M. lie Sillery fut créé chancelier de France en
2. Il était alors défendu « de porter en lin, chemises, collets, manchettes, coiffes, rabats , camisoles , rabat-manchettes, mouchoirs tant de cols que de bas à botter, et autres linges, aucune découpure, broderie de fil d'or ou d'argent, passements, dentelles, points coupes et manufacturés tant dedans que dehors le royaume, sauf les passements qui se font dans le royaume, jusques à la valeur de 9 livres l'aune, sans pouvoir coudre ni appliquer plusieurs passe:r.ents ensemble, ni que l'on puisse porter, sur le col ni ailleurs, plus d'une pièce qui soit garnie dudit passement. » (Voir des lettres patentes du 5 novembre, enregistrées le tO.) — De nouvelles défenses furent encore faites, un an plus tard, le 1 6 avril 1 iid^- On ne laissait alors porter ni drap, ni toile d'or oud'arg«?«f, lin ou
ce qui me fut dit. Je n'ai point encore parlé en particulier à personne pour sçavoir à quel dessein la compagnie désiroit ce voyage , ne prévoyant pas d'occasion d'employer l'autorité du Roi, puisqu'il lui plaît faire la loi et prendre résolution de la maintenir, comme vous me mandez. On a huit jours de temps par icelle, devant que de commencer les contraintes. Je verrai si les assemblées pour les monnoies ont été tenues hors l'Hôtel de Ville, où la dernière fut faite, et où toutes les compagnies se trouvèrent en vertu des lettres du Roi, et ne manquerai de vous en rendre compte*. Ce 9 décembre 1633. »
MOLÉ AU fllÊME.
Affaire des monnaies. — Prix excessif de l'or.
« Monseigneur, pour réponse à celles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire touchant les monnoies, vous me permettrez de vous dire que cette affaire est très-importante, et n'y change-t-on guère l'ordre établi sans dommage public. Le pied qu'une couronne veut prendre ne dépend pas seulement d'elle , mais aussi des autres avec lesquelles il faut
faux, passements, broderies, franges, cordons, cannetilles, boutons de velours , satin et autres étoffes mêlées , couvertes ou passées d'or ou d'argent, fin ou faux ; les plus riches habillements devaient être en velours, satin, taffetas ou autres étoffes de soie, sans enrichissement que de deux bandes de broderie de soie ou de deux passements d'un doigt de large chacun; il était défendu d'y ajouter tout autre ornement quelconque, comme aussi à toutes personnes de vêtir les pages , laquais et cochers , d'autres étoffes que de laine, avec deux galons sur les coutures et extrémités de leurs habits seulement. » Cet édit fut enregistré le 9 mai. 1. Bibliothèque impériale, S. F. 2722, t. Vï, pièce dl7.
nécessairement avoir conesponJance, si leurs monnoies ont cours. Je sçais bien que le désordre y est très-grand, et qui! n'appartient pas à des sujets d'en surhausser le prix sans l'autorité du prince. Afin donc d'y apporter remède, on pourroit écrire premièrement aux Généraux des Monnoies, afin que toute la compagnie donnât avis au Roi;, et, comme on fit en 4 61 4, aux Prévôt des Marchands et échevins à ce qu'ils assemblassent quelque nombre de bourgeois et marchands qui entendent le cours des monnoies, afin qu'ils eussent aussi à donner avis. Et comme cette affaire regarde tout le royaume , on feroit par après une plus grande assem])lée en l'Hôtel de Ville , en laquelle les députés de chacune compagnie se trouveroient , suivant l'ordre que le Roi leur en donneroit, leur en écrivant et au Prévôt des Marchands. Et lors, de tous ces avis, on choisiroit le plus avantageux pour le public, sur lequel on feroit dresser édit ou déclaration, qui seroit envoyé au Parlement et autres lieux ordinaires, ne présumant pas que le changement que l'on veut apporter soit seulement pour en tirer profit , mais aussi pour apporter remède au défaut de l'argent et au prix excessif de l'or'. Ce 1 2 décembre \ (333.
\. Collection Saint-Gennain, n» 709, t. Il, p. 83.
Lit de justice du Roi. — Déclaration en faveur du duc d'Orli'aus. — Harangues du cardinal de Richelieu et de M. Eignon. — Discours de Mole. — Beautés de la harangue du Cardinal. — Les chanoines de Saint-Quentin et l'évéque de Noyon. — Richelieu s'intéresse aux affaires particulières de Moié. — Le Roi accorde ce que Mo\é désire.
