PREMIÈRE PARTIE
En 1820, après trois mois d'études médicales, et sous la direction de feu mon père, médecin à Mortagne, je commençai mes premières vaccinations. Plus tard, j'étendis cette pratique dans les départements voisins (Maine-et-Loire, Deux-Sèvres)* Chaque année, j'opérais gratuitement un grand nombre de sujets, dont aujourd'hui le chiffre s'élève à près de vingt mille, popularisant ainsi la meilleure de toutes les pratiques médi-
cales. Or quarante années de travail sur cette matière m'ont fourni des observations importantes que je crois utile de signaler.
Pour prouver qu'elles n'ont pas toujours été sans intérêt, qu'il me soit permis de dire que, de 1855 à 1861, elles m'ont fait décerner par l'Académie impériale de médecine et par mon département plusieurs médailles d'or et d'argent.
Dans le cours de ce Mémoire, je suis pas à pas l'ordre de mes observations et les différentes phases de la vaccine.
Vaccinations de i 835.
En 1835 (1), j'ai vacciné 452 sujets dans les départements dont j'ai parlé. Quelque ennuyeux que soit un déplacement, ce serait peu de chose, s'il était possible de voyager seul; mais pour opérer il faut avoir avec soi le sujet qui fournit le vaccin. Ici commencent les désagréments : en effet, si dans les gens on rencontrait toujours bonne volonté et désir de rendre service, tout se passerait pour le mieux : car, les parents apportant leurs vaccinés d'une commune dans l'autre, on opérerait sans difficulté; mais ils promettent et ne viennent pas au rendez-vous.
(1) Depuis 1820 jusqu'à cette époque, 1855, mes vaccinations ont été fondues avec celles de mon père, et je n'en parlerai pas
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De là l'obligation d'avoir toujours avec soi la source vivante du vaccin, etc.. A ces obstacles s'en joignent d'autres : il manque de sujets à vacciner; s'il y en a les parents hésitent, prétendant que la vaccine enlève les forces, ou qu'elle transmet des germes de maladies auxquelles les enfants succombent tôt ou tard. En vain vous les rassurez et leur promettez toute sécurité, ils restent sourds à vos conseils.
Sans nous arrêter davantage à ces préjugés, nous dirons que, la variole étant un fléau cruel et la vaccine le seul moyen de s'en préserver, il importe au législateur d'intervenir et d'imposer le préservatif. Pourquoi ne pas ordonner ce qu'il est pressant de faire, puisque le langage de la raison, la persuasion et l'expérience même, ne font rien sur certaines populations ignares et entêtées (])?
Il serait donc urgent de faire une loi qui forçât les parents à transporter, immédiatement après la naissance, leur nouveau-né chez le docteur, pour y recevoir, après le baptême religieux, le baptême de la vaccine.
Après avoir fait connaître ma manière de voir sur la marche qu'il faudrait suivre en France
(1) Cette opinion, que j'avais émise dès 1855, a trouvé de l'écho en France comme à l'étranger. Voyez plus loin, page 229 de ce volume.
pour que la propagation de la vaccine fût géné raie, régulière et avantageuse, je passe aux observations qui ressortent de mes vaccinations pour décider la question suivante : « Quelles conditions sont nécessaires, et quels moyens employer pour produire le bon bouton de vaccine?... »
Sansparler de l'influence plus ou moins grande que peuvent exercer sur son développement l'âge, le sexe, le tempérament du sujet, l'état de l'atmosphère, plus ou moins chaude, humide, électrique, etc., je dirai que deux conditions sont essentielles : 1° c'est de bien choisir l'époque à laquelle on doit recueillir le fluide; 2° c'est d'avoir à sa disposition un cowpox régénéré depuis peu.
Si nous consultons les auteurs, nous voyons qu'ils ne sont pas d'accord sur l'époque de la transmission : les uns veulent que le vaccin soit recueilli du quatrième au sixième jour, lorsque l'aréole est à peine apparente; d'autres, au contraire, veulent qu'il soit pris du septième au dixième jour, lorsque l'aréole est dans toute sa force.
Je partage l'opinion des premiers; mais je dirai que cette manière de désigner l'époque par le nombre de jours n'est pas la plus exacte. L'expérience le prouve; tous les praticiens savent que chez certaines personnes la vaccine se déve-
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loppe, marche et se passe avec autant de promptitude que de régularité; tandis que, chez d'autres, elle est plus tardive; le vaccin reste dans une sorte d'incubation pendant plusieurs jours, ensuite le bouton se développe et met d'ordinaire beaucoup plus de temps à parcourir ses périodes que dans le premier cas.
Chez d'autres encore, la vaccine ne prend pas, ou bien, ce n'est qu'après avoir été inoculée trois, quatre ou même dix fois. A quoi tiennent ces irrégularités? Sans doute qu'un tempérament plus ou moins vigoureux a son influence; mais nous n'en savons pas davantage. Delà vient qu'on ne peut, sans courir le risque dese tromper, désigner les jours où il faut recueillir le vaccin ; cette époque dépendra du degré de développement du bouton; chez certains sujets, ce sera le cinquième ou le septième jour, chez d'autres ce sera plus tard.
Les premières vaccinations que j'ai faites au Longeron (Maine-et-Loire), qui eurent lieu en 1 835, m'en ont fourni un exemple bien frappant : le développement des boutons eut beaucoup de peine à se faire; si bien que, m'étant rendu sur les lieux huit jours après, pour opérer de nouveau, on me dit que le vaccin n'avait pas pris; en vérifiant le fait, je reconnus que les boutons étaient à peine visibles. Pourtant nous étions au
mois de juin, sous l'influence d'une température fort élevée (1).
Il serait donc plus exact de dire que l'époque favorable à la transmission serait celle qui se rapproche le plus du début de la période inflammatoire; alors le bouton présente l'état suivant : il est développé, petit, sensible au toucher et à l'œil nu; à forme ombiliquée, état qui répond ordinairement au cinquième jour; le fluide alors est blanc, diaphane, visqueux, peu abondant à la vérité, mais c'est le moment de sa grande énergie.
Mes observations m'ont donc porté à partager l'opinion des médecins qui veulent qu'on recueille le vaccin presque dès l'apparition de la pustule. Jenner pensait ainsi, et disait que, dès le cinquième jour, on pouvait s'en servir avec avantage; je dis, moi, avec le plus de chance de succès. Quand le bouton et le fluide présentent les caractères dont nous venons de parler, il faut encore que le virus soit inoculé d'une manière convenable. Or c'est l'instant de parler de l'instrument qui me semble le plus avantageux.
Jusqu'à ces temps derniers, je m'étais servi d'une lancette ordinaire, et j'avais assez souvent
(1) Si j'en dois croire une mère digne de foi, en 1857, j'aurais vacciné son fils, sur lequel la vaccine ne serait apparue qu'un an après. •
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observé des cas de non-réussite : je pensai qu'une lancette cannelée devait être préférable; car j'avais lu ce qu'en dit le grand Dictionnaire de médecine (mot : Vaccin). Sur ces données, et sur l'opinion avantageuse que j'en avais conçue, je fis confectionner une lancette de ce genre, qui tout d'abord trompa mes prévisions. En effet, le temps m'apprit qu'une simple lance affilée réussissait presque aussi bien, comme on le verra plus bas.
