‹ Mémoires de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 10 sur 50 · es ■«: o O · texte numérisé non relu

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La femme Bos..., âgée de quarante -deux ans, variolée à sept ans, était enceinte de huit mois quand je la vaccinai. 6 piqûres firent naître 4 boutons légitimes. Son enfant, examiné à l'instant de sa naissance, n'offrait aucune trace de vaccine. Inoculé à cinq semaines, sur 6 piqûres, il vint deux pustules.

Le deuxième enfant est également issu de parents sains ; je vaccinai la mère, à sept mois de grossesse, elle eut 5 boutons énormes; c'était sa sixième grossesse). L'enfant, comme celui de la femme Bos..., ne présentait aucune trace de vaccine; mais, quatre jours après sa naissance, une irruption nombreuse de boutons, dont le volume égalait celui d'une forte lentille, se fit remarquer sur tout le corps, et particulièrement sur les fesses. Ces pustules analogues aux boutons de la varioloïde ou même à ceux delà vaccine, contenaient du pus, ils duraient de huit à dix jours, et finissaient par une croûte dont la chute ne laissait aucune trace. Au fur et à mesure que les boutons disparaissaient, une éruption nouvelle de boutons semblables avait lieu; de sorte que l'enfant, quoique sans fièvre, était souffrant et criard. À un mois, je le vaccinai; il était encore à cette époque couvert de pustules, telles que je viens de les décrire. Le virus en fut transmis sur un enfant non vacciné, et l'opération

n'eut aucun résultat. Il en fut ainsi des tentatives faites pour communiquer la vaccine à la mère. 6 piqûres ne produisirent rien.

Réflexions. — Je n'ai lu, ni dans Battman, ni dans Willan, ni ailleurs, la description d'une éruption semblable à celle de cet enfant. Elle ressemblait beaucoup à une varioloïde, parla forme du bouton; mais sa marche n'était pas celle de cette affection : personne n'a cité, que je sache, une varioloïde finissant pour renaître de ses cendres; éruption successive qui n'a pas duré moins de trois mois. C'était donc une maladie spéciale, qui avait avec la vaccine un air de famille qui ne s'explique pas. Ces rapports d'une part, et de l'autre l'insuccès de nos tentatives sont deux circonstances qui nous portent à croire que ces pustules anormales auraient été suffisantes pour préserver de la variole.

L'observation de la jeune Ri... est plus intéressante encore. Voici l'état où se trouvait sa mère quand je la vaccinai : C'était une femme de quarante ans, d'une forte constitution et d'une santé robuste, qui n'avait jamais été vaccinée; elle était enceinte pour la deuxième fois, et, à huit mois de grossesse, je lui pratiquai 6 piqûres qui produisirent 6 boutons superbes. Cinq semaines après l'inoculation, elle accoucha de deux enfants du sexe féminin. Le premier mis au

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monde était chétif, débile, et mourut peu de temps après sa naissance; l'autre, d'une bonne constitution, portait à la partie supérieure latérale gauche, et un peu postérieure de la tête, une pustule du volume ordinaire d'une vaccine arrivée à son septième jour. Ce bouton, que je ne pus voir aussitôt la naissance de l'enfant, fut examiné par une sage-femme bien capable d'en juger. Elle m'assura que cette pustule était celle de la vaccine; qu'elle était volumineuse, aplatie, déprimée au centre, entourée d'une aréole trèsmarquée, et contenant du pus. Le pus ne fut point inoculé à mon grand regret. Lorsque je vis l'enfant, il avait un mois, et le bouton était recouvert d'une croûte épaisse, noirâtre, semblable à celle d'un bouton de bonne nature prêt à tomber. En effet, au toucher, il se détacha et laissa une cicatrice profonde que je revis trois mois après; elle était très-apparente, en sorte que la cicatrice et les autres signes pathognomoniques de la vaccine me firent penser que la pustule de la Ri. . . était de bonne nature. Quoi qu'il en fût, je la vaccinai de nouveau, et, sur 4 piqûres, il se développa 1 bouton normal (1). Cette observation est intéressante sous plu-

(1) Ce nouveau succès ne doit pas étonner; car aujourd'hui, on sait que certains sujets peu de temps après une première vaccine, sont aptes encore à la voir se développer une seconde fois. hullin. \k

sieurs rapports : 1° En ce qu'elle nous fournit un exemple d'une vaccine vraie, communiquée directement de la mère à l'enfant; 2° en ce qu'elle prouve d'une manière évidente que des communications existent de l'un à l'autre. Comment donc expliquer physiologiquement cette transmission du virus de la mère à l'enfant?... Voici ma pensée : la vaccine du fœtus doit sa naissance à l'absorption du fluide vaccin de la mère; Cette absorption a lieu à l'époque où les boutons de cette dernière sont en pleine suppuration; alors le pus est absorbé et porté dans le sang, et, de là, à l'enfant par les communications naturelles. Une fois lancé dans le torrent de la circulation fœtale, le virus se dépose et se développe sur un point quelconque du suj et ( 1 ) . Cette manière de se rendre raison de la transmission du virus de la mère à l'enfant cadre parfaitement avec ce que nous avons observé chez la famille Ri.... En effet, qu'on remarque l'époque de la grossesse où la mère fut inoculée, le développement com-