— Edit de réduction des rentes au denier dix-huit. — Le Parlement refuse de l'enregistrer. — Mole reçoit ordre du Roi de \enir le voir.
— Le Parlement députera plusieurs de ses présidents et conseillers. — Audience du Roi. — Lettre de jussioa pour l'enregistrement de l'édit.
— Enregistrement après protestation. — Considérations sur le mariage de Monsieur avec la princesse Marguerite de Lorraine. — Procédure à suivre au Parlement. — Lettre que le Roi doit écrire. — Faits baillés par le Procureur Général pour informer du rapt de Monsieur. — Requêtes et conclusions du Procureur Général. — liCttre du chancelier Séguier au sujet de cette affaire. — Moié envoie à Richelieu ses Considérations sur le mariage de Monsieur. — Eloge que Ricli lieu fait de ce travail. — Il faut poursuivre i-igourev. sèment ce procès. — Retour du duc d'Orléans en France.
Le mardi, 17 jamier 1G34', l'après-dinée , Piiget, lieutenant des cérémonies , apporta lettres de cacliet à la Cour, par lesquelles le Roi témoignoit qu'il vouloit entrer le lendemain, mercredi, en son Parlement^ et y tenir son lit de justice pour affaires impor-
1. Ail commencemeîîl de cette année, le royaume jouissait d'un grand calme; partout l'autorité du Roi trouvait obéissance. Louis XIII, qui avait accordé une grâce complète pour les troubles du Languedoc, pensa aussi à publier une déclaration en faveur ~ de son frère , afin de permettre à ce prince de rentrer en France.
2. D'après les Mémoires de RicJiclieu, le Roi avait écrit, le 2 janvier, une longue lettre à son Parlement contre le duc de Lorraine et en faveur du duc d'Orléans. (T. VIII, p. 65 et 67.} On trouve, en effet, le texte de cette lettre dans le Mercure françois, t. XX, année 1634, p. 833.
tantes : ce qui a été fait sçavoir à tous ceux de la compagnie pour se trouver en robes rouges.
Mercredi , sur les dix heures , le Roi est arrivé en la Sainte-Chapeîie ; quatre de MM, les présidents ' et huit conseillers- ont été au-devant. M, le garde des sceaux Séguier est entré avec Messieurs du Conseil, et MM. les Présidents se sont levés comme il a passé. M. le Premier Président lui a parlé , et on dit qu'il a protesté que c'étoit par commandement du Roi qu'il étoit debout. Et incontinent, le Roi est entré et s'est assis en son lit. Aux hauts sièges, du côté droit, étoient M. le prince de Condé, M. le comte de Soissons, les ducs d'Uzès, de Cbaulnes, de la Valette; les maréchaux de France de Châtillon et de Brézé. Aux hauts sièges à senestre, M. le cardinal de Richelieu et M. le cardinal de la Valette. M. le duc de Chevreuse, comme grand chambellan, aux pieds du Roi; M. de Gordes, capitaine des gardes de quartier, et MM. de Tresme et Villequier, aussi capitaines des gardes, chacun avec un bâton , assis sur le marchepied entre le Roi et MM. les Cardinaux ; le prévôt de Paris'', sur le troisième degré qui descend.
Lors le Roi a dit, ôtant son chapeau : qu'il venoit en son Parlement témoigner, par effet, son affection envers son frère et son amour envers son pauvre
i. Ce furent MM. les présidents de Bellièvre, de Novion , de Mesnies, de Bailleul.
2. Les huit conseillers étaient MM. Boucher, Pinon, Durand, de la Nauve, Le Clerc, de Courcelles, Chevalier et Crépin.
3. M. de Saint-Brisson était alors le prévôt de Paris en fonction.
peuple; et que 31. le Garde des Sceaux feroit entendre ses intenlions. M. le Garde des Sceaux est monté vers le Roi et s'est mis à genoux sur le marcbepied, et a parlé un peu avec le Roi ; il est descendu aussitôt et a fait mie révérence au Roi et s'est assis. !1 a dit le sujet de la déclaration, a parlé des victoires, des Grands Jours, et de la décharge du peuple'.
Après, 31. le cardinal de Richelieu, assis, a fait un panégyrique excellent à la louange du Roi-^ et ôtoit son bonnet autant de fois qu'il nommoit le nom de Sa Majesté. Il l'a dit avec la dignité , l'assurance et facilité qui se pouvoient désirer, et une grâce nonpareille. 11 ne serviroit de rien d'en expiimer quelques périodes, m'assurant qu'il sera imprimé'.
