FAITE POUR LA BIBLIOMANIAC SOCIETY
PRÉFACE (î)
Nous avons peu de chose à dire du Fragment inédit que nous publions aujourd'hui ;
(l) On n'a rien changé à cette préface, quoiqu'elle ait été écrite, il y a aujourd'hui vingt et un ans, pour une édition projetée, mais qui n'a pas été faite. Les Mémoires de Jean de Laval, comte de Châteaubriant, devaient être publiés d'abord à Paris, en 1829, par Marne et Delaunay- Vallée ; ils étaient même déjà sous presse chez Cosson et Lachevardière, et le prospectus en avait été lancé, lorsque quelques scrupules ou considérations personnelles firent renoncer les éditeurs à cette entreprise. Il est probable que ce que nous imprimons aujourd'hui est la seule partie qui ait été sauvée de la destruction. Une partie de ces Mémoires, a déjà paru en 1837, sous le titre : Gaîtés de Rabelais f dans le journal V Artiste. Comme elle offre quelques différences avec les Mémoires de Jean de Laval, nous la reproduisons en Appendice.
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noue le donnons, sans notes et sans commentaires, tel que nous Pavons trouvé dans nos papiers, où il reposait depuis plus de vingtcinq ans. Nous n'essayerons pas de prouver l'authenticité du manuscrit sur lequel avait été faite la copie qui nous tient lieu de l'original. Nous ne rechercherons même pas quel peut avoir été le sort de cet original ; nous ajouterons seulement en appendice au Fragment, assez informe, qu'on en avait tiré en le modernisant , un extrait du texte primitif, qui servira de point de comparaison, pour apprécier l'altération que le texte a pu subir dans la copie moderne.
Voici en quelques mots ce que nous savons de l'origine du Fragment qui est l'objet de notre publication.
Il y a vingt-cinq ou trente ans, lorsque M. Ferdinand Langlé venait de remettre à la mode la littérature du bon vieux temps, en publiant un ingénieux pastiche intitulé : Len Contes du gay savoir, avec vignettes et fleurons imités des manuscrits du moyen-âge, nous eûmes l'idée de publier aussi une collection Je Mémoires inédits sur les cours de France aux XVI e , XVII e et XVIII e siècles. Ces Mémoires inédits étaient la plupart au fond des encriers de plusieurs jeunes écrivains, que je nommerais des gens d'esprit et d'érudition, bî je n'avais pas fait ma fâche, comme eux, dans cette rude campagne des Mémoires
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apocryphes; je composai, pour ma part, ceux du cardinal Dubois et de Gabrielle d'Estrées. 0 belle Gabrielle ! ô coquin de Dubois ! que mes volumes vous soient légers !
Un ami m'apporta le commencement d'une copie, qu'il avait faite en Bretagne, disaitil, sur le manuscrit original des Mémoires du comte de Châteaubriant ; il me proposait de faire paraître pour la première fois ces Mémoires qui renfermaient une foule de détails singuliers et nouveaux relatifs au règne de François I er . On comprendra, en lisant ce fragment, par quelle raison de force majeure la publication de l'ouvrage entier ne put avoir lieu, à cette époque, dans la collection où figuraient déjà M me Du Barry, le cardinal Dubois et la belle Gabrielle.
Le comte de Châteaubriant, dont les Mémoires ne me furent signalés que par le spécimen qu'on m'en présenta, était ce farouche Jean de Laval-Montmorency, qui eut le malheur d'être le mari de la célèbre Françoise de Foix, une des plus estimables maîtresses de François I er . L'histoire nous apprend que le dit comte ne s'accoutuma jamais à ses infortunes de mari, et qu'il attendit, pour se venger, le moment où le roi eût changé d'amour : alors il tua sournoisement sa femme et se réfugia en Angleterre , jusqu'à ce que l'influence de sa famille et de ses amis puis-
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sante eût obtenu du roi la grâce ou l'impunité de l'assassin. J'ai écrit là-dessus une dissertation historique, qui fut imprimée d'abord dans la Revue de Paris; mais je ne crois pas que ma dissertation ait mentionné les Mémoires inédits du comte de Châteaubriant.
Ces Mémoires ont failli, pourtant, voir le jour; celui qui en devait être l'éditeur responsable les avait mis sous presse à Paris. C'est l'imprimeur français qui ne s'est pas soucié de les faire paraître à ses risques et périls, sous le régime de terreur que la Restauration dirigeait contre les libraires et les livres. Quant à moi, je n'aurais, à aucun prix, consenti à prendre sous mes auspices la lourde charge d'éditeur des Mémoires du comte de Châteaubriant, et je ne savais plus même que le Fragment qui m'avait été confié, fût encore entre mes mains. J'avais pourtant reconnu l'importance de ce Fragment, au double point de vue de l'histoire et de la langue; mais il m'était aisé de juger que le texte original avait été altéré, sinon métamorphosé complètement dansla transcription qu'on m'en donnait. Voilà pourquoi je demandais toujours communication du manuscrit de l'auteur, ou du moins une copie ancienne, présentant tous les caractères matériels qui pouvaient établir son origine.
Le manuscrit ne vint pas, malgré mes pressantes réclamations ; on m'adressa seule-
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ment, à titre de preuve, une nouvelle copie d'un épisode qui m'avait déjà passé sous lea yeux dans la première : cette nouvelle copie était, il faut l'avouer, presque satisfaisante ; le texte avait toute la correction désirable et portait avec lui son cachet d'ancienneté ; j'y retrouvais une bonne langue du XVI e siècle, sans aucun anachronisme de style ou d'orthographe; j'eusse été sans doute convaincu, si la copie entière du manuscrit m'était arrivée alors en pareil état, et si j'y avais reconnu les mêmes témoignages d'authenticité dans le fond, ainsi que dans la forme de l'œuvre.
Le comte de Ohâteaubriant, qui avait eu l'honneur d'être, de son vivant, l'ami de Clément Marot et de François Rabelais, était réellement un plaisant conteur et un joyeux écrivain, après sa mort, quoiqu'il n'entendît pas la plaisanterie à l'égard de sa femme.
Mes instances et mes demandes demeuré rent sans résultat ; le copiste du manuscrit changea de visée et ne pensa plus à publier les Mémoires du comte de Ohâteaubriant : il me laissa, il m'abandonna tout ce que j'en avais, non sans me promettre toujours de m'envoyer la suite, qui pouvait remplir, disait-il, quatre volumes. J'attendis, mais je n'espérais guères. Le comte de Ohâteaubriant faisait le mort, et les lettres que je recevais de Bretagne ne contenaient plus que des promesses vagues. J'imaginai, pour faire sortir de l'obscurité le manuscrit original, s'il exis-