(1) Nous remarquons un fait à peu près semblable (relativement à l'absorption du vaccin) chez certaines personnes qui, ayant été vaccinées avec succès offrent peu de temps après la dis-^ parition des pustules une deuxième éruption vaccinale, en tout semblable à la première. J'ai remarqué un fait analogue en 1839, chez un enfant de notre ville nommé Audi.. (Voyez page 194): il a fallu nécessairement pour faire naître une deuxième éruption, qu'il y ait eu absorption du pus de la première Vaccine.

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plet de ses boutons, l'instant où ils étaient en pleine suppuration et où l'absorption du pus a dû se faire, pour ensuite être transporté au fœtus; qu'on remarque, d'autre part, l'époque où le développement du bouton a dû s'effectuer chez l'enfant, l'âge présumé de ce bouton à l'instant de sa naissance ; toutes ces circonstances coïncident parfaitement entre elles et nous portent à donner l'explication qu'on vient de lire. La pratique nous offre deux autres exemples où les choses se passent de la même façon. Le premier est relatif au virus variolique. En effet, j'ai lu quelque part l'observation d'une femme enceinte de sept mois, et attaquée d'une variole confluente dont elle mourut. On trouva à la nécropsie un enfant couvert de boutons semblables à ceux de la mère. J'ai également lu l'histoire d'une autre femme enceinte et atteinte de variole à l'époque de son accouchement, qui mit au monde un enfant sur lequel existait une éruption pustuleuse semblable à la sienne.

Le deuxième fait concerne le virus syphilitique. Une femme atteinte de vérole à l'instant de sa grossesse accouche, et souvent met au monde un enfant empoisonné comme elle; d'autres fois, il ne porte aucune trace de syphilis. Or, dans le I cas où l'enfant est malade comme la mère, on ne peut se rendre raison que par l'absorption du

virus. Mais, s'il en est du virus vaccin comme des virus dont nous venons de parler, c'est-à-dire si la mère peut, parfois, communiquer la vaccine au fœtus, et si, d'autres fois, cette transmission n'a pas lieu, le médecin incertain, devra toujours vacciner l'enfant après la naissance comme s'il n'avait pas vacciné la mère pendant la grossesse.

Mais quelque incertain que soit le procédé de M. Autier, s'il survenait une épidémie varioleuse grave, il faudrait à tout hasard s'empresser de vacciner les femmes grosses dans leur intérêt et dans celui du fruit qu'elles portent.

Les neuf autres femmes et leurs enfants n'ont rien offert de particulier; ces derniers, un mois après leur naissance, furent inoculés, et, à l'exception deBa..., dont la vaccination ne réussit qu'imparfaitement (1), tous les autres eurent des boutons superbes.

Ainsi, sur douze expériences je n'en trouve que quatre en faveur de l'opinion de M. Autier, savoir : Bos..., Bi..., Mén... et Ba...; les autres semblent n'avoir éprouvé aucun effet préservatif de ce mode de vaccination.

Mes observa tions contrarient également en partie celles du docteur Graziani (de Moita, en Corse),

(1) La mère et l'enfant eurent des boutons dits improprement de fausse vaccine. (Voyez page 181, pour la démonstration de cette vérité.)

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qui affirme (1) « que les femmes ayant été vacci- « nées avec succès, pendant leur grossesse, il lui a « été impossible de communiquer la vaccine aux « enfants auxquels ces femmes ontdonnélejour.»

Revaccinations. — En 1841, j'ai revacciné vingt et un sujets (2), sur lesquels j'ai eu quatorze succès, chiffre plus élevé encore que celui des années précédentes.

En considérant donc comme utiles les revaccinations, mon opinion n'est donc pas le fruit d'une supposition gratuite , ni basée uniquement sur le succès des vaccinations secondaires; un fait pratique vient lui prêter son puissant appui; je le trouve dans l'épidémie variolique de Nantes, de 1839, qui enleva variolés, vaccinés et particulièrement les non-vaccinés; les personnes revaccinées non-seulement ne furent pas victimes du fléau, je le répète, mais ne contractèrent pas même la maladie, cette remarque importante, me portera toujours à conseiller les revaccinations. Aujourd'hui, il faut bien le reconnaître, en France comme à l'étranger, les revaccinations font chaque jour de nouveaux prosélytes.

De mes expériences sur les vaccinations intra-

(1) Rapport de la commission de vaccine de V Académie de médecine, année 1842, p. 58.