Je consigne ici une observation que je ne veux pas laisser perdre, c'est que la vaccine, loin d'être contraire sur un enfant atteint de la coqueluche, produit un bon effet. J'ai vacciné plusieurs enfants qui en étaient atteints (1) : le bouton se développa avec promptitude et régularité, et je reconnus avec les parents que leurs enfants étaient moins oppressés, que leurs quintes étaient moins longues et moins fortes, pendant tout le temps que dura la période inflammatoire; d'où nous inférons que la vaccine, loin d'être nuisible chez un sujet atteint de cette affection, doit être considérée comme un révulsif avantageux, remplaçant le résicatoire.
En résumé, nous concluons : 1° qu'il existe certaines localités où des parents absurdes, ne
(1 ) Au bourg cTÉvrunes (Vendée).
voulant pas se rendre à l'évidence, négligent la vaccine, et que, pour les y contraindre, une loi spéciale serait nécessaire; 2° que, pour opérer avec fruit, il convient de recueillir le fluide dans les premiers jours de la période inflammatoire; 3° que la vaccine produit un effet avantageux sur la coqueluche, et qu'elle peut remplacer momentanément un révulsif au bras.
Vaccinations de 1836.
En 1836, j'ai seulement opéré 260 enfants, mais, pour compenser la faiblesse de ce chiffre, j'ai des observations intéressantes à relater. La première concerne le nouveau mode de vacciner, pratiqué sur 209 sujets , les autres l'ayant été par la méthode ordinaire.
J'ai dit aussi que, pour agir avec plus de chance de succès, il fallait opérer avec une lancette cannelée, que la cannelure me semblait très-apte à conduire le virus sous l'épiderme ; j'ai même avancé que la pointe lauciforme que j'avais donnée à cet instrument facilitait l'opération. C'est un fait, que la lancette cannelée m'a donné quelques réussites de plus que la lancette sans cannelure; mais l'importance de ces succès n'est point en rapport avec les difficultés extrêmes qu'éprouvent les fabricants d'instruments à confectionner et à repasser ces sortes de lancettes. Aujourd'hui
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je vaccine avec une lancette à lame ordinaire, et je réussis presque toujours à transmettre la vaccine.
NOUVEAU MODE D'iNOCULATION.
Au lieu de faire la piqûre horizontale, je la pratique verticalement, sans avoir besoin de laisser séjourner la lancette dans la petite plaie, circonstance qui facilite et abrège l'opération. Les précautions à observer sont faciles et peu nombreuses : je saisis entre le pouce et l'index de la main droite la lame d'une lancette cannelée ou une lancette ordinaire, et chargée de virus; je la tiens près de la pointe, dans une position verticale, de façon que la cannelure regarde à droite et corresponde à l'index de ce côté ; je ne laisse paraître qu'une ligne de pointe au-dessous des doigts qui la tiennent, et qui doivent être situés sur la même place, afin de borner l'action de l'instrument; alors, delà main gauche, je prends le bras de l'enfant, dont je tends la peau, et je plonge verticalement la lancette au moyen d'un petit coup sec, qui la coupe longitudinalement. Aussitôt enfoncée, j'abaisse de gauche à droite le manche de l'instrument, que je retire en essuyant dans la plaie la face cannelée.
J'ai dit qu'il fallait entailler la peau de haut en bas; cette précaution n'est pas inutile. En
effet, coupée dans ce sens, la peau, préalablement tendue, revient sur elle-même; de sorte que les lèvres de la plaie, se trouvant resserrées naturellement, saisissent et retiennent le virus dans la piqûre. Cette précaution prévient en même temps rémission d'une trop grande quantité de sang, avantage qu'on n'aurait pas si l'on coupait la peau transversalement.
Mon intention n'est point de donner ce mode d'inoculation comme plus sûr que la piqûre horizontale; l'un et l'autre ont un égal succès; mais, sous d'autres rapports, la nouvelle piqûre offre des avantages qu'il importe de faire connaître.
1° L'opération est plus simple, plus facile, et la piqûre verticale, se faisant d'un seul coup, exige moins d'adresse et moins de précautions.
2° Elle est beaucoup plus promptemerit terminée, puisqu'on ne laisse pas séjourner la lancette dans la plaie comme on faisait autrefois ; car ce n'est pas chose facile lorsque vous opérez des enfants mutins et criards.
3° L'opération étant moins longue, le sujet éprouve moins de douleur.
J'ai rendu ce mode plus prompt et plus facile encore, en inventant une lancette, qu'on ajuste de façon qu'elle ne peut être ni trop, ni pas assez enfoncée, inconvénient que j'éprouvais souvent
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au début de cette pratique ; en effet, il peut arriver que vous serriez trop les doigts qui bornent l'action de la lancette; alors vous ne l'enfonceriez pas assez, et l'opération pourrait ne pas réussir : dans le cas contraire, en la plongeant trop profondément, vous causeriez plus de douleur et vous auriez trop de sang. Pour atteindre le but, il faut donc une lancette, dont à volonté on cache une partie de la lame, pour remplacer les doigts qui servent à la fois de conducteur et de borne à l'action de l'instrument ; il faut en outre pouvoir, ad libitum, dégager la lame de ses bornes afin de l'essuyer et de la charger promptement.
Un instrument aussi complexe n'a pas été facile à inventer ; le plus commode de tous est celui que voici ; il a de grands rapports avec le canif à coulisse.
La fig. 1 de la pl. IV représente une lancette de ce genre ; elle a 9 centimètres de long sur 6 millimètres d'épaisseur, affectant la forme d'un cylindre aplati, en ébène, et creusé à son intérieur pour y loger lame et ressort. Cet instrument présente deux faces, deux côtés et deux extrémités différentes.
La fig. 1 de la pl. IV est la face antérieure; sa partie moyenne offre une coulisse de 24 millimètres, où glisse le bouton (voir fig. 1); ses deux extrémités évasées servent à fixer la lame dans ces
points (fig. 1, ad). La face postérieure est polie et n'a rien de particulier ; il en est de même des côtés.
L'extrémité supérieure est terminée par une virole en argent, fixée sur le manche; sa forme est celle d'un capuchon, et son extrémité supérieure offre une ouverture transversale qui donne passage à la lame (pl. IV, fig. 1 b).
La partie inférieure se termine par une gaîne mobile (pl. IV, fig. 2), s'emboîtant sur une virole fixée ad hoc (voir lig. 1 , C) ; cette virole recouvre un écrou fixé dans le manche (fig. 6) où s'adapte une vis de 23 millimètres de long sur 4 millimètres d'épaisseur, terminée par un bouton (voir fig. 3). Cette vis correspond au ressort et fixe la lame à une hauteur convenable pour vacciner (fig. \ d) (1). La lame est en tout semblable à la fig. 1 e; elle doit avoir 22 millimètres; son ressort, semblable à celui d'un canif, ne doit pas avoir plus de 24 millimètres.
