‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

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générale, sans aucune application à ce qui nie concerne.

Ne me trouvant pas en état de payer toutes les dettes que j^avais contractées à Edimbourg , je m^adressai à M. Hearne, qui, sur-le-champ, m'*envoya deux cents livres. Mais cette somme ne suffisait pas à acquitter tout ce qu^on me demandait, et qui se montait plus haut que je ne Favais cru. J^écrivis donc à sir George Metham , pour le prier de m^aider : par le retour du courrier, je reçus la somme que j''a-' vais demandée. Sir George , en même temps , m'^invita à aller, en retournant à Londres ^ passer quelques jours avec lui à sa demeure de North-Cave : mon fils devait y passer les vacances.

Nous partîmes donc, à la fin du mois , miss Wordley et moi , pour Adding ton : quelquesuns de nos amis d^Edimbourg nous conduisirent jusque-là, et y passèrent avec nous la soirée. Le lendemain matin nous continuâmes notre route ; et comme rien ne me pressait, jWais le projet de voir, en passant, tous les objets dignes de quelque curiosité; mais jVn fus empêchée par un événement survenu au commencement de notre

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voyage, et qui me fait encore frémir quand je le rapporte.

Nous traversions un village près de Berwick : un enfant était couché au milieu du chemin. Le postillon , qui allait très-vite , ne Faperçut point : nous lisions, miss Wordley et moi , et nous ne le vîmes que quand la voiture fut sur lui. Mes cris empêchèrent qu^elle ne lui passât sur la tête ; mais il eut les deux jambes brisées. Je fus si saisie, que je tombai sans connaissance : on eut beaucoup de peine à me faire revenir.

Quand j'eus repris mes sens, ma première pensée fut pour Penfant dont j Vvais innocemment causé le malheur. Ses parens venaient dWriver des champs ; j"'ordonnai qu'on en prît tout le soin possible. Je souffrais, je crois, d'esprit , autant que le pauvre enfant souffrait de corps. S'il y eût eu un chirurgien à portée, je n'aurais certainement pas continué ma route. Mais il fallait soulager l'enfant. Quoique bien peu en état de voyager, je me fis promptement conduire à la ville prochaine. On m'y avait indiqué un chirurgien fort habile, que j'envoyai sur-le-champ au village. Je le priai de m'écrire , si-tôt qu'il le pourrait ,

chez sir George Metham , tant parce que j'étais inquiète de Fenfant, que parce que jMgnorais encore ce dont je lui serais redevable à lui-même.

Quelques semaines après mon arrivée à Cave, j Vus le plaisir d'apprendre non-seulement par le chirurgien , mais aussi par une personne qui demeurait dans le village , que , grâce à Thabilete du premier , et à quelques autres circonstances, Tenfant était parfaitement rétabli. Les parens , de leur côté, furent satisfaits , et le chirurgien amplement récompensé par sir George, qui avait toujours une larme prête à couler pour la pitié, une main prête à s'ouvrir pour le soulagement des malheureux.

Cet événement fut un de ceux qui , en s'annonçant comme de grands malheurs , finissent par devenir avantageux. Le père de l'enfant, laborieux paysan, chargé de famille, était sur le point d'être mis à la porte de sa chétive habitation; ses meubles étaient saisis par un propriétaire inflexible. La bonté de sir George prévint ce nouveau malheur ; non content de tirer ce pauvre homme de sa gêne actuelle ,

il le mit en état de vivre dans Taisance avec sa famille.

Combien, dans cette occasion, j^enviai sir George, sa fortune, et la satisfaction dont son cœur devait être rempli ! Changer en joie le chagrin qui obscurcit les traits d\m infortune, verser dans une ame ulcërëe le baume de la consolation , c^est de toutes les jouissances la plus vive, c^est le plus grand plaisir que puisse goiïter le cœur humain.

JMtais si incommodée en arrivant à Berwick, que je fus obligée d'y passer quelquesjours. Sir George m'avait écrit qu'il enverrait une voiture au-devant de moi, à York, pour me conduire de-là chez lui; mais son domestique, au lieu d'aller à la poste où nous étions descendues , s'était logé à une auberge qu'il affectionnait ; et les gens de cette maison dans laquelle il avait mis ses chevaux , lorsque j'envoyai l'y demander , furent assez grossiers pour dire qu'on ne l'avait pas vu.

Le lendemain de mon arrivée à York , j'allai rendre mes devoirs au couvent où j'avais passé des momens si doux pendant mon premier séjour dans cette ville. J'y trouvai

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peu des personnes que j^y avais connues. Le bon chapelain était aile' dans un autre monde, recevoir la récompense de sa piété. Comme je me proposais de me rendre le même jour à Cave, je me refusai à regret aux prières que me firent les saintes habitantes de cette mai-* son , de passer quelques jours avec elles.