(2) Sont compris dans ce nombre les variolés qui se trouvent dans des conditions analogues à celles des revaccinés.

utérines je conclus: l°que ce mode d'opérer suscite sur certains fœtus des éruptions qui ont un air de famille avec les pustules vaccinales et varioloïdes;

2° Qu'il vaut mieux, quand rien n'y oblige, vacciner après la naissance que dans le sein de la mère; mais, en cas d'épidémies meurtrières, qu'il est prudent de recourir aux vaccinations intra-utérines et de revacciner l'enfant après sa naissance;

3° Que la transmission du vaccin de la mère à l'enfant se fait au moyen de l'absorption du virus, qui, en agissant d'une manière marquée sur le fœtus, prouve l'existence de communications directes entre l'un et l'autre;

4° Que mes expériences de 1 841 prouvent qu'il est prudent, en temps d'épidémies graves, de revacciner les sujets opérés depuis longtemps.

Vaccinations de 1S4S.

Depuis 1854, époque où la vaccine [fut régulièrement pratiquée en Vendée , Mortagne , comme les autres localités du département, profita des avantages de cette salutaire méthode; de 1855 à 1851, je n'y ai vu. que deux cas de variole (1).

(1) Cependant avant la vaccine, cette maladiesévissait fréquem-

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L'année 1842 ne s'est pas passée comme les précédentes (1); il a régné, à Mortagne et dans les localités voisines, de nombreuses varioloïdes assez intenses pour inspirer des craintes. Cependant l'épidémie, qui dura de cinq à six semaines, n'a pas fait de victimes; seulement j'ai observé un cas de variole discrète, développée en même temps que la première affection sur le même sujet; puis encore une troisième éruption que j'avais provoquée : c'était la vaccine. Ce concours d'affections différentes rend cette observation intéressante.

Je fus appelé, le 4 juin 1842, près de B ,

âgé de quatre ans, bien constitué et ordinairement bien portant. A seize mois il fut vacciné pour la première fois, et son vaccin servit à inoculer d'autres enfants; depuis deux jours il garde le lit, et a une fièvre violente, avec assoupissement, rêvasserie et délire. Le deuxième jour, à l'instant de ma visite, la fièvre est diminuée; néanmoins la peau est chaude, la langue sèche et rouge; soif vive, petite toux sans expectoration, accablement, céphalalgie. On remarque sur le corps, particulièrement sur le visage, de nombreuses élevures lenticulaires, sensibles

ment à Mortagne et aux environs. (Voyez le rapport de feu mon père, IIe partie, page 240.)

(1) Le chiffre des vaccinations de cette année a été de 358.

au toucher, ce qui me fit dire que B avait l'épidémie régnante; circonstance qui me donna le désir de voir l'effet de la vaccine sur la varioloïde, et je lui lis sur-le-champ six piqûres.

Le troisième jour, les boutons de l'éruption sont larges, rouges et aplatis. Le quatrième, ils sont entièrement développés et présentent tous les caractères de boutons de la varioloïde ; les piqûres vaccinales rougissent et indiquent qu'elles sont le siège d'un travail inflammatoire; du reste, le malade est faible, sans fièvre, la nuit a été bonne. Le cinquième jour, on remarque sur le corps et sur la figure d'autres boutons nombreux, isolés, dont la base est plus large et plus enflammée que celle des voisins; les boutons vaccins, au nombre de 3, deviennent plus apparents; ceux de la varioloïde sont en pleine suppuration. Le sixième jour, ces boutons pâlissent et diminuent de grosseur, tandis que les boutons varioleux augmentent de volume, aplatis, creusés en godet; il en est de même des boutons vaccins. Les septième ethuitième jours, les boutons varioloïdes sont secs, leur volume diminue de plus en plus. Les boutons varioleux et vaccins suppurent (1),

(1) Je n'ai pas remarqué que les boutons vaccins fussent sur ce sujet, plus volumineux, plus larges et plus enflammés que ceux des enfants non atteints de variole, les glandes des aisselles, celles du cou, n'étaient pas engorgés. Je note ce fait, parce que des pra-

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le malade est souffrant, quoique sans fièvre, et conserve une très-grande faiblesse; les jours suivants les croûtes tombent et ne laissent aucunes cicatrices.

Les deux autres éruptions poursuivent leur marche ordinaire, sans s'influencer.

Les dixième et douzième jours, le malade est toujours sans fièvre. Le vingtième, les croûtes vaccinales sont tombées et ont laissé après elles des cicatrices très -marquées ; il en est ainsi des croûtes varioleuses : à leur chute, on voit des cicatrices profondes. Le vingt et unième jour et les suivants, le malade est en pleine convalescence.

Je regrette bien de n'avoir pas eu la pensée d'inoculer séparément le virus de ces trois éruptions; il eût été intéressant de savoir si leur rapprochement, n'eût pas donné naissance à une pustule spéciale.