Je note avec intention toutes ces proportions, qui, faute d'être observées par le fabricant, rendraient la lancette imparfaite. Maintenant que
(1) Dans le principe, cette lancette était munie, à sa partie moyenne, d'une virole mobile qui, à l'aide d'une vis, se fixait à volonté sur un des points du manche pour laisser sortir plus ou moins de fer. (Voir pl. IV, fig. 8.)
Ce mécanisme étant défectueux, le dernier doit avoir
la préférence.
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nous en connaissons le mécanisme, il est facile de comprendre la manière de vacciner : on détache la gaîne, puis, au moyen du bouton, on fait sortir la lame de 2 millimètres, la fixant dans cet endroit au moyen de la vis, poussée jusqu'à la rencontre du ressort. On replace ensuite la gaîne, et, en faisant jouer le bouton de la coulisse, on obtient ce qu'il faut de lame pour charger la lancette, qu'on enfonce verticalement et qu'on retire aussitôt, ainsi que je l'ai dit plus haut.
Pour remettre l'instrument dans son état portatif, on retire la vis, on porte le bouton à l'extrémité inférieure de la coulisse, puis on replace la gaîne (fig. 2) sur la virole (fig. c).
Grâce à cet instrument, je n'ai plus besoin de tenir le bras. Je confie ce soin à la nourrice, ce qui me donne la facilité d'opérer de côté, sans me laisser voir, et sans effrayer l'enfant. Cette méthode simplifie donc l'opération et l'abrégera grandement si l'on use de la recommandation de M. Bousquet, qui conseille de faire plusieurs piqûres successives, sans charger la lancette à chaque fois; observation précieuse dont je parlerai très-incessamment. Ainsi les avantages de cet instrument sont : 1° de rendre l'opération plus facile et plus simple, en la dégageant de précautions inutiles. 2° Les person-
nés étrangères à la médecine s'en serviront avec fruit. Il en sera de même des médecins âgés, dont la main est tremblante et la vue affaiblie. Soyez proche ou éloigné de l'opéré, du moment que vous pouvez l'atteindre, il sera vacciné avec autant de chance que par l'ancienne méthode. 3° L'opération se fait avec une telle promptitude, que je puis en cinq minutes vacciner 30 sujets, sur chacun desquels je pratique 6 piqûres.
En \ 853, j'eus l'honneur de soumettre ce vaccinateur au jugement de l'Académie impériale de médecine, et, dans son rapport de 1845 au Ministre (page 28), elle regarde mon instrument et la manière de s'en servir comme une heureuse perfection pour la pratique de la vaccine. J'ai également offert ma lancette a M. Gérardin, membre de l'Académie impériale de médecine, médecin de la Maternité de Paris, etc.. Voici un passage de la lettre qu'il me fit l'honneur de m'écrire à ce sujet : « Votre instrument est « adopté par toutes les personnes qui Font vu; « M. Charrière s'est chargé de le confectionner « sous des formes plus luxueuses ; le confrère « Daniau l'a fait adopter à ses élèves sages- « femmes, qui vont en faire l'acquisition ; je ne ce doute point qu'il ne soit répandu partout et « prochainement; c'est un nouveau service que
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« vous avez rendu aux praticiens, je vous en a félicite de tout cœur. »
Modification de la lancette. — M. Charrière a modifié cet instrument; il préfère un cylindre aplati , en melchior, de 6 centimètres de long, sur un diamètre de 5 millimètres (fig. 4, pl. IV). Sur une de ses faces existe une coulisse de 20 millimètres de long, où glisse un bouton, vissé sur le talon de la lame et qui sert à son va-et-vient (fig. 5, /'). Quand ce bouton est entièrement vissé, il rend la lame immobile (fig. 4). Sur le côté de cette pièce, on remarque un ressort (fig. 5, i) ; l'extrémité supérieure de la lancette est arrondie, polie, et laisse passer la lame; à son autre extrémité, on voit un bouton allongé, tournant sur lui-même (fig. 4, g), et où se loge une vis de 9 millimètres de longueur, renfermée dans l'intérieur de la lancette et qui n'est visible que quand l'instrument est démonté ; cette vis sert de point d'appui au va-et-vient de la lame et la maintient au point voulu pour vacciner ; on tourne le bouton de droite à gauche pour la faire sortir, et dans le sens contraire pour la faire rentrer; cette lancette est plus élégante, plus portative, mais moins maniable que celle que j'ai proposée. La lancette de M. Charrière, telle qu'il l'a donnée, offre encore quelques imperfections, qu'il importe de faire disparaître ;
ainsi, lorsqu'on vaccine avec promptitude, les boutons tournent sur eux-mêmes; celui de la coulisse sort de son écrou ou serre trop fortement la lame ; on corrige ces divers inconvénients : 1° en rendant semi-lunaire le bouton de la coulisse ce qui prévient ses mouvements et ses variations (fig. 5, /*); 2° on entoure l'autre bouton de deux petits morceaux de liège, maintenus par un fil, à l'extrémité inférieure du manche (fig. 7). Cet entourage rend l'instrument plus maniable, et fixe la lame au point convenable pour opérer.
J'ai dit plus haut pourquoi j'ai fait disparaître la cannelure de mon vaccinateur, et pourquoi j'ai remplacé la forme élégante de la lance par celle que je lui préfère dans la fig. I , Pl. IV. Je persiste donc dans ma première opinion.
J'ai souvent eu l'occasion d'observer que le bouton produit par la piqûre verticale était tellement large et volumineux, qu'on eût dit que deux boutons étaient accolés l'un à l'autre. Cette singularité tient-elle à la quantité de virus déposé dans la plaie, ou à la profondeur de la piqûre? Ou bien encore, un virus très-actif peut-il, sur l'une comme sur l'autre lèvre de la plaie, faire naitre deux boutons, qui, en se réunissant, semblent n'en faire qu'un?... Quelques observations
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paraissent favorables à cette opinion ; voici ce que j'ai remarqué. Dans mes premiers essais pour faire une piqûre verticale, il m'arrivait parfois de n'enfoncer ma lancette que d'un millimètre; or, cette piqûre ne produisait qu'un bouton, gros comme une graine de millet avec une tête souvent acuminée et contenant du pus. Ce bouton, entouré d'une vive rougeur, et ne laissant aucune trace après lui, commençait et vivait aussi longtemps que son voisin plus volumineux et résultant d'une piqûre plus profonde : en un mot, on eût dit qu'il manquait à ce bouton l'énergie convenable pour se développer entièrement. Sa petitesse venait-elle du peu de virus insérée dans la piqûre?... Je laisse au temps le soin de répondre ; mais je serais d'autant plus porté à partager cette opinion que , par analogie presque semblable, nous voyons les poisons, irritants ou autres, affecter, modifier et détruire nos tissus, en raison de leur abondance, de leur activité et de leur contact plus ou moins immédiat.
