‹ Mémoires de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 35 sur 50 · APPAREIL FUM1GAT0IRE · texte numérisé non relu

APPAREIL FUM1GAT0IRE

forme une espèce de godet pour loger la face dorsale du nez (fig. 9, n).

Les bords de cette ouverture sont garnis d'une étoffe moelleuse pour être moins durs au visage. L'ouverture inférieure du masque est ronde et offre un diamètre de 7 centimètres (fig. 10, p); elle est fermée dans ses 3/4 supérieurs par un diaphragme soudé au pourtour de cette ouverture (fig. 10, q)\ dans son quart inférieur, c'est une soupape mobile (fig. 10, ?•), fixée par une de ses extrémités sur le diaphragme au moyen d'un clou qui lui permet de rouler sur elle-même (fig. 10, r).

Son autre extrémité est contournée sur ellemême pour faire marcher la soupape (fig. 10, s), elle est maintenue en place au moyen d'un petit morceau de fer-blanc (fig. 10, t), croisant l'ouverture et dont les extrémités sont soudées au pourtour de l'ouverture inférieure du masque plus extérieurement que le diaphragme; cette ouverture sert à transmettre hors du masque la vapeur rendue dans chaque expiration : audessous de cette ouverture inférieure il en existe une troisième, ronde et de 28 millimètres de diamètre (fig. 10, U). Un tuyau de même diamètre sur 5 centimètres de long se trouve soudé à son pourtour par une de ses extrémités, et l'autre s'articule avec le tuyau de la deuxième pièce

(fig. 9, c, d); comme on le voit, cette ouverture laisse pénétrer la fumée dans le masque qui fait l'office d'un réservoir, où se dépose la vapeur avant d'être inspirée.

Maintenant que nous connaissons le mécanisme de cet instrument, voici la manière de s'en servir : On met l'appareil dans les conditions de la figure 9, c'est-à-dire le masque situé à l'extrémité du tuyau, la soupape ouverte et le bouchon de l'appareil tourné en bas : on verse ensuite dans le récipient un liquide quelconque en ébullition, jusqu'à ce que son niveau atteigne les deux tiers supérieurs de l'espace compris entre le robinet et le fond du vase.

Les choses étant ainsi, la fumée ne sort pas de l'intérieur de l'appareil ; mais, pour qu'elle puisse circuler facilement, il faut tourner le robinet en haut pour laisser entrer l'air dans l'intérieur; quand cette communication existe, la fumée arrive aussitôt au visage, et si le trou interne pratiqué sur le robinet était entièrement ouvert, la quantité de vapeur serait telle, au début de l'opération, que le malade n'en supporterait pas la chaleur. Il faut donc, en tournant le bouchon, ne laisser entrer que la quantité d'air convenable pour rendre la fumigation supportable.

Si les forces du patient lui permettent de

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prendre seul ses fumigations, il sera assis près d'une table ou dans son lit, et il lui suffira d'appliquer plus ou moins exactement le masque sur son visage; s'il inspire par le nez ou par la bouche, la vapeur sera transmise par l'une des deux voies jusque dans l'intérieur des poumons; mais, si le malade, affaibli ou tourmenté par une vive oppression, ne pouvait s'aider assez pour pratiquer seul cette opération, la garde-malade prendrait l'anse de l'appareil, et, suivant le désir du malade couché dans son lit, inclinerait le masque à droite ou à gauche.

Pour un enfant comme pour un adulte on s'y prend de la même manière, et l'opération n'en réussit pas moins.

Au fur et à mesure que l'eau se refroidit il se forme moins de vapeur, et le malade n'en respire plus autant. Pour obvier à cet inconvénient on aura l'attention de laisser pénétrer une plus grande quantité d'air dans le récipient; si le liquide n'est plus que tiède et s'il est utile, sans changer l'eau, de continuer l'opération, on ferme la soupape qui se trouve sous le masque, et le malade pourra encore quelques instants la prolonger .

Pour rendre les fumigations efficaces , il ne faut pas en user au delà de deux à cinq minutes; s'il devient urgent de les prolonger, il vaut mieux

les renouveler plus fréquemment : les fumigations, en outre, ne doivent pas être administrées à une température trop élevée, ce qui arriverait au début de l'opération, si, comme nous l'avons dit, on laissait pénétrer une trop grande quantité d'air dans l'appareil ; sans ces précautions essentielles, certains malades seraient exposés à un violent mal de tête.

Cet instrument diffère des autres appareils connus :

1° En ce que ceux-ci n'ont point de masque qui conserve la vapeur en présence des organes par lesquels elle doit être inspirée.

2° Il en diffère par son mécanisme intérieur, qui fait que l'air, dans ce dernier, n'a pas besoin de traverser le liquide contenu dans le récipient, circonstance désavantageuse dans l'appareil de Mudge et ceux qui s'en rapprochent; voici ce qu'on lit à ce sujet (1) : « Ces deux machines ne sont, au reste, ni l'une ni l'autre d'un usage bien commode ; la résistance opposée par l'eau contenue dans le vase à l'air extérieur qui doit la traverser fait faire des inspirations forcées souvent difficiles dans les maladies du poumon, et d'autant plus pénibles que la colonne de liquide est plus considérable. » (Il est ici question d'un autre ap-

(1) Dictionnaire des sciences médicales, mot fumigations.