Revaccinations. — Avant d'aborder ce sujet, qu'il me soit permis de manifester mon étonnement sur le résultat des expériences de quelques vaccinateurs, ainsi, je lis : M. Benoît (de l'Isère) a revacciné 600 personnes et n'a obtenu qu'une

ticiens, prétendent que les pustules vaccinales qui marchent en compagnie delà variole sont plus volumineuses que d'habitude et ressemblent à celles du vaccin primitif. B... ne présenta pas cette particularité.

réussite (1). M. Poilroux, sur 400 revaccinés, ne compte que deux cas de pustules normales , etc. , etc. Devant des chiffres si éloignés des nôtres on se demande où se trouve la cause d'une si grande différence?... Le temps seul répondra. Mais, dès aujourd'hui, je vais signaler ce dont j'ai été témoin : En 1842, j'ai revacciné pour la troisième fois 10 personnes qui déjà, en 1840, avaient été opérées avec succès une deuxième fois; cette troisième opération a échoué sur 9 d'entre elles, tandis qu'elle a réussi sur la dixième. C'est la nommée Eulalie B., âgée de onze ans; sur 6 piqûres, une d'elles a fait naître une pustule superbe. Trois mois après, j'ai de nouveau vacciné Eulalie, et cette dernière tentative a été infructueuse.

Ces réussites nombreuses ne doivent pas nous surprendre; car nous voyons la variole présenter des phénomènes analogues; en effet, elle se déclare plusieurs fois sur le même sujet. Un confrère de Nantes m'a rapporté avoir soigné une dame qui, dans l'espace de trente ans, avait eu trois varioles confïuentes auxquelles elle survécut : l'observation d 'Eulalie témoigne donc contre les premiers vaccinateurs , qui prétendaient qu'un individu vacciné avec succès était

(1) Rapport de l'Académie sur les vaccinations de 1840, p. 206.

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incapable dans la suite de prendre une deuxième vaccine régulière.

Si nous rencontrons des sujets très-disposés à prendre plusieurs vaccines successives, nous en trouvons d'autres qui offrent des phénomènes contraires; leur tempérament est tellement réfractaire à la vaccine , qu'il ne m'a pas fallu moins de dix vaccinations successives sur un enfant de cette trempe pour produire un bouton normal. Tels sont les faits démontrés par l'expérience. Puis, si nous consultons ce qui se passe dans la pratique, pendant des épidémies meurtrières , nous voyons que les malades qui échappent à la mort sont précisément ceux dont le tempérament a le plus vivement repoussé la vaccine.

De ce fait, et des expériences faites sur Eulalie, découle la conclusion suivante : il est urgent démettre les gens de la catégorie de cette fille dans une position analogue à celle des sujets qui ont survécu aux épidémies. Or, pour atteindre ce but, il faut vacciner, jusqu'à ce que l'opération reste stérile, c'est le seul moyen de se rassurer.

En conseillant cette pratique, je n'entends pas dire que les vaccinations secondaires, pratiquées dans toutes les classes de la société, préviendraient les épidémies varioleuses, telle n'est pas

ma pensée, je soutiens seulement que les revaccinations, en anéantissant les prédispositions fâcheuses des sujets, abaisseraient notablement le chiffre des victimes.

Mais, dira-t-on, comment établir une pratique aussi difficile dans un peuple, si peu disposé à suivre nos avis, et qui éprouve de la peine même à se faire vacciner une fois?... Je réponds que mes conseils s'adressent aux personnes capables d'en apprécier la portée; certes, bien des gens, indifférents en temps ordinaire, aux époques des épidémies graves, réclameront nos conseils. C'est alors que, disposés à les recevoir, ils les mettront plus facilement en pratique.

De mes observations de 1842, je conclus :

1° Que la varioloïde peut se développer sur une personne qui est vaccinée depuis peu de temps surtout sur celle qui ne l'a pas été, ou qui l'est depuis longtemps;

2° Que la varioloïde n'exerce aucune influence sur le développement, la marche et la terminaison de la vaccine;

3° Que la varioloïde, la variole, la vaccine, peuvent se rencontrer et marcher simultanément sur le même sujet, sans s'influencer mutuellement ;

DES RE VACCINATIONS. m

4° Que la vaccine peut prendre deux et trois fois sur le même sujet ;

5° Que ces retours nous indiquent qu'il faut vacciner et revacciner un sujet jusqu'à ce que l'opération demeure sans résultats;

6° Que les revaccinations sont avantageuses : l°dans le cas où la première vaccine n'aurait pas été légitime, ou que le sujet serait apte à la contracter une seconde fois; 2° qu'elles rassurent les populations, et ajoutent encore aux garanties d'une première ou d'une deuxième vaccine.

Vaccinations de 1848.

Ce ne sont point des varioloïdes qui sont venues cette année compliquer nos vaccinations, dont le nombre est de 514 sujets; ce sont d'autres maladies éruptives ; ainsi, sur 59 de mes vaccinés, nous avons constaté, chez les uns des prurigo, des eczéma; chez d'autres, des plaques rouges ou des pustules disséminées çà et là sur le corps, sans caractère distinctif; d'autres, enfin, portaient les traces de deux ou trois éruptions dif. férentes, réunies sur le même enfant. Je dois dire, avant tout, que la vaccine modifia toujours avantageusement l'éruption prugineuse , ou la fit complètement disparaître; un seul cas résista à cette influence, c'est celui d'une affection dar-

treuse qui avait beaucoup de rapport avec un eczéma impétigénode, maladie généralement longue et rebelle; aussi, la vaccine ne fit-elle que la modérer.