Un autre fait, qui se rapproche des précédents, nous démontre que pour faire naître le bouton, chez certains individus, il faut préalablement que leur organisme soit plus ou moins saturé de vaccin; j 'ai opéré 4 sujets de ce tempérament : sur 3 d'entre eux il ne m'a pas fallu
moins de 6 vaccinations successives pour faire fructifier l'opération, et 10 sur le quatrième; c'est-à-dire qu'il a fallu verser dans le sang la quantité suffisante de virus nécessaire à 36 piqûres chez les premiers et 60 chez le dernier. Ces succès tardifs nous donnent à penser que l'opération eût réussi dès la première tentative, si, au lieu de 6 piqûres, nous en eussions pratiqué 36 et 60. Cette opinion se trouve corroborée par un fait fréquent dans nos contrées ; c'est que des lièvres intermittentes, rebelles, diminuent sous la puissance d'une faible dose de fébrifuge, et qu'elles cèdent complètement à une dose plus élevée.
Nous donnerons plus loin, IIe partie, le moyen presque certain de faire naître h vaccine normale. (V. page 269.)
Je regrette de n'avoir pas transmis le virus des boutons acuminés dont j'ai parlé. Il eût été bien singulier de leur voir donner naissance à des pustules de bonne nature. Je vaccinai, il y a trois ans, un enfant. Il n'eut qu'un bouton peu volumineux à son septième jour, pointu, contenant du pus, et entouré d'une aréole. Sa petitesse et sa forme me le firent prendre pour une pseudovaccine, que j'attribuais volontiers à la dégénérescence du fluide conservé sur verre.
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A cette époque, il survint dans la contrée quelques cas de variole qui jetèrent l'alarme, je m'empressai de vacciner, malgré la mauvaise qualité du virus. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant ces piqûres taire naître des boutons superbes !
L'année suivante, j'ai été à même de reproduire le même phénomène sur plusieurs personnes, et je suis resté convaincu que nos prédécesseurs étaient dans l'erreur la plus complète sur la nature de ce virus, qu'ils croyaient inerte, quand , au contraire, il était doué d'une énergie remarquable.
J'étais à Paris en 1836, époque à laquelle on découvrit le cowpox sur une vache des environs de la capitale. Profitant de cette bonne fortune, j'emportai de l'ancien et du nouveau fluide; puis, aussitôt mon retour à Mortagne, je vaccinai un enfant de six mois, auquel je fis deux piqûres à chaque bras (au droit, le nouveau, au gauche, l'ancien virus) ; mais, à mon grand regret, ces tentatives restèrent sans résultat.
Il existe entre la variole et la vaccine une analogie qu'il est intéressant de signaler, je veux parler des effets de Tune et l'autre affection sur une autre maladie, le prurigo. Les enfants R...., et C...., le premier âgé de dix-huit, l'autre de vingt et un mois, portaient, depuis
plusieurs semaines , un prurigo qui les tourmentait cruellement. Je les vaccinai, et fus fort étonné de voir ce prurigo s'éteindre et disparaître, tellement que cinq semaines après la vaccination ils étaient parfaitement guéris. Cette observation me rappelle qu'en 1828, M. Biett, dans ses savantes leçons de clinique , à l'hôpital Saint-Louis, nous disait, en parlant du prurigo formicans, « que parfois, comme traitement, il avait inoculé la variole discrète aux malades, et qu'il avait souvent réussi à guérir ou à modérer les démangeaisons. »
L'observation de Biett, et ce qui se passa chez ces enfants, me donnèrent un nouveau point de ressemblance entre la vaccine et la variole (1). Plusieurs auteurs ont dit vaguemment que la vaccine modérait les affections dartreuses. J'ajouterai que, souvent, j'ai vacciné des enfants porteurs de diverses éruptions cutanées, qui se modifièrent ou s'éteignirent quelque temps après. (V. page 190.)
Pour conclure, je dirai 1° que la piqûre verticale doit être préférée à l'horizontale, parce que l'opération est plus simple, plus facile et plus prompte, et que le succès en est au moins aussi certain;
(1) Nous reviendrons sur cette analogie (page 190).
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2° Que la lancette à coulisse est l'instrument spécial pour la piqûre verticale, et qu'il simplifie l'opération;
3° Enfin, que la vaccine et la variole exercent à peu près les mêmes effets sur le prurigo.
Vaccinations de 1839.
L'instrument et le procédé n'ayant que six mois d'existence, il était utile de renouveler les expériences. Or, voici mes observations de 1837 :
J'ai vacciné 294 enfants, H seulement par l'ancien mode, et 283 par le nouveau. Les résultats ont dépassé mes espérances. En effet, sur 283 opérés, je n'ai eu que 12 cas d'insuccès; et, sur le nombre des piqûres, dont le total est de 1,132, je n'en ai compté que 55 qui n'ont pas produit de boutons. Un de mes confrères, plein de confiance dans sa manière de vacciner, me proposa d'opérer quelques sujets, pour comparer les résultats de l'une et de l'autre méthode. Malheureusement nous n'avions à notre disposition que cinq enfants. Il en vaccina deux et moi trois, bien entendu dans le même moment et avec le même vaccin. Il fit 12 piqûres et j'en pratiquai 16. Sur ses 12, il n'y en eut que 10 qui réussirent; tandis que sur mes 16, aucune ne manqua.
D'autres confrères ont répété ces expériences, et tous ont également reconnu que cette pratique était plus prompte, plus facile et aussi sûre.
On peut opérer avec une telle promptitude que, dans ma première expérience, je mis six minutes quarante secondes à vacciner 30 enfants, et, dans une deuxième, sept minutes seulement.
Faut-il attribuer exclusivement à cette manière d'opérer les succès nombreux que j'ai obtenus, ou faut-il en rechercher ailleurs la cause?... Je sais et je reconnais avec les auteurs qui ont écrit sur la matière que, telle année, la vaccine réussit beaucoup mieux que telle autre; ce qu'ils rapportent à une constitution spéciale de l'atmosphère. Je le croyais ainsi quand j'appris que, dans un bourg voisin, un de mes confrères avait vacciné un assez grand nombre d'enfants, et que la moitié de ses opérations avaient été infructueuses.
M. D..., médecin de Tiffauge, qui, depuis longtemps, se livre à cette opération, me dit avoir remarqué autant d'insuccès en 1837 que les années précédentes.
Les premières lancettes présentaient une lame cannelée, dont les couteliers se plaignaient fort; aujourd'hui les lancettes ont une lame plus ef-
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filée, sans cannelure, et l'on ne s'aperçoit pas d'insuccès plus nombreux.
