaires temporelles et spirituelles étaient donc en question dans ce diiché, quoique le Roi eût traité avec le duc le 6 janvier, et eût promis de lui conserver ses États; mais le Roi s'aperçut bientôt après que le duc de Lorraine ne tenait pas ses promesses , et recommençait , depuis le mois de février, à négocier avec la maison d'Autriche et avec Monsieur. Il donna aussi passage dans ses États à ce prince pour entrer en France à la tète d'une

II n

me blesse plus que tout ; et me suis défié de l'exécution , puisque ce duc ne sçait point garder la foi promise. La vie me manquera plutôt que de manquer à l'assurance que je vous ai donnée d'être, etc. Le livre du voisin sera lu en liberté ' ; je l'attendrai au plus tôt. »

{( Monsieur, vous m'écrivez de votre main, et sçais assez la peine que cela vous donne. Je vous cherche ici (à Cliamplâtreux) et ne vous trouve plus qu'en esprit. Je me trouve insensiblement, par l'accoutumance prise , à la porte de votre chambre , et après je descends seul, ou je me souviens du temps passé que vous avez accourci trop tôt.

«J'ai vu, par l'extrait que vous m'avez envoyé, l'état de nos affaires publiques : pourvu que l'on fasse

armée, ce qui détermina Louis XIII à envaliir de nouveau la Lorraine. Le Roi, par une lettre adressée au duc de Montbazon, le 47 juin, fait connaître les pratiques du duc de Lorraine et les autres causes qu'il avait de porter les armes dans les États de ce prince. Louis XIII se rendit maître de la Lorraine en six jouis ( Mémoires de Richelieu^ t. VII, p. HC ), et, par une lettre adressée au comte de Soissons, le 20 juin, il annonçait la défaite des troupes du duc. Elle fut suivie d'un nouveau traité de paix signé à Liverdun le 26 juin. Tous ces malheurs ne corrigèrent pas le duc de Lorraine, et il fut bientôt après réduit à abdiquer sa souveraineté de Lorraine. Mathieu Mole parle sommairement , dans ses lettres à Dupuy, des diverses phases des négociations du Roi avec ce duc malheureux-, mais on leconnaît toujours , dans ces lettres, l'indignation du Procureur Général contre le prince qui usurpait sur les droits du Roi son souverain. On peut consulter, sur ces mêmes événements , une Relation de M. de Guron touchant la Lorraine, qui se trouve parmi les papiers de Mole, collection Colbert, t. II, p. 158.

\. Voyez ci-après, sur le Livre du voisin^ les lettres des pages 188 et 189.

DE MATHIEU MOLE. (1632.) i63

à Turin comme en Bresse, Dieu soit loué ; il se trouvera peut-être quelqu'un qui imitera ce bon chevalier Bayart, que tout capitaine dût lire pour l'imiter. Le R. P. Léon* vous salue,^ et dit qu'il se tient trop obligé à vous aimer pour y manquer. La dame s'est fâchée des termes de la vôtre, et parle souvent du temps que vous étiez ici ; elle est allée à la Chapelle faire la fête de la profession de sa fille carmélite, qui est aujourd'hui. Ma sœur du Pont-Saint-Pierre ^ arriva hier au soir : je serai toujours , etc. Mes recommandations très-affectionnées à messieurs vos frères. »

« Monsieur, si je vous eusse sçu incommodé, je n'eusse pas manqué de vous attendre.

« Le même seigneur chercha longtemps le papier et un autre de l'inquisition , mais il ne put tiouver ni l'un ni l'autre. Il me dit l'évocation de puissance ; mais l'ayant pressé sur l'excommunication, qui tient, et le préjudice à l'autorité royale , n'ordonnant point sur l'absolution à cautelle , il n'y eut guère de réponse ^

i . Le P. Léon de Saint-Jean appartenait à l'ordre des Carmes réformés. Il en sera ultérieurement question lors de la mort de la femme de Mathieu Mole, en l'année 1641.

2, Marie, fille de Pierre de RoncheroUes , baron du Pont- Saint-Pierre, et de Marie de ISicolai, parente de madame Mole, était religieuse en l'abbaye Saint-Paul, près Beauvais. (Voy. la note du t. l", p. 318.)

3. Toutes ces questions se rattachaient au travail dont Pierre Dupuy s'occupait alors très-activement, et qui fut imprimé bientôt après sous le titre de Traité des libertés de l'Eglise gallicane. Mathieu Mole a lui-même écrit un grand nombre de noies sur la munie question ; elles sont principalement recueillies dans le t. CLIII de Colbert, sous le titre d^Jffaiivs ecclésiastiques. Voyez plus particulièrement, pour l'évocation et l'absolution à cautelle, les pages 3S et 86 de ce volume CLIII de Colbert,

« Il ne reste guère de courage quand la peine nous retient. C'est un lien qui nous arrête si court , qu'il n'y a plus de liberté.

« Songez à votre santé surtout , et retournons au désert (à Champlâtreux), puisque vous vous y portez bien; c'est mon dernier soubait de vous témoigner que je suis, etc.

M N'oubliez pas Bombes et la conversation du cardinal de Cbâtillon. »

« Monsieur, c'est m'obliger de plus en plus que d'avoir pris la peine de voir mes enfants; j'appris hier seulement, au soir, la maladie de François* : je me promets que ce ne sera rien.

« On a souvent parlé de l'ordonnance des mariages' ; mais comme il semble que l'on touche au spirituel , on a si peur d'en approcher, que l'on laisse là le temporel. Notre pouvoir regarde les effets civils, à l'égard desquels on peut donner tel ordre que l'on voudra , si on veut conserver entière l'autorité royale.

« Je vous rends grâces de l'Avila' que vous m'avez retenu ; je vous prie de commander qu'il soit porté chez le Gascon*. C'est un auteur qui ne peut être assez estimé ; il rend raison de toutes les actions passées , comme si nous en avions partout, et qu'il ne se soit rien fait sans conseil. J'ai eu un dictionnaire de la

1. François Mole, né en 4025, fut abbé de Sainte-Croix de Bordeaux.

2. Voyez, pour l'ordonnance relative aux mariages, les Considérations de Mathieu Mole, ci-après, année 1G34.

3. Historia délie guerre cwili di Francia, di Henrico Caterino Davila; Venise, Eagiioni, 1G30, in-i".

Page 1