‹ Mémoires de Michelot Moulin sur la chouannerie normandeChapitre 5 sur 43 · XII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XII AVERTISSEMENT

texte est de la lecture la plus difficile. Mais il a le précieux avantage de nous donner naïvement la pensée de Moulin tout entière et sans mélange, de le peindre au naturel, de le faire en quelque sorte revivre devant nous.

Si ce manuscrit est précieux au point de vue de l'autobiographie de Tauteur, il est beaucoup moins important que le second comme récit des événements de la guerre. Moulin, en le dictant, ne se proposait assurément pas de les raconter. Un court résumé de i8 pages à peine est tout ce qu'il y a sur ce sujet. Les diverses aventures de sa vie, son arrestation en 1804, son emprisonnement au fort de Joux, son évasion, ses voyages, son séjour en Angleterre, sa rentrée en France, les projets de prise d'armes en 1814 et i8i5, remplissent le reste du volume.

A une éi)oque plus avancée du régne de la Restauration, Moulin éprouva le désir de refomlre ce travail. D'une part, il fut sans doute sollicité jiar ceux de ses amis qui eurent communication de ses Mémoires, d'y insérer le récit des événements de la guerre, sur lesquels il avait si rapidement glissé dans la rédaction voisine en date de 18 15. La possibilité du retour à une lutte armée contre le parti de la Révolution n'était plus sous ses yeux, comme à cette époque. De plus, il ne se dissimulait certainement pas les cotés défectueux de cette pn*mière rédaction. Mais se déiiaut de son a])litude à mieux faire, il coulia le soin de rédiger ces nouveaux Mémoires, refondus et complétés, à son gendre, M. Cassin, professeur <le rUniversité. La date de cette nouvelle rédaction est certainement antérieure à i83o ; le marquis de Mouslier, ambassa- «ieur en Espagne, (|ui portait au colonel Moulin une profonde amitié, et chez le<|uel celui-ci faisait des séjours prolongés, a laissé dans ses papiers des notes donnant la preuve qu'il avait connu le texie même «le cette seconde rédaction. M. de Moustier est mort le 5 janvier i8'Jo.

Le manuscrit autographe «le M. Cassin remplit deux volumes iu-4" d'une écriture serrée ; ils «lépassent chacun 3oo pages. Cet ouvi*agt* peut être considéré conmie formé de

AVERTISSKMENT. XIII

trois parties distinctes, eu égard à la manière dont elles ont été rédigées.

Le récit des événements de la guerre, comprenant 176 pages, parait avoir été écrit sous la dictée du colonel Moulin, bien que M. Cassin, pour en rendre le style correct, ait évidemment modifié un très grand nombre de phrases : cela était indispensable autant qu'irrépréhensible ; il Ta fait avec assez de discrétion pour que le style personnel de Moulin soit resté habituellement reconnaissable, parfois même aux dépens de la correction. Il est seulement permis de regretter que, dans la nécessité de trouver d'autres mots pour éviter les redites multipliées qui s'accumulaient dans le récit de son beau-père, M. Cassin ait quelquefois emprunté au style littéraire des expressions tout à fait étrangères au langage de Moulin. Dans de rares occasions, il s'est laissé entraîner par ses habitudes professionnelles à mettre dans la bouche du vieux chef de Chouans, des allusions classiques ou mythologiques, qui forment un étrange contraste avec la simplicité et le naturel de sa propre rédaction.

Une autre partie, entièrement ajoutée aux Mémoires primitifs, est consacrée au récit des circonstances de la carrière du colonel Moulin, du mois de juillet i8i5 au mois de novembre 181 7, où il s'interrompt brusquement. Des pièces officielles y ont été insérées. La part qui appartient à M. Cassin dans la rédaction s'y montre un peu plus grande, quoiqu'il ait évidemment écrit sous l'inspiration de son beau-père.

Mais la partie la plus considérable et, il faut bien le dire, la moins satisfaisante de ces nouveaux Mémoires, est remplie par un remaniement complet de la première rédaction , dont on ne peut douter que M. Cassin ne soit seul responsable. Chargé de re viser une rédaction fort incorrecte, il l'a fait de manière à en modifier de la façon la plus complète le style et le caractère. Pour remédier aux vices de construction des phrases, aux interminables répétitions qui les encombrent, il n'a trouvé rien de mieux que de se fivrer à un travail d'amplification par lequel il a plus que doublé la longueur du texte

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