En 1854, j'ai de nouveau modifié la lame de ma lancette. Au lieu d'être lanciforme et effilée, elle est maintenant à grain d'avoine, perfectionnement qui permet de s'en servir pour saigner. Dans ce cas, voici la manière de procéder : On saisit, avec le pouce et l'index de la main droite, cette main et les doigts tournés en dessous, la quantité de lame suffisante pour opérer; on en plonge perpendiculairement la pointe dans la veine, puis on la relève en haut, en abaissant le manche pour élargir l'ouverture, tandis que les autres doigts, appuyés sur le bras du patient, servent à diriger et à borner le coup de lancette. Du reste, le bras à saigner est tenu de la main gauche comme à l'ordinaire.
On a reproché à la piqûre verticale d'occasionner plus de douleur, parce que, dit-on, elle fait couler une quantité plus grande de sang. J'ai souvent vacciné devant des confrères; nous n'avons pas remarqué ces inconvénients, qui existeraient sans doute si on introduisait trop de fer, et c'est à cette cause, sans doute, que se rattache le reproche signalé. La preuve que la douleur n'est pas plus vive, c'est que les enfants ne crient pas davantage. Remarquons, au contraire, que l'opération ne durant que deux secondes, la dou-
leur d'une si petite piqûre doit, par cela même, être moins sentie. C'est un fait que les parents ont si bien apprécié, qu'ils veulent aujourd'hui faire opérer leurs enfants par cette méthode, preuve évidente de sa supériorité.
M. Bousquet (1) avait signalé une observation sur l'exactitude de laquelle j'avais émis quelques doutes, et qui, certes, est digne d'intérêt. Cet auteur conseillait de bien charger la lancette et de faire deux ou trois piqûres successives. Cette pratique, je dois le dire, répond au vœu du vaccinateur, et elle est avantageuse en ce qu'elle abrège l'opération sans lui nuire. J'en ai eu pour preuve toutes mes opérations de cette année, qui ont été faites d'après cette méthode, et avec le plus grand succès.
Réflexions. — Quelles influences les variations atmosphériques exercent-elles sur le développement de la vaccine?... Feu Messager, médecin à Saint-Gilles-sur-Vic, avait fait des recherches sur ce sujet. Je regrette que M. le secrétaire du comité de vaccine de Napoléon-Vendée n'ait pas donné un résumé de ce travail, à l'époque où il le lui fit parvenir, et ne nous ait pas fait connaître les observations et l'opinion de cet honorable confrère. En 1 855, j'étudiai avec soin cette ques-
(1 ) Nouveau traité de la vaccine.
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tion, en tenant note exacte des variations barométriques et thermométriques, de même que de l'état hygrométrique de l'air, etc...; ces recherches sont restées sans résultats autres que ceux observés par Husson (1), qui assure que « toutes les saisons sont également favorables à la vaccine. Dans tous les temps, le succès a été le même, le froid et la chaleur n'ont aucune influence sur son développement, qui est aussi régulier à Saint-Pétersbourg qu'à Gonstantinople. »
De nouvelles observations sur le succès des vaccinations faites en été et en hiver, par M. Baray, de Besançon, lui ont prouvé que la vaccine réussit bien moins dans la première que dans la deuxième saison. Mes succès de 1837, obtenus du 1er mai à la fin d'octobre, me portent à croire qu'une température non exagérée de chaleur ou de froidure est également favorable au développement du bouton; mais il est une circonstance qui engagera toujours à vacciner plutôt en été qu'en hiver : c'est que, dans la première saison, on peut découvrir plus impunément les enfants.
Incubation de la vaccine. — J'ai quelquefois observé que, sur le même individu, certains boutons se développaient à l'époque ordinaire,
(1) Voyez Dictionnaire de Médecine, p. 370, mot taccine.
et suivaient une marche régulière, tandis que l'incubation du virus, dans les autres piqûres, se prolongeait tellement, qu'on pouvait croire qu'elles resteraient sans résultat; huit et quinze jours se passaient sans apparence de bouton, quand, tout à coup, une légère rougeur au point d'insertion annonçait ce qui se préparait; de sorte que la croûte des premiers boutons était prête à tomber quand les autres ne faisaient que paraître, pour suivre la marche ordinaire.
J'ai eu également l'occasion de remarquer un cas dans lequel une seule piqûre a produit deux boutons isolés, mais assez voisins pour se confondre par leur aréole; le premier, développé dans la piqûre, était gros, aplati et de bonne nature ; l'autre, survenu dans l'aréole de celui-ci, était petit et de forme conique, il paraissait avoir pris naissance et avoir vécu sous son influence. Du reste, il ne laissait qu'une légère cicatrice. Pour connaître la nature un peu douteuse de ce bouton, j'inoculai son virus, qui produisit un bouton très-volumineux, se grava en une profonde cicatrice. Déjà, l'année dernière, j'ai rapporté un fait à peu près semblable : il s'agissait de répondre à la sollicitation de quelques parents, et d'inoculer leurs enfants avec le virus d'une pustule que les auteurs regardent comme étant de mauvaise nature. Or, je ne fus pas peu surpris
DES REVACCINATIONS. 189
de voir qu'elle fit naître une vaccine superbe.
En 1845, j'eus l'avantage de communiquera M. le docteur Bousquet, ces résultats et mon opinion sur la nature de ces boutons. Voici la lettre qu'il me fit l'honneur de me répondre à ce sujet: « Il n'est qu'une seule cause capable de donner la fausse vaccine, c'est la vraie; tout ce qu'on a dit des lancettes rouillées ou mal affilées n'a aucun fondement. La vaccine vient fausse lorsque le virus tombe sur des sujets qui ne sont pas disposés à la recevoir; mais, encore une fois, elle naît de la même cause que la vraie, et la preuve, c'est que rien ne peut la suppléer, cette cause. » A une époque déjà reculée, le fils du célèbre physiologiste Legallois se fit revacciner. La seconde opération ne lui donna que la fausse vaccine; mais, ces pustules, il ne put les obtenir de l'inoculation ni de la teinture de cantharides ni du pus d'un phlegmon, ni d'un autre stimulant; au contraire, le pus, la matière de la fausse vaccine, reproduit la véritable vaccine, si elle tombe sur un sujet disposé à la petite vérole. Et qui est-ce qui n'y est pas disposé?...
Revaccinations. — Un sujet vacciné devient-il, en vieillissant, plus apte à contracter la vaccine ou la variole?... S'il en est ainsi, faut-il revacciner.
En 1837, j'ai revacciné neuf sujets qui se
trouvaient dans cette position, et qui portaient des cicatrices apparentes de leur première inoculation. Voici leur position : six d'entre eux, âgés de vingt-cinq à trente-sept ans, vaccinés dans leur enfance, furent infructueusement revaccinés, tandis que les trois derniers, âgés de trente-huit à quarante-neuf ans, le furent avec succès (1). D'après ces observations, peu nombreuses à la vérité, on pourrait croire que, plus un sujet est éloigné de l'époque à laquelle il a été vacciné, plus il a de chance de l'être avec succès; mais faut-il en conclure que cet individu est, par cela même, plus apte à contracter la variole? C'est une question qui ne sera résolue qu'après l'apparition d'épidémies varioliques(2). Au reste, si nous étions menacés d'une semblable maladie, pourquoi ne se soumettrait-on pas à cette opération si innocente et si peu douloureuse?
