‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 97 sur 167 · Collection Colbert, t. VI, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. VI, p

LETTRE DU CHANCELIER SÉGÏJIER A MOLE

Le Roi est mécontent des modifications apportées à l'édit des consigna^ tions. — Difficultés politiques dans lesquelles la France est engagée. — Nécessités de l'Etat.

« Monsieur, sitôt que j'ai été arrivé on m'a demandé des nouvelles de la délibération du Parlement sur le sujet de l'édit des consignations et quelle conclusion vous aviez prise. Et lorsque l'on a sçu les modifications que vous y avez apportées , je vous puis dire qu'elles n'ont pas été bien reçues, jugeant que, dans la nécessité des affaires , vous pouviez remettre quelque chose de la règle que l'on pourra tenir en une saison plus heureuse.

«A présent, les affaires du Roi sont en tel état, que sans une grande dépense pour les soutenir , et si les moyens nous manquoient, au point où les armes du Roi sont engagées, l'on pourroit recevoir un notable préjudice. Jusques ici le progrès en a été heureux, et si les avis que l'on a sont véritables, l'armée espagnole, commandée par le prince Thomas*, a été défaite. L'on

1. On lit dans la Gazette de Renaudot, sous la rubrique de Chambéry, le 17 août 1634 (p. 159) : « Cejourd'hui,S. A. de Savoie est arrivée en poste , lui septième , y compris D. Félix, son frère naturel, qu'il a établi gouverneur deçà les monts au lieu du prince Thomas; et dit-on qu'il recherche soigneusement ceux qui ont négocié sa retraite en la Franche-Comté, où il est, dont le j)résident Costa, Génois, qui l'a accompagné, est cru le principal auteur. « — Le 1 y avril, le prince Thomas ayant passé à Genève , à Reims et à Namur, vint coucher à Tréveure, et arriva le 20 à Rruxelles. Il fut fait immédiatement lieutenant du Cardinal-Infant (p. 467). — Le duc de Savoie écrivit immédiatement au roi de France pour lui dire qu'il était étranger à cette détermination de son frère. [Mémoires de Richelieu, p. •109.)

ne sçait encore les particularités du combat : l'on attend la nouvelle avec impatience. Je vous prie, s'il y a lieu de changer vos conclusions, de vouloir vous relâcher à consentir la vérification. J'ai beaucoup de raisons de le désirer et vous sçavez combien je m'intéresse à tout ce qui vous regarde. Si vous ne pouvez y apporter remède, l'on désire que vous envoyiez de deçà les conclusions que vous avez prises. Le Roi ne sera pas longtemps eu ce lieu : l'on parle qu'il pourra tourner vers Paris; cela est incertain.

« Je vous prie prendre soin des vagabonds ' et que le conducteur des galériens parte au plus tôt : l'on af-

1 . La police des pauvres et des vagabonds était toujours une des préoccupations de Mathieu Mole , surtout depuis que les anciennes maladreries avaient été affectées spécialement à recevoir les militaires infirmes ou estropiés. Une nouvelle espèce de vagabonds à surveiller, et en grand nombre, c'étaient les vendeurs et preneurs de tabac. fGazette, p. 53.) Mais on avait reconnu déjà, l'année précédente 1634, que les maisons de refuge étaient insuffisantes. Le Roi fut alors prié de fonder une commanderie avec le revenu nécessaire pour l'entretien de ces militaires. L'emplacement de l'ancien château de Bicêlre fut affecté à ce service, dès le mois d'août 163i. {Mémoires de Richelieu, t. VIII, p. 207.) M. de Saint-Germain fut mis à la tète de cette entreprise, et l'édit du mois de décembre 1633 , relatif à cette commanderie de Saint-Louis, fut publié le 26 août 4 634 seulement. Les estropiés à la guerre, ])our le service de Sa Majesté, devaient y être entretenus et nourris, et comme il fut décidé que chaque abbaye payerait cent livres, ainsi que tout prieuré dont le revenu excédait deux mille livres, ce service spécial des estropiés à la guerre fut placé dans les attributions du Grand-Aumônier de France, qui était le cardinal-archevêque de Lyon. Le 27 septembre 1634, les estropiés vinrent en procession de Bicétre en la maison du Grand-Aumonier. Cette cérémonie fut l'objet d'un long récit imprimé dans la Gazette de Renaudot (p. 423 j, qui attribue tout l'honneur de cette fondation au cardinal duc de Richelieu.

feclionne fort ces polices \ Je suis, etc. A Château- Thierry, ce 26 mai 1635. »

LETTRES DE MOLE A M. DUPDY

Victoire remportée sur les Espagnols à Avein. — Nouvelles diverses.

« Monsieur , ce seroit un merveilleux succès pour le commencement de nos armes, que la nouvelle de la défaite des troupes du prince Thomas ^ Mais les lettres delà cour, que j'ai reçues, en laissent quelque doute % et le lieu remarqué par votre billet l'augmente: car ayant eu avis de la prise de la ville de Marche-en- Famine*, qui est plus avancée vers Namur, et ne s'en parlant point , il semble qu'il soit nécessaire que ce soit en quelque autre lieu qu'entre Rochefort et Saint-

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