M. le Premier Président a remercié le Roi, comme il a accoutumé. Après, les lettres de déclaration ont
1. Ce discours fut grave, sérieux et très-élégant, au dire de l'auteur du 'Mercure francois , t. XX, p. 4.
2. La Gazette de Renaudot dit (p. 23), au sujet du discours du cardinal de Richelieu : « Plus il y avoit à dire en ce sujet, plus il y avoit de difficulté à le traiter; mais l'éloquence sans pareille de Son Eminence, et la parfaite connoissance qu'il a de cette matière lui en rendit le discours si Hicile, qu'il parla pUis d'une heure, durant laquelle on ne vit jamais une telle attention , dont les yeux de toute l'assemblée fixement arrêtés sur lui, leurs oreilles attachées à sa parole et leurs corps immobiles, étaient des signes certains, comme leur approbation unanime, éloignée de tout soupçon de flatterie, le fut de leur ravissement, tel qu'il fut capable de convertir ce qu'il pouvoit rester de haine en alfection et bienveillance. »
3. M. Bazin cite les passages les plus intéressants de ce discours [Histoire de Louis XIII , 1. 11^. p. 317), qui a été imprimé en l'année 1 634. On le trouve aussi manuscrit dans la collection Fontanieu de la Bibliothèque impériale, portefeuilles du règne de Louis XIII, à sa date. Enfin le Mercure français, publié en 1 637, en réimprima le texte, t. XX, p. 5.
été lues'; et après, M. l'avocat du Roi Bignon a pris la parole, et, avec son éloquence ordinaire, a rendu grâces au Roi des effets de sa bonté, de sa justice et de sa clémence.
Voici le projet de discours que je devois prononcer', sur la déclaration en faveur de Monsieur^ pendant ce lit de justice du Roi :
» Votre Parlement, cette cour des Pairs, ne pouvoit recevoir plus de joie et de contentement que de vous voir assis en ce théâtre honorable de la justice, établi par les Rois vos prédécesseurs pour la rendre à vos sujets : théâtre auguste, ou pour mieux dire temple saint et vénérable, puisque Dieu y rend ses oracles parla bouche des juges, leur inspire ses lois et ce qui appartient à leur devoir.
« Votre Majesté nous permettra de lui dire qu'encore que son Pailement ait, par diverses fois, été favorisé de ce bonheur, qu'il étoit néanmoins ombragé par les sentiments qui lui restoient, considérant les occasions qui l'obiigeoient d'y venir. Nous n'osons parler de ceux de Votre Majesté, puisqu'il faudroit entrer dans votre âme pour bien sçavoir quelle peine et quel déplaisir c'est à un bon prince de se voir engagé à se montrer père à ses sujets plutôt par des châtiments que par des témoignages de tendresse. Ce lui est véritablement un martyre que d'être contraint de retrancher une partie de son corps, puisque les particuliers font un corps duquel le Roi fait la
i . On en trouve le texte dans le Mnrtirr francnis, t. XX, p. 23.
2. Ce projet de discours fut probablement abandonné lorsque le Procureur Général apprit que le cardinal de Richelieu devait aussi prononcer dans la môme réunion un panégj'rique du Roi.
tête, et qu un membre ne se peut arracher d'avec les autres, quelque gâté qu'il soit , sans une douleur extrême.
« Ce ne sont plus de ces édits qui ne méritoient ce titre que par la marque qu'ils portoient de l'autorité royale, par votre nom et votre sceau, en la vérification desquels vos plus fidèles officiers n'y rendoient autres devoirs que d'auditeurs et non de juges. La liberté leur étoit ôtée de donner leur suffrage et deraeuroient sans fonctions, en la résolution de telles affaires important au bien de son service, au repos de son État et à la sûreté de la fortune de ses sujets.
« Ce ne sont plus ces déclarations contre ces criminels de lèse-majesté, ces tonnerres et ces foudres dont les coups ont été portés si loin. Le jour est enfin venu qui nous fait espérer que les parties principales, ci-devant désunies, se rejoignant à leur tout pour ne s'en séparer jamais, que ces étoiles errantes reprendront leurs places et demeureront fixement attachées au firmament de la royauté , ou plutôt que ces grands astres du ciel, qui ont jeté leur feu à contretemps, emploiront leur lumière, non plus pour brûler, mais pour luire et servir dorénavant leur soleil. Ce sera la fin de nos guerres civiles , mortel poison des Etats et principalement à la France ;, qui ne redoute autre coup pour arrêter le cours de ses prospérités que celui de ces mains parricides.
