RÉFLEXIONS EN RÉPONSE
« D'après quel mode et sur quelle proportion « établir cette fixation?»
Réponse. — L'arbitraire qui règne actuellement sur les honoraires dus aux médecins n'est pas compatible avec la dignité de l'art; en effet, si le médecin demande des honoraires trop modiques, il nuit par cela même à la dignité de la profession; si, au contraire, il demande trop, il ne proportionne pas ses exigences à la fortune de ses clients, et c'est encore un motif de déconsidération pour l'art.
Pour prévenir ces résultats, il serait à désirer que les médecins fussent rétribués par les communes où ils exercent. Ce mode de rétribution me semble avantageux; il est moral et digne de la profession médicale.
Chaque commune aurait un nombre de médecins proportionné au chiffre de sa population.
Chaque médecin connaissant la somme annuelle qui lui serait affectée, la toucherait par terme et à des époques fixes.
Ainsi, le médecin, désormais tranquille sur sa position et sur celle de sa famille, pourrait se livrer sans inquiétude à tous les travaux de son ministère.
Débarrassé du règlement de ses intérêts, il ne se verrait jamais dans l'obligation de contraindre par des voies légales ceux qui refuseraient de
reconnaître les soins qu'ils ont reçus, extrémité toujours fâcheuse pour le médecin comme pour le client.
Avec des honoraires fixes, le médecin sera sans excuse s'il fait du charlatanisme; il ne portera pas envie à la position de son confrère, dont les traitements seront fixés comme les siens; il n'y aura entre eux d'autre rivalité que celle du bien public, et d'autre désir que celui de mériter l'estime de ses concitoyens.
Également rétribués, tous les médecins auraient le même rang dans la société : ainsi, plus d'inimitiés, plus de jalousies, plusdehaines. D'où naît, en effet, la mésintelligence entre confrères? De deux sources : de l'amour-propre blessé (1), ou de ce que l'un fait plus que l'autre. D'après le nouveau mode de rétribution, rien de semblable n'aurait lieu, ou du moins, si un médecin inspirait plus de confiance qu'un autre, il ne devrait cet avantage qu'à son talent; mais alors il faut bien remarquer ce qui arrivera : le médecin le plus recherché ne pouvant suffire à tous les malades, il sera contraint, de bon gré ou de force, d'adres-
(1) Comment faire disparaître cette puissante cause de mésintelligence? Une civilisation avancée peut seule polir les esprits
et faire comprendre aux hommes les égards qu'ils se doivent mutuellement. Chacun de nous doit être pénétré de cette vérité, que, pour être respecté, il faut respecter les autres, et ce n'est pas se respecter que de chercher à rabaisser son semblable.