Observation. — Pierre Mic..., âgé de deux ans, était atteint depuis plusieurs mois d'une éruption qui ressemblait à l'affection dont je viens de parler, elle occupait le tronc et les extrémités supérieures. Ce malade, d'une bonne constitution, aurait joui, sans cette affection, d'une parfaite santé; car, malgré l'étendue de la maladie, malgré les vives démangeaisons qui le tourmentaient , il était sans fièvre. En m'apportant cet enfant à vacciner, Ton me demanda si son état permettait de l'opérer; sur mon affirmation, je pratiquai 5 piqûres à chaque bras, qui produisirent 5 boutons. Onze jours après l'opération, je revis le malade, l'affection prurigineuse était améliorée; les plaques étaient moins rouges; la démangeaison moins vive; je remarquai dans le voisinage une grande quantité d'autres pustules, isolées, moins larges, moins grosses, moins âgées que celles que j'avais fait naître , mais aplaties comme elles et paraissant de même nature.

En visitant la poitrine, l'abdomen, le dos, etc. , je vis que ces régions offraient une éruption semblable. Or, désirant savoir si les boutons sur-

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numéraires étaient bien de nature vaccinale, j'en inoculai le virus sur le nommé Gour..., non vacciné; au bras droit, je me servis du virus des boutons surnuméraires, développés au voisinage des pustules que j'avais fait naître; puis, après avoir lavé et essuyé la lancette, j'inoculai au bras gauche, le virus d'une pustule placée sur l'épaule droite de Mic... Les piqûres de ses deux bras se couvrirent de pustules vaccinales.

Je revis Mic... vingt jours après et je constatai : 1° que l'affection prurigineuse était presque guérie ; 2° que les pustules vaccinales étaient de différents âges; ainsi, les unes dataient de huit à dix jours, d'autres étaient plus petites et plus récentes, tandis que les premiers boutons que j'avais inoculés se trouvaient recouverts de croûtes noires et encore fortement adhérentes. Il est digne de remarque qu'une vaccine si intense par la multiplicité des pustules ne produisit qu'une fièvre à peine sensible. Point d'engorgement des glands , du col et des aisselles.

Au vingt-quatrième jour, les éruptions ne s'étant pas reproduites, on remarquait des boutons de trois époques distinctes: l0les pustulesdes boutons que j'avais fait naître; 2° les pustules de la première éruption surnuméraire qui étaient

m DE LA VACCINE, DE LÀ VARIOLE,

couvertes de croûtes; 3° enfin, on trouvait encore du pus dans les boutons les plus jeunes.

Réflexions. — Celte observation intéresse sous divers rapports : l'amélioration de l'affection dartreuse de Mic... par l'effet de la vaccine, affection qui avait résisté au bains, aux sangsues, etc., etc.

D'autre part, comment expliquer la naissance des boutons vaccins surnuméraires; sont-ils le fait d'une inoculation que l'enfant en se grattant se serait faite?... Cette manière de voir ne peut être admise que pour les boutons survenus aux régions accessibles, aux doigts de Mic...; mais comment se rendre raison de l'apparition des pustules sur le dos?...

C'est ailleurs qu'il faut chercher la cause de ce phénomène, et jela vois dans l'idiosyncrasie du sujet, idiosyncrasie qui le portait à contracter plusieurs vaccines successives. Je considère donc les éruptions secondaires comme un bienfait de la nature médicatricequi, chez Mic..., a conjuré ses prédispositions fâcheuses à la variole. Éruptions qui ont remplacé les vaccinations successives que nous conseillions l'année dernière et qu'il ne faut pas négliger; caria nature médicatrice fait rarementles frais de g uérison des éruptions secondaires.

J'ai déjà eu, les années précédentes, l'occasion

DES REVACCINATIONS. 225

d'observer un cas semblable à celui de Mie. . (1). Mais, comme l'individu sur lequel s'était manifesté le phénomène vint me trouver à une époque où les croûtes des boutons surnuméraires étaient tombées, je ne pus constater la nature du virus, ni observer ces faits dans tout leur ensemble. L'observation d'aujourd'hui ne laissant rien à désirer, personne ne pourra révoquer en doute la nature des pustules dont il s'agit. Cette observation nous conduit donc aux conclusions suivantes : 4° la vaccine modifie avec avantage la plupart des éruptions prurigineuses ; 2° il existe sur certains sujets des éruptions vaccinales secondaires, qui surviennent à la suite d'une première inoculation, 5° cette observation vient encore à l'appui de notre opinion sur l'utilité de pratiquer plusieurs vaccinations successives sur le même sujet.

Re vaccinations. — Dès 1857 et surtout 1859, époque où je suivis l'épidémie de variole qui sévit à Nantes (Loire-Inférieure), je conseillai ces opérations, et je prédis qu'elles deviendraient plus tard à l'ordre du jour, au fur et à mesure que se reproduiraient les épidémies de variole.