« Il ne manquoit à tant de semonces et de recherches que Votre Majesté a fail depuis le malheureux jour de leur séparation , que ce témoignage public des justes intentions de Votre Majesté; car encore
qu'après les assurances données au nom du Roi en foi de prince, on ne pût désirer des gages plus certains, Votre Majesté néanmoins a voulu choisir ce dépôt public de justice pour y consigner en sa présence les marques d'une clémence qui ne peut être assez louée.
ce En toutes les victoires passées, depuis la prise de cette ville qui a été la source des rébellions passées et des avantages pour l'avenir, jusques à l'entrée dedans la ville capitale de ce vassal félon ^, il y a toujours eu quelque mélange qui a pu prendre part à la gloire. Mais en celle-ci, l'honneur est dû à vous seul , qui ne peut être assez dignement exprimé , puisque vous vous êtes surmonté vous-même, qui surpassez en mérite tous les princes de la terre.
a Cette grâce inespérée fera recognoître à Monsieur l'infidélité de ceux qui n'ont cherché leur repos que dans le mouvement public, et la trahison de leurs conseils qui n'ont eu autre but que d'établir leur grandeur dans l'abaissement de leur maître. Il rompra sans doute les liens qui l'ont trop arrêté parmi les envieux du bonheur de la France, et se réveillant de son profond sommeil , il trouvera Votre Majesté lui tendant les bras et l'embrassant avec des larmes de joie, qui lui témoignera de cœur que, rentrant dans le sein de la France, il ressentira les effets d'une piété paternelle ; et surtout, que comme son éloignement a été l'une des principales causes des charges extraordinaires imposées sur le peuple, aussi, par son retour, il doit attendre qu'elles seront levées et les pauvres su-
i. L'entrée du Roi à Nancy, capitale de la Lorraine.
jets soulagés du faix qu'ils ont trop longtemps porté. C'est le sujet, Sire, de la déclaration publiée, par laquelle Votre Majesté fait voir quelles ont été ses pensées, quels mouvements en son esprit pour la décharge de son peuple : car ne pouvant croire que Monsieur refuse cette grâce offerte si publiquement et confirmée par tant d'assurances, et le tenant par effet, comme il est pour vœu et en espérance, cette loi est publiée , qui tirera mille nouvelles grâces du ciel sur votre personne et sur votre État. C'étoit la dernière couronne due à tant d'aclions généreuses qui se sont passées en diverses années , n'étant pas assez d'avoir rendu , par la force de vos armes et la terreur de votre nom, les étrangers aussi obéissants que vos propres sujets , si Votre Majesté ne remettoit en ordre tous les ordres de la France, et c'est donc maintenant que nous dirons hautement, etc., et puisque votre règne nous promet toutes les bénédicdictions, etc., et souhaiter..., etc. {sic). »
M. le Garde des Sceaux est ensuite monté au Roi, et Sa Majesté a fait approcher en même temps MM. les Princes du sang et MM. les Cardinaux, desquels il a pris avis. M. le Garde des Sceaux est passé, devant que de descendre, à MM. les Présidents , aux ducs et maréchaux de France, et puis a repassé devant le Roi, est descendu et a pris avis de MM. les Présidents, des conseillers d'État, etc. Il est remonté trouver le Roi et puis est descendu, et, étant assis, il a prononcé que : le Roi tenant son lit de justice, a ordonné et ordonne que, sur le repli, il sera mis que ces lettres patentes ont été lues, publiées et registrées, ce requérant son Procureur Général , et qu'à sa diligence copies seront
envoyées aux bailliages et sénéchaussées pour aussi y être lues. Ce fait, chacun s'est retirée
Diverses personnes écrivirent dans les provinces au sujet du discours de M. le cardinal de Richelieu, entre autres M. Cohon , évéque de Nîmes, à Mgr de Lyon , ainsi qu'il suit' : « Monseigneur, tous les courriers qui
i. Collection Colbert , t. CCXÏI, p. 298.
2. Cette lettre de M. Cohon fut imprimée dans un Recueil du temps, de format in-i°, à la page 3i. Mathieu Mole l'a détachée de ce Recueil, dont le titre nous est inconnu, et il l'a classée parmi ses papiers. Nous la reproduisons donc suivant les intentions de l'auteur des Mémoires. Au bas du feuillet 35 on lit : « Du bureau d'adresse, rue de la Calandre, au grand Coq, proche le Palais, à Paris, le 28 de janvier 163i. >' De j)lus, à la page 33, se trouve encore le fragment d'un éloge du discours du cardinal de Richelieu, dont voici le texte :
« .... Car, plus on va en avant, plus apprend-on l'admiration qu'elle a causée dans les esprits.
