A L'AIDE D'UN MAILLOT ET D'UN CORSET
grand pour entourer à la fois et la jambe et, le bandage de Scultet; de sorte qu'après avoir pansé et établi le bandage, je plaçai le membre sur le milieu du coussin, j'en relevai les bords latéraux, qui, sans se joindre, furent retenus en place à l'aide de trois galons, dont les chefs étaient noués sur ce maillot. Enfin, pour rendre le membre plus- immobile, deux longues bandes, croisant le maillot et s'y attachant dans leur milieu, avaient leurs chefs fixés à la paillasse. Remarquons de suite que les bords latéraux du maillot ne se joignant pas, forment une rigole dont on peut se servir au besoin pour agir sur le bandage de Scultet.
Ainsi pansée, la malade eut du calme et passa une nuit assez paisible, avantage dont elle était privée depuis sa chute. Dans l'intention de rendre plus grande encore l'immobilité de la fracture, je fis confectionner un corset en baleines peu flexibles, dont la longueur dépassait en haut et en bas la plaie de plusieurs centimètres, mais dont les bords ne se réunissant pas, laissaient un vide correspondant à la surface de la plaie. Ce corset était appliqué directement sur la jambe, et s'y fixait à l'aide de quatre lacets passant dans des œillets pratiqués sur les bords du corset, et dont les chefs se nouaient en croisant la plaie. Ainsi trois sortes d'appareils contribuent à l'im-
mobilité désirée : le corset, l'appareil de Scultet et le maillot; et bien qu'il en fût, chaque matin on pouvait voir la plaie et faire le pansement sans aucunement bouger la jambe. Quinze jours après l'emploi de ces moyens combinés, nous vîmes les bords de la plaie s'aplatir et se cicatriser. En continuant à agir de la sorte, bientôt la plaie diminua d'étendue et devint moins douloureuse, tandis que les os, constamment en rapport les uns avec les autres, contractaient entre eux des adhérences et se consolidaient de plus en plus. Sept semaines après cette médication (1), et après avoir extrait quatorze esquilles, dont la grosseur variait depuis celle d'une lentille jusqu'à celle d'un petit œuf de pigeon, la plaie était totalement cicatrisée et les os paraissaient passablement solides. Mais il fallait continuer longtemps encore ces sortes de pansements. Je cessai de voir la malade le 2 janvier 1858. En la quittant, sa jambe semblait être raccourcie de quelques centimètres; le genou et le pied n'avaient qu'une légère déviation à droite, circonstance qui nous fit espérer que la malade, avec du temps et de bons soins, se rétablirait parfaitement, et qu'elle se servirait de son membre sans conserver trop de difformité. Telle fut la cure heureuse que nous obtînmes
(1) Quatre mois après l'accident.