LETTRE LXXIX
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Pendant tout le temps que je restai à Cave, les personnes qui Fhabitaient semblèrent se disputer Tavantage de me plaire. Mais j^ëtais inquiète sur la manière dont je pourrais me procurer un engagement au théâtre : j'étais nécessitée à ce parti pour me libérer des dettes qui mVcrasaient ; car , malgré les sommes que jWais payées, je devais encore plus de 4^00 livres. Sir George me montra quelque envie de vendre une terre pour nous liquider Tun et Fautre ; il m'^assura qu'il prendrait cette mesure aussitôt qu'il le pourrait, et me chargea, quand je serais à Londres, de prier Talderman Cracroft de lui chercher un acquéreur.
Cependant , il écrivit à son cousin lord Eglington , et le pria d'employer son crédit
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près de M. Beard , alors directeur , pour rengager à me rendre mon ancien emploi à Covent-Garden. J'eus le chagrin d'apprendre , par la réponse de mylord , que les propriétaires ne se souciaient pas de se charger d'un salaire aussi fort qu'avait été' 1 e mien . Miss Ward et miss Macklyn s'étaient partagé les rôles que je jouais ordinairement; et par conséquent , il ne se trouvait plus de place pour moi. Mon amour-propre se joignait aux motifs qui m'avaient fait désirer un engagement pour me rendre ce refus désagréable : malgré toute la bienveillance qu'on me montrait à Cave , je me décidai donc à retourner à Londres.
Nous partîmes miss Wordley , mon fils et moi , après avoir passé trois mois au milieu de tous les plaisirs que peuvent procurer une société aimable, une chair délicate et une gaieté habituelle ; je quittai cette demeure hospitalière avec un véritable regret : combien n'en eussé-je pas eu davantage , si j'avais su que je n'en devais presque plus revoir le maître !
Des larmes involontaires s'échappèrent de mes yeux , quand je passai devant la maison
de mon respectable ami lord Downe (i).
Quand je me rappelle le genre de sa mort , quand je songe qu aucuns honneurs n'ont jamais été rendus à sa cendre , je ne peux encore me défendre d'une certaine tristesse , et je donne quelques soupirs à sa mémoire.
Sir George m'avait promis sept guinées par semaine, et m'avait dit qu'il serait prochainement à la ville ; j'étais flattée , je l'avoue , de me trouver réconciliée avec l'homme qui avait été l'objet de mon premier attachement ; une complication de faussetés m'avait éloignée de lui dans le temps même où je le préférais à tout son sexe. Les nouveaux témoignages de son amitié m'honoraient, ce semble, autant qu'ils pouvaient m'étre utiles.
Nous descendîmes à Londres , dans la maison de ma mère , qui , heureusement , se trouvait vide. J'ai déjà dit qu'elle en louait ordinairement ime partie à des gens de qualité. Le produit qu'elle en tirait , joint à sa pension , et à l'intérêt de l'argent qu'elle
(i) Tué en faction à la porte du général Granby^ en Allemagne.
avait épargne, la mettait en état de vivre avec aisance , et de voir des gens fort au-dessus dVlle.
Elle voulut bien me louer son premier étage , et entreprit de payer toutes mes dépenses courantes , avec Targent que m'allouait sir George ; mais sachant combien celuici était capricieux , et voyant quMl était incertain que j'obtinsse un engagement au théâtre ^ dans un moment où les deux troupes étaient formées , elle ne voulut point que miss Wordley restât avec moi. J'avais de la répugnance à me conformer à cette prudente disposition ; cependant la maison de ma mère était la demeure la plus convenable que je pusse choisir ; miss Wordley se logea dans le voisinage.
Peu après mon retour d'Ecosse, M. Dodsley m'envoya la quittance d'une somme assez considérable que je lui devais pour des livres ; j'acceptai ce présent , ainsi que quelques autres bagatelles , comme une politesse^ à l'occasion de ce que j'avais joué , avec succès , le rôle de l'héroïne dans la Cléone de son frère.
J'écrivis alors à M. Digges , pour lui signi-
fier que nous ne devions plus nous revoir. Comme je n'avais point à me plaindre de sa mauvaise foi , je ne lui fis point de reproche ; je ne Fai revu depuis qu'une fois dans la rue, et deux fois au théâtre.
Mon fils me montrait une affection qui ne s'est jamais démentie jusqu'au moment où la mort me l'a enlevé ; mais il avait excédé de beaucoup le temps de ses vacances, et je le renvoyai à Éton.
M. Cracroft se chargea volontiers de la commission que sir George m'avait autorisée «^ lui confier. C'était un homme exact , et qui demandait aux autres la même ponctualité qu'il observait avec eux. Il se réjouit de ce que sir George avait promis de faire pour moi, et je lui dis que j'allais tâcher de prendre un engagement , ne fût-ce que pour quelques jours , a l'effet d'obtenir un bénéfice qui, j'espérais, serait aussi lucratif qu'à l'ordinaire. Je le priai de renouveler mon saufconduit , et de se procurer , avec mon argenterie , de l'argent , tant pour lui payer à lui-même ce qui allait être échu dans quelques jours , que pour subvenir à mes besoins ,
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jtisqu^à l'arrivée de sir George, et à la vente de sa terre.
En retournant chez moi , il me vint à r.esprit d'e'crire à Thonorable M. James Brudenell , devenu alors lord Brudenell , qui autrefois m'avait honorée de son amitié , mais dont je n'avais plus entendu parler depuis que je m'étais séparée de son intime ami M. Metham. Supposant que sa froideur ne survivrait pas à ma réconciliation avec son ami , je le priai dans ma lettre d'employer pour moi son crédit auprès des propriétaires du théâtre. Si je réussissais à l'intéresser en ma faveur , je me regardais comme certaine de réussir , le caractère et l'usage des personnes de cette noble famille étant de ne rien négliger de ce qui peut tendre au succès d'une cause dont elles ont bien voulu se charger.
Dès le lendemain , mylord me fît l'honneur de me venir voir ; non-seulement il me promit d'employer toute son influence pour m'étre utile , mais il me flatta de Tassurance que je serais, de nouveau , protégée par les dames de sa famille.
Deux jours après , miss Wordley entra