« Les uns, et des plus éclairés du l)arrcau, dirent tout haut qu'ils avoient ouï tout ce qu'on pouvoit attendre d'un homme , dont la portée ne pouvoit aller au delà. Les autres ne craignirent ])oint de dire qu'il y avoit plus que de l'homme, estimant qu'ainsi que Dieu a assisté exiraordinairement le Rci en beaucoup de ses actions, ainsi, en celte occasion , avolt-il voulu, par un secours plus qu'ordinaire, faire que ses serviteurs se surpassassent euxmêmes à son avantage.
« Le ravissement de celte action fut tel, que beaucoup disoient ouvertement qu'ils voudroient en avoir acheté la gloire au ])rix de tous leurs biens, quelques autres au prix «le leur vie, qu'ils ne se fussent pas souciés de perdre après avoir acquis la réputation que cette action apporloit à son auteur.
<( Tous conviennent (jue jamais action no fut plus accomplie, soit pour la substance des choses et le jugement avec lequel elles étoient distribuées, soit pour le choix des paroles sans affectation, soit pour la grâce de l'auteur, lequel éloit maître de son auditoire , pour ce qu'il l'étoit de soi-même.
«Vous verrez, par la lettre suivante, le jugement qu'en fait l'évêque de Nîmes, que la probité et l'éloquence ont élevé à la
partent aujourd'hui ne doivent porter autres nouvelles par le monde, que de l'action qui se passa mercredi au Parlement, où le Roi fit un trùne d'amour de son lit de justice, n'employant sa séance qu'à retrancher des impositions et pardonner des crimes,
« Monseigneur le Cardinal , y parlant près d'une heure des merveilles de Sa Majesté , fit voir celles de son esprit avec tant d'avantage , que maintenant un chacun doute, avec raison, si les miracles de sa main sont plus dignes d'étonnement que les oracles de sa bouche. En effet. Monseigneur, il est certain que sa manière de parler n'est pas moins admirable que sa façon d'agir, et qu'en son éloquence, comme en ses autres qualités, il fait une espèce tout seul. Tous ceux qui l'entendirent ne jugent autre chose de son discours, sinon qu'il est au-dessus de tout jugement; qu'il surpasse la foi et l'imitation de tous les hommes; que l'art n'a point de règles, ni la nature point de grâces qui n'y soient surmontées, et que pour faire ces chefsd'œuvre , qui n'ont point de semblables , il faut être ce Cardinal qui n'en a jamais eu. Quant à moi, Monseigneur, je sortis du palais en même état que ceux qui, ayant pris un breuvage d'amour, se trouvent enchantés et sentent bien la force du charme qui les tient; mais sans pouvoir bien dire quel en est le secret et la composition. Car c'est ainsi c|ue les paroles de Monseigneur votre frère * saisirent tous mes sens et
dignité qu'il possède maintenant, et sans vous dire mes pensées sur ce sujet , je me contenterai d'être simple relateur en cette occasion. »
i. Cette lettre était donc adressée à Alphonse du Plessis, qui était sorti du couvent des Chartreux pour devenir archevêque
me laissèrent transporté, par l'effet ordinaire de cette magie amoureuse qu'il exerce sur les esprits capables de sentir la puissance du sien. Mais du recueil de son action , dont ma mémoire est toute pleine , il ne me reste qu'une certaine cognoissance d'avoir été charmé, sans que je puisse dire à Votre Eminence quel a été l'artifice et l'ouvrage de l'enchanteur, cela passant de tous points la science , Monseigneur, de votre*, » etc.
LETTRE DU ROI A MOLE
Les religieux de Saint-Quentin et l'éTêque de Noyon.
« Monsieur Mole , les chanoines et chapitre de Saint-Quentin m'ont fait entendre que le sieur évéque de Noyon leur auroit intenté procès, au préjudice des concordats passés par ses devanciers avec ledit chapitre, et des droits, privilèges et exemptions à eux octroyés par mes prédécesseurs Rois. A quoi ayant le principal intérêt, comme fondateur et coUateur de tous les bénéfices de leur église , je me crois obligé à les protéger dans la jouissance de leurs droits , desquels, désirant que vous preniez un soin particulier, par le devoir de votre charge et la recommandation que je vous fais par la présente en leur faveur, je me veux promettre qu'il ne se passera rien à leur préjudice et m'en repose sur votre soin et affection accoutumés. Priant Dieu vous avoir, Monsieur Mole, en sa sainte garde. Écrit à Saint-Germain en Laye, ce 20^ jour de février 1634^ »
cl'Aix (1620), puis de Lyon, ensuite cardinal en 1629, et grand aumônier en 1632.