M. Bousquet a lu à l'Académie royale de médecine (2) un mémoire où il soutient : « Que l'on

(\) Voir l'observation de A ud..., p. 194, et celle de Br..., p. 215. (2) Voir Bulletin deV Académie de médecine, t. IX, p. 20.

HULLW. 5

ce doit croire à l'efficacité des vaccinations secon- « daires et les considérer comme un bienfait de « plus à ajouter au bienfait d'une première vac- « cination. » J'ai été heureux de lire dans ce travail des opinions que j'avais émises dès 1859, savoir : que les revaccinations, loin de nuire à la pratique de la vaccine, devaient au contraire la favoriser, et, que loin de craindre d'alarmer les familles, il fallait avant tout dire la vérité, pour mettre le peuple en garde contre le fléau.

En 1856 apparut le cow-pax de Passy, qui donna un échantillon de la perte qu'avait subie la vaccine par ses nombreuses transmissions; ensuite les nombreux succès des revaccinations durant l'épidémie variolique de Nantes, me donnèrent pleine confiance dans l'efficacité des vaccinations secondaires et me rendirent le chaud partisan de ces opérations.

Mais, disent les antagonistes des revaccinations, comment les pratiquer, quand nous avons beaucoup de peine à décider les gens à se faire opérer une première fois?... Je conviens que ces opérations seraient d'une exécution difficile si on les proposait aux masses; mais les médecins ont, pour les seconder, les dangers de la variole réunis aux épidémies et les récalcitrants seront les premiers à se rendre; c'est ce qui s'est vu dans les épidémies de variole apparues en 1 851 à la Tes-

DES RE VACCINATIONS. 227

souêlle (Maine-et-Loire), Saint-Laurent-sur-Sèvres et Mortagne (Vendée), voir p. 244. Ne nous inquiétons donc pas des craintes émises par nos adversaires; ces craintes sont des chimères qui s'évanouissent devant le péril.

Des observations de 1845 je tire les conclusions suivantes :

1° La vaccine agit avec avantage sur certaines affections cutanées ;

2° Un sujet dont la vaccine à bien pris peut, à là suite ou pendant la marche de cette première éruption, éprouver d'autres éruptions de même nature ;

5° Les éruptions vaccinales surnuméraires présentent de l'analogie avec les vaccinations secondaires couronnées de succès.

4° Les éruptions vaccinales surnuméraires sont desbienfaits delà nature médicatrice;

5° Les éruptions vaccinales surnuméraires et les succès multipliés des vaccinations secondaires nous indiquent qu'il faut revacciner un sujet sans se rebuter.

6° Aucune objection sérieuse n a jusqu'ici été faite contre cette pratique qui, chaque année, au contraire, voit s'accroître le nombre de ses partisans.

Vaccinations de 1844.

ExrÉRIENCES ET RÉFLEXIONS SUR LE COW-POX.

Au mois de juillet 1844, me trouvant à Paris, à l'instant où Ton venait de découvrir un nouveau eow-pox sur une des vaches de M. Magendie, je profitai de ma présence à l'Académie pour y voir répéter les expériences auxquelles se livrait la compagnie sur ce virus; au bras droit de plusieurs enfants on inocula le nouveau cowpox, et sur le bras gauche on porta le virus de 1836. Huit jours après l'opération les enfants revinrent, et pour moi comme pour ceux qui les examinèrent, il fut constant qu'il n'existait aucune différence entre les boutons du bras droit et ceux du bras gauche : volume, aspect, degré d'inflammation, etc., etc., tout était semblable.

C'est sur un de ces sujets que je recueillis les virus qui me servirent à mes expériences faites à Mortagne. Je vaccinai deux sujets, sur l'un je portai exclusivement le virus de 1836, et sur l'autre, le cow-pox de 1844. L'opération réussit sur les 2 enfants et je dois dire que les vaccins ainsi isolés n'ont pas varié de ce qu'ils étaient quand ils marchaient à côté l'un de l'autre, sur le même enfant. Ayant suivi ces

DES REVACCINATIONS. 229

deux vaccinés jour par jour, jusqu'au vingt-troisième, et, n'ayant remarqué entre eux aucune différence, je me borne ici à signaler le fait sans ajouter d'autres preuves à l'appui.

Si maintenant nous comparons les phénomènes qui accompagnèrent les cow-pox de 1836 et de 1844, à l'instant de leur découverte, nous voyons qu'il existe entre eux une différence immense, soit dans la marche, le volume, la durée des boutons, soit encore dans les symptômes concomitants (fièvre, inflammation, engorgement, abcès des glandes du col et des aisselles. Ainsi la pustule de 1844 a été moins grosse, moins rouge, le bourrelet moins prononcé, moins éclatant, et les croûtes plus promptes à se détacher; d'autre part, la fièvre a manqué chez presque tous les vaccinés, je ne l'ai observée que sur deux enfants étrangers à la série des sujets sur lesquels j'avais fait mes expériences, mais qui, cependant, avaient été inoculés avec le nouveau vaccin ; car, après avoir comparé les deux vaccins de 50 et de 44, j'ai continué à employer ce dernier ; j'ajoute encore que je n'ai observé qu'une seule fois un léger engorgement des glandes des aisselles, encore ne furent-elles nullement douloureuses.