Influence du vaccin sur le prurigo. — J'ai eu cette an née l'occasion de faire la même remarque que l'année précédente, et d'observer l'heureuse influence que la vaccine exerce sur le prurigo. Depuis longtemps, un enfant était atteint de
(1) Remarquons qu'à cette époque, la question des revaccinations était en litige, tandis qu'aujourd'hui, c'est une loi presque générale.
(2) Dans le cours de ce mémoire, nous répondrons à cette question.
DES RE VACCINATIONS. 191
cette maladie; je le vaccinai et je vis l'éruption cutanée diminuer au fur et à mesure que les boutons vaccins s'avançaient. C'est un fait important et bien digne de remarque, que l'action de la vaccine sur l'économie de certains sujets; elle préserve de la variole, elle guérit des éruptions rebelles; et chez d'autres enfants, elle fait naître à la peau des éruptions d'une toute autre nature, qui se terminent en peu de temps, et qui sont toujours avantageuses comme s'il était dans les attributs de ce précieux virus d'épurer nos humeurs et d'étouffer certains germes malfaisants; il est encore plus certain que les vaccinés prennent après l'opération un développement de santé qu'ils n'avaient pas, comme on le verra plus loin.
Qu'on me permette d'ajouter ici l'observation récente d'un lépreux sur qui la vaccine a produit les plus heureux effets.
Malade depuis près de deux ans, B , âgé
de 63 ans, non vacciné, entra à l'hôpital Saint- Alexandre (de Mortagne, Vendée) le 5 juillet 1 860; cet homme portait sur tout le corps diverses éruptions dartreuses. Les extrémités supérieureset inférieures étaient largement atteintes de psoriasis diffusa, tandis que l'abdomen était couvert de plaques rondes de lepra vulgaris; enfin, la peau environnant ces plaques était le siège de vé-
sicules rendant une grande quantité de sérosité et formant des squammes qui tombaient et se reformaient aussitôt. Ce malade, dont l'extérieur n'était qu'une plaie hideuse, exhalait une odeur des plus repoussantes. Il est triste, faible, il a des coliques, de la diarrhée, de l'insomnie, pressé qu'il est chaque nuit de satisfaire aux besoins impérieux de se gratter. Les deux premiers mois, une médication adoucissante, quelques bains alcalins et des bains simples furent prescrits tout d'abord, pour donner au malade la force de supporter plus tard une médication plus énergique. Après deux mois du traitement signalé, je le vaccinai et pratiquai 200 piqûres réparties sur tout le corps. Ces piqûres firent naître des pustules de la tête aux pieds, lesquelles, arrivées à leur septième jour, lui occasionnèrent du prurit, de la cuisson et de la douleur; accidents auxquels se joignit de la fièvre et de la soif; deux nuits se passèrent sans sommeil. J'aurais inoculé le virus de la variole que je n'aurais pas provoqué une plus vive réaction. Au dixième jour de l'inoculation ily eut du calme, le souffrant devint mieux. Quinze jours après cet état de mieux, ne voyant pas arriver la guérison que j'attendais, je prescrivis la teinture de Fowler qu'il prit jusqu'à 18 gouttes par jour; enfin, à mon grand regret, il sortit de notre hôpital, le 28 novem-
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bre 1861, après y avoir séjourné près de cinq mois, et avoir vu diminuer ses souffrances.
Voilà donc encore une nouvelle preuve de l'influence efficace de la vaccine sur les affections cutanées dans un cas où d'autres remèdes énergiques ont été employés sans succès.
Vaccination de 1839.
Expériences et réflexions sur les vaccinations secondaires. — J'ai été assez heureux en 1839, pour porter le chiffre de mes opérés à 676 et j'ai revacciné 21 sujets.
Ce chiffre est considérable pour un médecin de petite ville; je m'en réjouis d'autant plus qu'il atteste les progrès de la civilisation dans nos campagnes, aux Landes-Genusson, où j'ai vacciné 10 enfants d'une même famille, tant les bons exemples ont de puissance.
En général les boutons vaccins m'ont paru cette année plus volumineux, plus enflammés que d'ordinaire, et ont occasionné une fièvre en rapport avec le degré de l'inflammation; les glandes des aisselles, gonflées et douloureuses, nécessitaient souvent l'application de cataplasmes émollients Généralement aussi, le développement des boutons se faisait plus longtemps attendre, et leur marche était plus lente.
Exemple: Le 15 mai 1859, je vaccinai deux enfants de cinq mois. Les ayant visités dix jours après, je ne remarquai aucun signe de réussite el je renouvelai l'opération, qui, cette fois, eut un plein succès; mais, au lieu de 4 boutons sur chaque sujet, il en parut 8, qui finirent ensemble trente-cinq jours après l'insertion.
La varioloïde se développa en même temps que la vaccine sur cinq enfants (deux de quatorze et trois de vingt mois) ; chez l'un d'eux, les pustules s'étant portées en grand nombre sur les yeux, faillirent lui faire perdre l'œil droit. Vaccine et varioloïde marchèrent côte à côte sans s'influencer aucunement.
Je ne puis passer sous silence un fait curieux que j'ai vu sur le nommé A..., âgé de huit ans. Cet enfant, d'une forte constitution, fut vacciné en 1838. Huit piqûres donnèrent naissance à autant de pustules, et, à la chute des croûtes il survint sur tout le corps de nombreux boutons, semblables aux premiers, qui durèrent autant et laissèrent des cicatrices analogues. Cette éruption eut lieu sans causer de fièvre. On négligea de me parler de cette deuxième éruption, et ce ne fut que six mois après que j'en fus instruit.
Plusieurs confrères visitèrent ce malade, qui, pour nous, était le premier exemple de ce genre; l'absence de la fièvre exclut toute idée de variole.
DES RE VACCINATIONS. 195
Qu'il me soit permis, à l'occasion des cicatrices vaccinales, de relever une erreur admise généralement dans la pratique, à savoir que les boutons vaccins, de bonne nature, laissent toujours après eux des cicatrices plus ou moins apparentes, et qu'à leur défaut le sujet n'a pas eu une vaccine régulière. Voici un fait contraire à cette opinion :
J'ai vacciné, en 1858, le nommé B..., des Herbiers, âgé de six ans; huit jours après l'opération, je le visitai avec le docteur Sallé, et nous remarquâmes sur lui des pustules superbes qui nous servirent à opérer d'autres sujets. Plus tard je revis cet enfant, et je constatai avec étonnement qu'il n'existait sur ses bras aucune trace de vaccine, le point même d'insertion était effacé.
Je pourrais citer deux autres cas semblables, le premier sur un enfant de dix mois, et le deuxième sur un adulte de dix-huit ans; d'où je conclus que l'absence de cicatrices ne prouve pas toujours qu'un sujet n'a pas contracté une vaccine régulière. Selon nous, on doit attribuer cette exception à la qualité de la peau, qui, plus résistante chez certains sujets, contrarie l'action de l'inflammation.