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pareil qui a la plus grande analogie avec celui de Mudge.)

3° La manière dont se fait l'expiration dans mon appareil est bien simple, tandis qu'elle est fort compliquée dans les autres machines.

Plusieurs confrères m'engageaient à remplacer le réservoir où se dépose la vapeur par une embouchure et un tuyau semblables à ceux que nous remarquons sur l'éthérisateur, de M. Charrière. Je ne me suis point rendu à leurs conseils, parce que je vois dans le masque des avantages qu'on ne rencontre pas dans le premier instrument; ainsi le masque étant maintenu à une distance plus ou moins grande du visage, permet au malade de ne respirer que la quantité de vapeur qui lui convient pour n'en pas être fatigué. Un appareil en métal est plus solide; il est plus facile à transporter comme à nettoyer ; en ferblanc il est d'un prix peu élevé et n'a besoin que de rares raccommodages, bien qu'il soit confié à des mains peu soigneuses. Je n'aurais pas rencontré ces avantages, si j'avais adopté l'appareil de l éthérisateur, qui, plus compliqué et moins solide, aurait pu occasionner des réparations plus fréquentes.

Après avoir fait connaître le mécanisme de mon appareil et avoir indiqué le moyen de s'en servir, je vais signaler quelques-uns des cas de

POUR L'INSPIRATION DES VAPEURS AQUEUSES. m

ma pratique dans lesquels les fumigations ont été avantageuses. C'est particulièrement pendant l'épidémie de grippe qui a régné â Mortagne en 1837 que j'ai souvent eu l'occasion d'user de cette médication.

Lorsque la toux était sèche, la poitrine douloureuse et qu'il existait en même temps un sentiment de chaleur et de resserrement, au traitement général j'ajoutais des fumigations émollientes qui produisaient de très-bons effets; je les renouvelais souvent, et le malade en éprouvait un soulagement notable.

Quand la grippe était compliquée de pneumonie intense avec oppression forte, des fumigations purement émollientes modéraient la dyspnée en rendant l'expectoration plus facile; l'observation suivante vient à l'appui de ces faits.

Observation. — La fille For..., âgée de trentequatre ans, d'une constitution faible et délicate, souffrait fréquemment et même était sujette à cracher le sang; cette fille fut prise de l'épidémie; l'affection, peu intense et négligée dans son début, augmenta tout à coup et présenta les symptômes suivants : (le 24 février 1857) vive douleur au côté gauche de la poitrine répondant aux fausses côtes de ce côté; crachats mêlés de sang, peu visqueux, néanmoins difficiles à avoir. Toux fréquente, oppression forte, sentiment de chaleur

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et de sécheresse dans toute l'étendue de la poitrine, céphalalgie, soif vive, bouche et langue sèches, pouls petit, fréquent, cent seize pulsations, brisement dans les membres ; la nuit a été agitée et le sommeil fréquemment interrompu par des rêves pénibles ; douleurs aux reins ; depuis deux jours les règles Huaient, mais elles ne coulent plus à l'instant de ma visite. (Saignée du bras de 180 grammes, synapismes aux extrémités inférieures, potion et tisane gommeuses, fumigations émollientes qui ne duraient que cinq minutes et qu'on renouvelait toutes les deux heures, diète.) Cette médication produisit peu d'effet sur l'affection générale, mais la malade, à chaque fumigation, expectorait plus facilement et la chaleur de la poitrine devenait moins vive. Le lendemain je la revis ; elle était à peu près dans le même état que la veille; dans la nuit, il y avait eu délire; l'oppression et le crachement de sang m'engagèrent à pratiquer une nouvelle saignée, j'y joignis un vésicatoire sur le côté (Loco dolenti) et j'en ordonnai deux autres aux jambes, qu'on devait mettre la nuit s'il se manifestait encore du délire; je prescrivis du reste les mêmes moyens que la veille, j'insistai surtout sur les fumigations, que la malade réclamait souvent.

Cet état dura quinze jours avec des alterna-

tives en plus ou en moins mal. Enfin je pourrais citer encore plusieurs autres observations dans lesquelles les fumigations ont sensiblement soulagé les malades et puissamment contribué à leur guérison.

J'ai employé avec succès les fumigations narcotiques de belladone et de digitale chez un enfant de onze mois, atteint d'une coqueluche très-forte :

Première observation. — Le nommé Gar..., d'Évrunes (Vendée), me consulta, le 11 novembre 1837, pour son enfant, âgé de quatre ans, qui depuis huit jours était tourmenté d'une coqueluche très-forte : toux fréquente, de longue durée, et menaçant de suffocation; après les quintes, le visage était rouge et bouffi. (4 sangsues aux malléoles internes, vésicatoire à chaque bras, belladone à l'intérieur, fumigations fréquemment renouvelées, même pendant le sommeil.) J'ai suivi avec soin les effets de cette médication, je remarquai, qu'elle avait éloigné les quintes, modéré la toux, devenue moins convulsive, moins longue et moins suffoquente. Cet enfant a survécu.