Aujourd'hui que les faits se sont passés sous nos yeux, et qu'il nous a été permis de compa-

m DE LA. VACCINE, DE LA VARIOLE

rer les premiers effets du cow-pox de 1836 à son début dans la pratique, avec ses effets, huit années après son apparition, nous nous trouvons suffisamment édifiés pour signaler cette vérité que la vaccine par de nombreuses transmissions ne conserve pas longtemps son énergie primitive. En parlant de la sorte, je ne prétends pas dire que la vaccine en vieillissant devient impuissante, au point de ne produire aucun effet sur l'organisme ; telle n'est pas ma pensée; mon but est de démontrer sur des faits bien établis que la vie du cow-pox est comme celle de l'homme, tous deux perdent à la longue une partie de leur énergie et de leur vertu. Quoi qu'il en soit, il reste prouvé que le vaccin conserve toujours assez de force pour que son inoculation soit considérée comme avantageuse; ce qui n'empêche pas que chaque fois qu'on le pourra, il faudra le renouveler. L'activité du cow-pox est parfois tellement grande qu'elle faillit être préjudiciable à la découverte de Jenner, qui fut contraint, au début de sa pratique, d'avoir recours aux antiphlogistiques pour calmer l'intensité de la fièvre et l'inflammation des glandes.

En 1856 nous avons observé les mêmes phénomènes, qui nous obligèrent à recourir à de pareils moyens; mais, en 1844, nous n'avons vu rien de semblable. Les enfants inoculés avec ce

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virus furent abandonnés aux soins de la nature; le développement, la marche et la terminaison du bouton s'effectuèrent d'une manière douce, régulière, et sans nulle réaction orageuse.

De ce qui précède nous pensons que le cowpox peut naître avec des degrés d'énergie plus ou moins forts (1). C'est ainsi que se présente dans la pratique certaine maladie éruptive, offrant avec la vaccine les plus grandes analogies; cette maladie, c'est la variole; en effet, on sait qu'elle se présente sous trois degrés bien distincts (variole confluente, variole discrète et varioloïde). Pourquoi n'en serait-il pas ainsi du cow-pox. Cette explication, en satisfaisant l'esprit, se trouve également en rapport avec l'observation ; nous pensons encore que la cause du phénomène dont il s'agit pourrait se trouver dans les circumfusa, et qu'on pourrait attribuer la faiblesse du cow-pox aux localités où se développe cette affection. L'observation prouve en effet qu'il existe des constitutions médicales capables, dans certaines contrées, de retarder le développement du bouton vaccin, constitutions qui l'empêchent de grossir et qui nuisent sensiblement à son énergie; ces conditions atmosphériques sont bien reconnues, mais on ne peut en expliquer la nature.

(1) Cow-pox énergique en 1772 et 1856; cow-pox moins actif en 1844.

Les conclusions des observations de 1844 sont les suivantes :

1° Les phénomènes que fit naître le cow-pox de 36 à l'instant de son apparition, comparés avec ceux que nous offrit le cow-pox de 44, différaient essentiellement entre eux, soit dans la marche, l'aspect, le volume, la durée de la pustule, soit dans les autres symptômes concomitants (inflammation, fièvre, engorgement glandulaire et abcès).

2° Le cow-pox de 1836 n'ayant pas produit, en 1844, les phénomènes de réaction qu'il provoqua à l'instant de sa découverte, prouve qu'il avait perdu une partie de son énergie.

3° Le cow-pox de 1844 n'a pas été plus actif que celui de 1836, après huit années de transmission;

4° Il faut, toutes les fois que l'occasion se présente, abandonner l'ancien vaccin pour user du nouveau, pourvu toutefois que ce dernier soit plus actif que celui déjà existant.

Vaccinations de 1845.

Le chiffre des vaccinés de cette année est de 385; ces vaccinations ont été pratiquées dans les vingt et une communes où chaque année j'ai l'habitude de me rendre.

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Réflexions. — Je parlerai d'abord de trois enfants, âgés de onze, quinze et vingt mois; tous les trois étaient pris d'accès de fièvre tierce, qui persistaient depuis plusieurs semaines. Consulté par les parents, je prescrivis la vaccine, opération nullement redoutable et qui, à elle seule, pouvait faire cesser les accès. Mes conseils furent écoutés, et je pratiquai 3 piqûres à chaque bras ; la vaccine eut les plus heureux résultats : huit jours après l'inoculation, la fièvre céda pour ne plus reparaître.

Voici, en outre, deux cas de fièvres quartes tenaces, que la vaccine a également guéries.