La vaccine perd-elle en vieillissant sur un sujet ses facultés préservatrices, et peut-on vac-
ciner avec chance de succès celui qui déjà a contracté une vaccine normale?
J'ai revacciné neuf personnes il y a deux ans, et l'opération réussit sur trois. Ce nombre était trop minime pour en tirer des conséquences sérieuses. J'ai revacciné, cette année, 21 sujets qui portaient les traces d'une première vaccination. Voici le résultat : 9 sujets n'ont eu aucun bouton; 4 ont offert des boutons coniques assez volumineux, qui ont duré huit jours, et dont le virus, communiqué à deux enfants non vaccinés, n'a produit aucun développement. Les huit derniers eurent tous une vaccine légitime, qui offrit les particularités suivantes :
Née à côté d'anciennes cicatrices, la nouvelle vaccine se développa et marcha plus lentement que d'ordinaire; pendant toute leur durée, les pustules furent douloureuses; arrivées au septième jour, elles étaient énormes, l'aréole trèsenflammée et très-étendue.
Les glandes des aisselles étaient engorgées, dures et douloureuses; il y avait fièvre et céphalalgie, qui cessaient après vingt-quatre ou trentesix heures. Le virus de ces boutons fut inoculé avec succès. Du vingt-cinq au trentième jour, à la chute des croûtes, les cicatrices, quoique profondes, guérissaient facilement.
L'expérience m'a démontré que sur les vario-
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lés comme sur les revaccinés, la vaccine prend également bien. En effet, j'ai souvent revacciné des sujets âgés et fortement gravés, qui offraient des boutons magnifiques (1).
Ce qu'il y a de remarquable dans le virus des revaccinés et des variolés, c'est qu'il fait naître, chez les enfants ou les adultes non vaccinés, des pustules énormes qui n'en sont pas moins de bonne nature. Les auteurs ont peu ou n'ont point parlé de ces cas intéressants, qui doivent nous faire placer sur le même rang les variolés et les vaccinés; car les premiers, au bout de quelque temps, deviennent aptes à contracter la vaccine, et, durant une épidémie variolique, nous les voyons encore succomber à la variole, d'où nous en inférons qu'un variolé ne doit pas se croire plus en sécurité qu'un vacciné.
A quelle époque un sujet vacciné peut-il contracter une nouvelle vaccine?... Cette époque ne peut être fixée, elle variera selon la constitution et le tempérament des individus, mais la prudence veut que l'opération soit renouvelée tous les cinq à six ans, par exemple.
J'ai voulu, par de fréquentes revaccinations, m'obstiner à faire naître des boutons sur des
(i) Plus loin, on verra que, sur ces sujets, la vaccine prend plus facilement que sur les revaccinés. Plus loin on verra qu'un variolé est plus apte à contracter la variole qu'un vacciné (voirpage 202).
tempéraments rebelles, et mes efforts ont longtemps échoué. Néanmoins nous dirons plus loin comment on peut favoriser et hâter le succès (voir IIe partie, p. 269). Du reste, il est bien démontré aujourd'hui que plus la vaccine a vieilli sur un sujet, et plus il est disposé à la reprendre. Cela ne suffit-il pas pour nous engager à recommencer. Ceux qui pensent autrement auront sans doute rencontré des tempéraments réfractaires où la vaccine n'était pas ancienne.
Cette aptitude à contracter la vaccine ne tiendrait-elle pas aussi à certaines conditions atmosphériques, comme il s'en produit aux époques des épidémies varioliques?... Voici; sur ce sujet, l'opinion du célèbre praticien de Nantes, M. le docteur Lafond, dont je transcris les paroles:
« Durant l'épidémie variolique de Nantes, en 1839, je revaccinai, avec succès plusieurs personnes. C'est pour la première fois que j'ai été témoin de ce phénomène, et pourtant j'ai bien des fois répété cette tentative; ma/s, a/ors, nous n'étions sous l'influence d'aucune épidémie. »
Le cow-pox de 1836, dont l'extrême énergie fut constatée, contribua sans doute à la réussite des revaccinations (1).
Un fait étrange, c'est que des vaccinateurs,
(1) Le Covj-poxde\855 confirme de nouveau cette observation. (Voir p. 282 et suiv.)
DES REVACCINATIONS. 199
habitant des départements peu éloignés des nôtres, ont obtenu des résultats contraires.
Le docteur Maudet, de Chollet, a été plus favorisé; sur 10 revaccinés, dont M première vaccination remontait à plus de vingt ans; 5 sujets ont été inoculés avec succès. En réunissant mes expériences à celles du praticien de Chollet, nous trouvons ce résultat :
En 1857, à Mortagne, 9 revaccinations, 3 succès. 1839, — 21 — 8 —
1839, Chollet, 10 - 3 —
Total. ... 40 revaccinations, 14 succès.
C'est-à-dire que nos opérations ont réussi sur plus d'un tiers des sujets ; ce qui nous fait penser que des influences locales ont singulièrement favorisé les tentatives des uns et grandement contrarié celles des autres.
De nos observations de 1859 nous concluons :
i°Que les boutons vaccins, plus volumineux et plus douloureux que d'ordinaire, étaient aussi plus lents à paraître et à se développer;
2° Qu'un sujet vacciné peut, durant le cours d'une vaccine normale, avoir une nouvelle éruption de pustules de même nature;
3° Qu'un enfant peut avoir une bonne vaccine, bien qu'il soit dépourvu de cicatrices;
4° Que les vaccinations secondaires réussissent souvent sur une personne vaccinée depuis plus ou moins de temps ;
5° Que les pustules des revaccinés sont plus volumineuses, plus enflammées, et produisent en général des effets plus intenses de réaction que ceux d'une première vaccination.
Vaccination de 1840.
La vaccine, cette année, s'est développée avec régularité, et les succès ont été aussi nombreux qu'en 1839.
Presque tous les enfants, en 1840, ont été atteints, à la suite de la vaccine, d'une éruption cutanée prurigineuse, qui cédait à quelques bains, tandis que d'autres sujets, atteints depuis longtemps d'un prurigo, voyaient disparaître cette maladie au fur et à mesure que le vacciné avançait en âge. Ces observations méritent attention, et nous conduisent à dire de nouveau que tout individu, en se soumettant à l'action de la vaccine, se préserve de la variole, épure ses humeurs et fortifie sa santé.
Comment donc qualifier les insinuations de certains médecins, qui voient dans la vaccine un virus redoutable, dont les effets pernicieux
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détériorent le tempérament des enfants, et engendrent des maladies mortelles (scrofules, phthisie)?... Que penser d'un langage si déplacé et si contraire à la vérité.
Depuis plus de trente-deux ans, je vaccine plusieurs centaines d'enfants par année, et je n'ai jamais vu cette opération être suivie d'accidents.
