Collection Colbert, t. VI, p
u J'attendrai, puisqu'il vous plaît me tant favoriser, la copie du traité et de l'ordre qui se sera gardé en l'entrée de Nancy. Les lettres patentes en faveur des rebelles de la Champagne ont été vérifiées en la Cour; vous y trouverez la supplication très -humble faite à Sa Majesté pour en laisser l'exécution à ses baillis et sénéchaux, et non à l'un de ses Maîtres des Requêtes. J'attendrai ce qu'il lui aura plu de résoudre pour les envoyer sur les lieux; ce n'est pas que je m'ose promettre cette grâce et que je ne recognoisse qu'il y a eu assez de temps pour faire en sorte que le commissaire pût exécuter sa commission, et qu'il n'y a plus lieu de la changer. Je satisfais toutefois à ce que je dois , puisque l'arrêt ne m'a été déclaré que depuis deux jours pour vous l'envoyer \ »
LE GARDE DES SCEAUX SÉGUIER A MOLÉ
Siège de Nancy. — Négociations avec le duc de Lorraine.
« Monsieur, je vous ai donné avis, il y a quelques jours, du traité fait par M. le cardinal de Lorraine, ayant pouvoir de son frère. Vous avez sçu depuis, le changement de la part du duc, qui n'a voulu exécuter l'accord qu'il avoit agréé , en sorte qu'après avoir donné ordre de remettre la ville de Nancy entre les mains du Roi , la veille de l'exécution il envoya un autre commandement. Depuis ce temps , l'on est entré en quelques conférences avec le Cardinal , par l'entremise de M. Chanvalon, qui a servi fidèlement
i. Collection Colbert , t. VI, p. 219.
le Roi en cette action , je ne sçais quel effet elles auront, mais jusqu'ici l'on n'espère pas qu'elles apportent changement à la dernière résolution. L'on continue de travailler à la circonvallation , qui sera grande , et pour la garder il faudra grand nombre de gens de guerre. Aussi le Roi compose son armée de soixante mille hommes de pied et six mille chevaux , et fait dessein d'en laisser trente devant Nancy\ 11 a envoyé M. le maréchal de la Force, avec six mille hommes de pied et douze cents chevaux , pour suivre le duc de Lorraine et le combattre et se joindre avec les Suédois. L'on croit que le duc se retirera en Allemagne^, quant au duc de Feria, l'on a eu nouvelles assurées qu'il n'est passé. Son armée est encore vers le Tirol et se débande ; toutes les eaux se sont débordées , qui l'ont beaucoup incommodé ; il y a eu six cents Allemands noyés. Constance est assiégée par le maréchal de Horn, qui attend aussi vers ce passage le duc de Feria. Son armée sera foible si elle ne joint Banier, ce que l'on empêchera. Les troupes du Roi et des Suédois sont douze mille hommes de pied et cinq mille chevaux. Le duc de Mantoue a mis la Princesse Infante hors 3Iantoue , après les protestations qu'elle fit en son conseil contre lui. Le Roi se porte bien et M. le Cardinal semblablement : c'est tout ce
i . La collection des Estampes de la Bibliothèque impériale possède de curieuses gravures du temps , représentant les opérations de l'armée du Roi devant la ville de Nancy, des vues de cette ville, enfin le séjour du Roi devant Nancy. (Portefeuilles de l'Histoire de France.)
2. Le duc passa l'hiver à Mirecourt dans toute sorte de divertissements, dit ^historien de la Lorraine, D. Calmet, malgré le chagrin dont il était rongé (t. HI, p. 2i8).
iSi MÉMOIRES
que je puis vous mander'. Du camp devant Nancy, ce 15 septembre ^ »