XIV AVERTISSEMENT
sur lequel il opérait. Impossible d'imaginer une transforination plus entière, non seulement du style, mais encore <le la façon de penser et du caractère même de Tauteur. La manière simple et franche avec laquelle Moulin s'exprime, qui fait le charme de ses récits, disparait pour faire place à un langage apprêté. La modestie pleine de droiture dont il ne s'écarte pas en ce qui le concerne, est remplacée par une préoccupation constante de mettre en lumière l'importance de ses ser- >'ices. De longs discours où se trahit Tadmirateur de Tile- Live , des incursions plus ou moins heureuses dans le domaine de la plaisanterie, des pages entières de réflexions empreintes de ce genre de sentimentalisme en faveur dans la littérature du commencement de ce siècle, achèvent de déguiser Moulin de façon à ce qu'il ne soit pas reconnaissable. Il ne se retrouve plus sous cette rhétorique aujourd'hui démodée, qui parle en son nom, et nous le représente sous des traits bien différents des siens.
Editer cette seconde rédaction des Mémoires ne nous a pas semblé une lâche acceptable : c'eût été, avec l'apparence d'une scrujmleuse exactitude, une atteinte profonde portée» à la vérité. Donner telle quelle la première rédaction n'était pas davantage chose faisable ; elle aurait rebuté le lecteur ; il aurait été en droit d'exiger une traduction ou un commentaire. Nous avons reconnu bien vite que rien n'était plus facile que de mettre le langage de Moulin en étal d'être accueilli, îi condition de redresser un peu la construction de ses phrases ; par ce procédé fort naturel, la plupart des répétitions que le besoin d'être clair lui imposait sont condamnées à dis[>araitre comme trop évidemment inutiles. Sa rédaction, au lieu de se» trouver amplifiée, est seulement un peu condensée; il n'y entre rien qui ne soit absolument son œuvre, non seulement dans le sens du texte, mais dans les mots dont il se compose*. Dans les rares circonstances où il a été absolument néces.saire de remplacer par un équivalent le terme dont s'était servi Moulin, nous avons eu le plus grand soin de n'employer <|ut» les propres expressions <lo:il il faisait usage eu pareil eus.
AVEHTISSEMENT. XV
Bref, nous nous sommes eirorcé d'écrire en quel(|ue sorle sous la dictée de Moulin, en donnant à ses paroles une correction approximative »•
Au milieu de ce texte nous avons inséré le récit des événements de la guerre, tel que Ta rédigé M. Cassin. Il a suffi de faire disparaître un petit nombre de phrases ayant le caractère incontestable d'une addition de ce dernier, pour que cette ])artie des Mémoires se trouve assez en harmonie avec celle qui est empruntée à la rédaction originale. Nous avons toutefois conservé les quelques pages de cette rédaction que les seconds Mémoires venaient remplacer d'une manière infiniment plus complète. Nous donnons donc ce que ceux-ci ofl'rent d'intéressant, en même tem[)s que la totalité du texte rectifié de l'œuvre [)rimitive a. Nous n'avons pas jugé utile d'y joindre la partie additionnelle qui s'étend de juillet i8i5 à novembre 1817, tant parce qu'elle n'est pas l'œuvre personnelle de Moulin, qu'en raison du peu d'intérêt qu'elle présenterait pour la plupart des lecteurs 3.
Dans quelques années, les deux manuscrits se trouveront ensemble placés dans un dépôt public à la disposition de ceux qui voudront les consulter, et chacun pourra juger de la manière dont l'éditeur s'est acquitté de sa ttVche.