Le premier cas, concerne la nommée Sou... d'Évrunes (Vendée). Dans une séance de revaccinations (1), cette femme, âgée de vingt-huit ans, vigoureusement constituée, vint me consulter à l'occasion de fièvres quartes qu'elle portait depuis sept semaines, et qui avaient résisté aux fébrifuges ordinaires, centaurée, camomille, etc., etc. J'étais à la veille de lui prescrire le tannate de quinine, quand il me vint à la pensée que l'occasion était belle pour tenter une médication dont j'avais déjà usé avec avantage pour combattre d'autres fièvres périodiques; de sorte que, pour tout traitement, je lui fis 6 pi-

(1) A Kvrunes (Vendée), 15 septembre 1853.

qûres qui produisirent 6 pustules superbes. L'accès qui suivit l'opération reparut; le deuxième fut moins intense, le troisième disparut complètement, et la maladie resta parfaitement guérie.

A cette observation je puis ajouter celle du nommé R...., âgé de dix-huit ans, qui offrit une affection analogue, et qui fut soignée avec succès par les mêmes moyens que le précédent malade.

Bien que ces faits ne soient pas nouveaux dans la science, j'ai cru cependant utile d'en tenir note, pour les rappeler à l'esprit du praticien.

La troisième observation, non moins importante, concerne le moyen facile de traiter avec avantage certaines affections désagréables, parfois même hideuses, qu'on apporte en naissant; je veux parler des nœvi- materni; voici un de ces cas : on me présenta, le 22 août, Marie G... à vacciner; elle était âgée de neuf mois et jouissait d'une santé parfaite ; mais elle portait à la partie postérieure et inférieure de la joue droite une tache oblongue de 5 centimètres de haut sur 2 centimètres et demi de large. Cette tache, plus arrondie dans son bord antérieur que dans le postérieur, ressemble assez bien, par sa couleur et sa forme, à une crête de coq. Ce nœvus présente une certaine élévation au-dessus de la peau ; il est d'un rouge foncé, son tissu est érectile et très-injecté.

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Je pratiquai çà et là sur sa surface six piqûres, peu éloignées les unes des autres, de façon à pouvoir donner naissance à autant de pustules trèsrapprochées.

Je visitai mademoiselle G... dix jours après l'opération ; deux boutons seulement s'étaient développés, ils étaient assez volumineux et leur aréole anticipait sur la peau voisine. Je ne revis l'enfant que deux mois après, et voici ce qui s'était passé: la première croûte tomba le vingtième jour, une autre lui succéda et tomba avant l'entière cicatrisation du bouton; ce bouton étant prurigineux, l'enfant le grattait et détachait la pellicule; le bonnet était encore une cause d'irritation. Mais on surveilla l'enfant, et bientôt arriva une cicatrice solide. Six mois après l'opération, du nœvus il ne restait que des traces à peine sensibles. Or, ce n'est point uniquement aux points d'insertion de la vaccine qu'est arrivé le changement de couleur; la vaccine a complètement détruit, chez Marie G..., la vie de nutrition qui alimentait l'affection congéniale. J'ai lu quelque part que la vaccine ne changeait la couleur de certains nœvi-materni qu'aux points d'insertion; nous saurons aujourd'hui que sur certains autres, l'action seule de la vaccine a suffi pour leur ôter la vie et les faire totalement disparaître.

956 DE LA VACCINE, DE là VARIOLE

A cette observation je dois en ajouter une seconde, non moins intéressante, que j'ai recueillie en 1853.

Sur la surface d'un nœvus de la largeur d'une pièce de deux francs que portait au front la nommée Gr..., âgée de vingt-huit ans, je fis trois piqûres, elles firent naître autant de boutons, qui se confondirent entre eux et firent souffrir la patiente plus qu'on ne devait le prévoir. La malade eut même des insomnies pénibles et de la fièvre ; ces boutons occasionnèrent une vaste et profonde cicatrice qui était encore très-rouge, six mois après. Cependant elle l'est moins que tout d'abord, et j'espère avec le temps qu'elle blanchira et deviendra d'une couleur plus ou moins semblable à la peau.

C'est la troisième fois que j'emploie ce traitement pour combattre pareilles maladies, et je pense, en raison de l'innocence de ce moyen et des bons effets obtenus, qu'on doit toujours le mettre en pratique, dût-on même craindre un insuccès ; car la famille des nœvi-materni présente de nombreuses variétés, et parmi elles, on reconnaîtra sans doute des cas plus ou moins rebelles à ce traitement.

Des observations de cette année je conclus :

4° Que le cow-pox de 1844, à l'instant de sa découverte, n'avait pas l'activité du cow-pox de

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1792 et 1856, qui tient sans doute à sa nature et aux circonstances dont nous avons donné l'explication.

2° Qu'il existe de nombreux rapports, des analogies frappantes entre la vaccine et la variole.

5° Que la vaccine a suffi parfois pour combattre avec avantage les dartres, les fièvres intermittentes et les nœvi-materni.

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