LETTRE LXXV
14 août 17 — I
M. Calcraft étant, un soir, à la représentation de Zaïre (1), les applaudissemens extrêmes que je reçus ranimèrent sa passion, et rengagèrent à tout tenter pour opérer entre nous une réconciliation. IVrayant épiée un dimanche, il vint au-devant de moi dans Derby-court, et me supplia de lui accorder
(1) Traduction de la pièce de Voltaire , par Aaron Hill , donnée en 1755. Dans la pièce anglaise, Zaïre, à la deuxième scène du quatrième acte , au lieu de laisser tomber malgré elle quelques pleurs qui surprennent son amant, se jette par terre. Orosmane ne lui en dit pas moins : Zaïre, vous pleurez. Voltaire remarquait qu'il eût dû dire : Zaïre , vous vous roulez par terre. Les Anglais réclament le sujet de Zaïre , comme étant originairement une conception de Shakespeare. C'est par le rôle de Zaïre que débuta au théâtre la célèbre mistriss Cibber. Aaron Hill a traduit aussi Alzire et Mérope , et fait plusieurs pièces originales. Il était né en ]684; il est mort en lyBo
{Nofe du traducteur.)
DE MISTRISS BELLAMY. l45
une demi-heure de conversation. Sur mon refus, il me pria, si je ne voulais pas me réconcilier avec lui , dVcouter une proposition qu'il avait à me faire, et qui tendait à Tarrangement du procès relatif aux diamans. Je le refusai de même , et lui déclarai que je ne voulais avoir avec lui aucune correspondance quelconque.
Sur cela , il entra dans une taverne , au coin de Yorck-street, et je reçus de lui, je crois, vingt lettres dans un très -court espace de temps. Me trouvant toujours inflexible, il m'envoya la bonne garde Carter , cette femme dont j'ai parlé , qui avait vécu avec moi plusieurs années, et qui avait élevé tous mes enfans. Il savait que cette estimable personne avait sur moi beaucoup d'influence , et il se flattait qu'elle dissiperait mes préventions. Mais mon ressentiment était trop profond. Il s'était d'ailleurs augmenté par une nouvelle insulte que m'avait faite M. Calcraft.
La bonne Carter exécuta sa commission avec beaucoup de fidélité pour son commettant. Fatiguée enfin de ses importunités, je lui dis que si M. Calcraft voulait m'adresser par écrit ses propositions d'accommodement, ou