Nous avons, dans notre canton, la preuve que la vaccine n'est pour rien dans la production des maladies sus mentionnées. La commune de Saint-Martin-Lars se trouve placée au milieu de quatre autres communes (La Verrie, Saint-Aubindes-Ormeaux, la Gaubretière et les Landes-Genusson), dans un rayon de 5,000 mètres environ. Ces localités, situées sur un terrain plat et humide, ont la même exposition solaire; les habitants s'occupent aux mêmes travaux, et vivent de la même manière. Saint-Martin ne s'en porte pas mieux, quoiqu'elle ne veuille pas entendre parler de vaccine; c'est à peine si chaque année j'y vaccine trois ou quatre enfants ; les confrères ne sont pas plus heureux.
Dans les autres communes c'est différent, on se prête à l'opération, et chacun se fait vacciner. Or, remarque-t-on plus de scrofules, de tubercules, de consomptions dorsales etc., dans les communes qui environnent Saint-Martin? Au
contraire, et c'est un fait que je suis à même de constater journellement.
La vaccine reste donc une précieuse découverte qui mérite notre confiance. Tous les praticiens consciencieux partagent cette opinion et comparent les revaccinations à une source salutaire à laquelle, plusieurs fois dans le cours de la vie, il faut se désaltérer pour rajeunir en nous le préservatif de la variole.
Revaccinations. — En 1840, j'ai pratiqué 39 revaccinations sur des sujets de tout âge, conservant encore les traces de leur première vaccination, qui datait de sept ans chez les uns, et de trente ans chez les autres; l'opération réussit sur 17, et resta stérile sur 22.
A la même époque, je vaccinai treize adultes variolés et fortement gravés. Neuf ont été opérés avec succès, succès qui prouve que la vaccine est un préservatif plus certain que la variole elle-même, puisqu'elle réussit plus fréquemment chez les variolés que sur les vaccinés.
Il est une cause qui favorise la réussite des revaccinations, c'est l'âge peu avancé du virus.
Exemple. — Dans une autre séance j'ai vacciné des variolés et des vaccinés, au nombre de 38 (1).
(I) Sur ces variolés, comme sur les précédents, la vaccine s'est plus fréquemment développée sur les variolés que sur les revaccinés.
DES REVACCINATIONS. 205
Le virus n'avait que cinq jours et les boutons petits, fournissaient si peu de fluide, que la lancette semblait en être dépourvue. Cependant, huit jours après, contre mon attente, je trouvai des boutons superbes sur 23 opérés; succès auquel l'âge peu avancé du vaccin semble n'être pas étranger, car, depuis, j'ai acquis la certitude que le virus, à l'instant de sa formation, est dans sa plus grande période d'énergie. En voici une nouvelle preuve : huit jours après ces tentatives, je revaccinai 12 sujets avec un virus de douze jours, qui ne donna que deux réussites, tandis que, les jours précédents, j'en avais obtenu 25 sur 38, opérés avec un fluide de cinq jours.
La réussite des vaccinations secondaires et celle de la vaccine sur un variolé est tellement fréquente, qu'il n'est plus aujourd'hui permis d'en douter.
D'autre part, des faits, observés sur le théâtre des épidémies varioliques, nous font croire à l'efficacité des vaccinations secondaires. Dans l'épidémie de Nantes, citée l'année dernière, toutes les personnes même légitimement vaccinées ne furent pas épargnées ; mais la mortalité s'étendit particulièrement à celles qui ne l'avaient pas été. Je me suis rendu deux fois sur le lieu du fléau, à l'instant où il sévissait
avec le plus de force. Or, dans ces temps critiques, chacun, reconnaissant l'insuffisance d'une première vaccination, se soumettait sans crainte aux conseils des médecins. MM. les docteurs Lafond, Fourré, Leroux en revaccinèrent un grand nombre, tant dans les hôpitaux que dans leur clientèle, et leurs opérations furent souvent heureuses. D'après eux, non-seulement aucun des revaccinés ne succomba, mais il ne contracta pas même l'épidémie. Plus loin, ce fait nous sera constaté de nouveau.
Ainsi, je conclus (pour ce qui regarde une première vaccination) :
1° Que cette année, la vaccine a réussi aussi fréquemment qu'à l'ordinaire;
2° Que les vaccinations secondaires furent plus souvent couronnées de succès que l'année précédente ;
5° Que la vaccine prend plus facilement sur un variolé que sur un vacciné.
4° Que cette circonstance tend à faire regarder la vaccine comme un préservatif plus certain contre la variole que la variole elle-même;
5° Que pour vacciner avec chance de succès, il faut employer le virus le plus jeune possible;
6° Que les revaccinations sont indispensables pour écarter les récidives de variole ;
7° Qu'elles devraient être obligatoires.
DES REVACCINATIONS.
Vaccinations de 1841 (1).
Expériences et observations sur les vaccinations
intra-utérines et les revaccinations. eli 1841,
M. le docteur Autier, d'Amiens, annonce à l'Académie qu'il suffit de vacciner les femmes enceintes pour préserver les enfants de la variole^). Pour vérifier le fait, j'ai tenté de nouvelles expériences. Douze femmes (3), à diverses époques de la grossesse, furent vaccinées. En voici le tableau.
(1 ) Le chiffre de mes vaccinations de celte année se monte à 345.
(2) Voir Bulletin de l'Académie de médecine^ t. VI, p. 680.
(3) Outre l'intérêt que fournissent ces expériences, relativement à la transmission du vaccin de la mère à l'enfant, elles sont encore remarquables sous le rapport de la réussite des vaccinations. Ces douze femmes, à l'exception de la Ri... (n° 3 du tableau), avaient été revaccinées ou avaient eu la variole dans leur jeune âge ; néanmoins la vaccine prit une deuxième fois sur huit d'entre elles.
•sinviva saa samnoai SKOiaoa saa aasuoN
CMO^->OtO(MtO*^CMlOCMtO
•saaaôu saa auaKOM
AGE de l'enfant vacciné après
naissance.
1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois 1 mois \ mois
•aaaivM aNNoa aa sNOxaoa saa aaawo.v
•saanoid saa auanoN
ÉPOQUE de la vaccination durant la
grossesse.
'.B, 'M, 'Ma 'Ma S, Ma 'Ma 'M» 'Ma 'M, 'Ma Ma
CD
cr1 «s
7 ans 16 mois
1 an 35 ans 12 ans
5 ans
2 ans 4 ans 4 ans 1 an
3 ans
Avaient-elles été vaccinées ou
avaienl-elles eu la variole avant cette dernière opération?
variolée variolée non vaccinée variolée vaccinée vaccinée variolée variolée vaccinée vaccinée vaccinée vaccinée
AGE de leur grossesse
l'instant de la
vaccinalion.
8 mois
7 mois
8 mois 8 mois 6 mois
5 mois 8 mois 8 mois
6 mois
7 mois 7 mois 7 mois
COMMUNES qu'elles habitent.
Mortagne Mortagne Mortagne Mortagne Mortagne
Évrunes Mortagne
Évrunes Mortagne Mortagne Verrie
Évrunes