A mon retour à l'auberge, je fus assez mécontente de ne point trouver de nouvelles de sir George. Mes finances n'étaient pas dans un état fort brillant : je fus cependant obligée de louer une voiture , dans laquelle je partis. Arrivée à un village à environ vingt milles d'York, je laissai ma compagne à l'auberge, et je me rendis seule chez sir George. Je voulais , avant de la lui présenter J reconnaître le terrain , et être sûre d'être bien reçue : si l'on ne me faisrit pas un accueil conforme à Tinvitation d'après laquelle j'étais venue, ou s'il se trouvait dans la maison quelqu'un dont la compagnie ne me convînt pas, j'étais décidée à repartir le même soir. Mais cette supposition faisait injure à sir George; avec un peu de réflexion, je n'aurais pas dû m'y arrêter, surtout quant au dernier point; car il avait tou-

jours ete très-attentif sur le choix des personnes qu^il me présentait.

En approchant delà maison, j^aperçus de loin le propriétaire. Le chemin que je suivais ne conduisait que chez lui : il ne douta point que ma visite ne lui fût destinée , et vint promptement au-devant de la voiture. Je fus très-surprise de le voir seul, il ne parut ûuère Têtre moins de me voir sans la compagne que je lui avais annoncée. Chère Pop, me dit-il sitôt que je pus Fen tendre , comment se fait-il que vous soyez seule, et dans une voiture de louage? La mienne vous attend, depuis plusieurs jours, à York. Je commençais à être inquiet. Hier, j^ai envoyé George, avec mon neveu et dVutres personnes, prendre des informations. Mais où est miss Wordley ? J^espérais avoir le plaisir de la voir. Cet accueil ne me laissant plus de doute sur le plaisir que Ton avait à me recevoir, je dis à sir George que j^avais laissé miss Wordley à quelques milles de chez lui , et sur-le-champ la voiture eut ordre de Palier chercher.

En entrant dans la maison, j'eus la satisfaction de voir ce fidèle domestique dont j^ai

parle dans une autre occasion. Le digne garçon, en baisant mes mains, les mouilla vëritablement de ses larmes. Il avait témoigné à mon fils tant d^affection , que je le regardais comme un parent plutôt que comme un serviteur. Il était, depuis Tenfance , avec son maître, ayant été élevé dans une école qu'*avait fondée M. Montgomery, père de sir George, pour rédu cation des enfans auxquels ses fermiers ou vassaux ne pouvaient en donner. A cette époque, sir George n'avait guère de domestiques maies ni femelles, qui n'eussent participé à cette munificence de son père. J'ajouterai, avec un grand chagrin, que sir George , quelques années après , trompé par une maîtresse, congédia ce fidèle Sherad.

Il y avait peu de temps que nous nous reposions , lorsque nous vîmes arriver miss Wordley, avec toute la cavalerie qui avait été au-devant de moi. La déesse de la déraison, oubliant que c'était un dimanche, s'était placée, dans sa chambre d'auberge, à côté de la fenêtre, et s'était mise à travailler Ce spectacle avait frappé les passans ; bientôt la foule s'était rassemblée devant la porte. Mon fils et ses com-

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pagnons, revenant de leur course, traversaient en ce moment le village; ils sWrêtèrent près de ce monde rassemble. Miss Wordley , jetant les yeux sur mon fils , le reconnut à Finstant par la ressemblance qu^il avait avec son père. Naturellement sans cérémonie, et rassurée par Taspect de la voiture sur la crainte de n'être pas bien reçue , elle ouvrit la fenêtre , et se fit connaître à ces messieurs ; bientôt , placée dans la chaise , elle se mit en route , accompagnée par quatre écuyers à cheval, et ne tarda pas à arriver.

Après le thè , riion hôte me pria de trouver bon qu'il me montrât mon appartement, parce qu'il avait quelque chose de particulier à me dire. M'étant levée, je le suivis. Quand nous fumes dans ma chambre, je fus très-surprise de lui voir prendre un air important, que personne ne savait mieux affecter que lui. Il me dit alors, avec un grand sérieux, qu'il était fâché d'avoir à m'apprendre quelque chose de peu agréable. Cet exorde commença à me faire craindre d'avoir trop tôt renvoyé la voiture; mais ma frayeur se dissipa , lorsqu'il me dit gravement que peu-

dant la douleur quVvait occasionee notre se'paration , il sMlait obligé , par les sermens les plus sacrés, à ne jamais renouer avec moi une liaison pareille à celle qui nous avait unis.

Cette brusque conclusion pensa me déconcerter , et me faire partir d^un éclat de rire ; mais me contenant de mon mieux , je rassurai qu'il pouvait, à cet égard , se dispenser de toute excuse ; que si , dans Tétat actuel des choses , jVvais cru qu'il en fût autrement, je n'aurais pas accepté son invitation. Je m'aperçus que son amour-propre était blessé de cette déclaration, et j'en fus fâchée. Il n'avait pas cru que je reçusse avec tant d'indifférence une nouvelle qui lui paraissait si importante , et il se flattait que l'obstacle qu'il m'annonçait me ferait autant de peine qu'il prétendait lui-même en éprouver; sa mortification lut visible. Cependant, quand nous eûmes rejoint la société , il reprit sa gaieté et sa politesse. Sir George , à ces deux égards, et surtout au dernier , l'emportait sur tous les hommes de son temps. Je n'ai connu personne, excepté la douairière lady Harring-

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ton, qui fît les honneurs de chez soi avec plus d'aisance et d'attention , mérite qui dénote un bon cœur, perfectionne parFéducation et Pusage du monde.

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