Deuxième observation. — Alfred Mo..., âgé de neuf mois, est atteint d'un coryza et d'un catarrhe pulîTionaire tellement intenses, qu'on croit le voir suffoquer à chaque instant, à cet état grave,

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qui dura six jours, j'opposai une médication énergique qui ne fit que modérer la toux et Toppression, quand tout à coup Alfred fut pris d'un accès de fièvre violent avec symptômes graves. Voici sa position le 15 novembre 1857 : J'appris que l'accès avait débuté par un grand froid auquel avait succédé une vive chaleur : coma profond et complet, insensibilité, convulsion des extrémités et des muscles de la face, se renouvelant toutes les heures et qui rendaient l'état du malade d'autant plus inquiétant que l'oppression était toujours forte. Après chaque convulsion, le malade était couvert de sueur et anéanti; cependant le pouls était assez fort et présentait cent soixante pulsations; ventre ballonné, selles rares. L'accès dura vingt-quatre heures, après lesquelles reparurent la connaissance et la sensibilité. J'avais prescrit deux sangsues aux pieds, potion et lavements laxatifs, fumigations émollientes. Ce mieux dura trente-six heures, puis revint un second accès semblable au premier. L'oppression persistait et tenait en partie à l'occlusion des fosses nasales, produite par des mucosités épaisses; déjà la nourrice avait plusieurs fois tenté de les arracher avec la tête d'une épingle. Ses tentatives et les miennes furent vaines. J'insistai sur les fumigations émollientes; les mucosités ramollies furent re-

tirées et l'oppression sensiblement diminuée. Plus tard, l'enfant devint mieux et guérit.

Je n'ai nullement la prétention de croire avec les parents que les fumigations prolongées ont sauvé leur enfant; mais, si elles ne l'ont pas guéri, elles ont bien secondé les autres moyens; je crois d'autant plus à leur efficacité, que l'appareil à l'aide duquel on les administre est luimême plus perfectionné.

Le médecin aujourd'hui ne doit donc pas se rebuter, et doit, au contraire, continuer ses recherches avec l'espoir de trouver le remède propre à combattre avec succès la phthisîe pulmonaire.

J'ai cité l'observation de deux pulmoniques dont la guérison a été favorisée par l'administration de fumigations spéciales; en voici une troisième que je suis bien aise de faire connaître.

Troisième observation. — Bi..., âgé de vingt ans, d'une constitution faible, en 1852 contracta un catarrhe aigu avec hémoptysie; cette affection dura plus d'un an et finit par céder à une médication antiphlogistique et tonique. En avril 1855, retour de la maladie; alors toux violente, fièvre, pouls fort, cent vingt pulsations, hémoptysie abondante; dyspnée, douleur au poumon droit, râle crépitant et légère matité dans lamoitié supérieure de cet organe. (Saignée,

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béchique et diète.) Cet état dure huit jours : vésicatoire sur la poitrine; la fièvre, la toux diminuent et demeurent ainsi durant quinze jours; mais faiblesse plus grande, crachats verdâtres muqueux, abondants, légère résonnance de la voix, sous la clavicule droite. (Fumigation de vapeurs aromatiques et de teinture d'iode, trois Ibis le jour et de deux minutes chaque fumigation; deux cautères sous la clavicule droite.) Plus tard, pectoriloquie et respiration caverneuse, fièvre hectique, faiblesse plus grande , amaigrissement croissant. (Même prescription : usage du sirop de quinquina et de l huile de foie de morue.) Cette médication, prolongée durant dix mois, diminua la toux, la fièvre, et tarit l'expectoration purulente; la pectoriloquie reste la même, mais sans gargouillement, etBi... sensiblement mieux, reprend ses forces et engraisse. En 1856, ses forces et son embonpoint sont revenus; seulement sa santé est fragile, et il enrhume facilement. En juin 1857, même état de bonne santé qui peut se prolonger longtemps si ce jeune homme sait se ménager.

Un semblable succès est rare; par cette circonstance, il devient intéressant, et sert à convaincre certains esprits égarés qui abandonnent inhumainement les phthisiques aux seules ressources de la nature. En leur mettant sous les

yeux des guérisons bien avérées, ils deviens draient coupables s'ils ne soumettaient, pas les tuberculeux au traitement dont nous avons fait usage sur notre malade.

De ce que j'ai dit et observé, je conclus : 1° Qu'un appareil de ce genre est simple, solide, portatif et plus commode que ceux proposés jusqu'à ce jour; que le malade, pouvant fumer dans toutes les positions et se trouvant peu fatigué de l'opération, pourra par cela même la prolonger plus longtemps.

2°Queles enfants, quelque jeunes qu'ils soient, peuvent aussi bien que les adultes user de fumigations.

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