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foi à ce propos , pour j trouver un prétexte à Tinfraction de ses promesses , soit que réellement il fat jaloux, c'est ce que je ne peux déterminer. Mais il contracta subitement une telle froideur, que je ne Tai revu que long-temps après, lorsqu'il vint chez moi, il y a six ou sept ans, pour me rendre quelque service.
J'ai souvent regretté qu'un homme et une femme ne pussent former une liaison semblable à celle qui unit deux personnes du même sexe , sans qu'aussitôt le public ne leur sup- ]30sat un autre objet. Je préfère , en général, la conversation des hommes à celle des femmes. Celle-ci ne roule ordinairement que sur la toilette , qui ne m'intéresse plus , ou sur la médisance que je déteste.
Comme j'aurai souvent occasion de vous reparler de M. Woodward, il est à propos que je vous dise ce qu'il était dans sa vie privée. Son mérite, comme acteur, est trop connu pour avoir besoin de mes éloges. Il avait été élevé à l'école des marchands tailleurs ^ où bientôt il attira l'attention des maîtres, parla rapidité de ses progrès.
Il montra de bonne heure du goût pour le
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théâtre, et son père ayant éprouvé des malheurs, il se décida à suivre cette carrière, plutôt que celle de TÉglise, pour laquelle il avait été destiné. Il était d^une belle figure, et fut recherché par des femmes légères , qui lui firent passer quelques années dans la dissipation ; chose d^autant plus étrange qu'il avait naturellement Tesprit sérieux. Il était même si grave, que ceux qui ne le connaissaient pas particulièrement pouvaient le soupçonner d\me austérité voisine de la dureté.
LVtude perfectionna son intelligence. Il avait beaucoup d^instruction , qu il ne cherchait jamais à montrer. On le trouvait trèsamusant, quand la société lui convenait. Dans le cas contraire, il était d\ine extrême réserve. 11 connaissait la valeur de Fargent ; mais personne au monde notait plus disposé à faire une action généreuse, quand Toccasion s'*en présentait. C'est Thomme a qui j\ii connu le plus de principes.
Etant encore mineur , il s'obligea à payer les dettes de son père; et quoiqu'il eût pu profiter de son âge pour se faire relever de cette obligation, il la remplit avec honneur.
Deux fois il releva les affaires de son frère ^ et se conduisit en fils excellent, àPegard de sa mère, avec laquelle il demeura jusqu^à son malheureux voyage dlrlande. Voilà Fesquisse de son caractère. Vous peindre ses vertus, est une tâche au-dessus de ma portée.
Je dois ajouter que son sérieux , qui passait quelquefois pour de Torgueil, avait pour cause une infirmité corporelle, dont il a souffert pendant plus de vingt ans, et qui a fini par causer sa mort. On m'*a assure' que, si une fausse délicatesse ne Teût pas empêché de faire connaître cette maladie à M. Bromfield, chirurgien en qui il avait une grande confiance, il eût pu en guérir, et parvenir peut-être à un âge aussi avancé que ses contemporains Macklin et Yates.
Les personnes qui ont admiré ce grand acteur, seront probablement bien aises d^apprendre qu'il a autant de droits à leur estime^ comme homme privé, qu'ail en a eu à leur considération comme comédien. Je puis dire avec Hamlet : u A tout prendre nous ne verrons jamais son pareil. »
Comme vous prenez intérêt à tout ce qui me concerne, je me persuade que vous lirx'^/.
avec plaisir ce tribut que j^ai cru devoir payer à la mémoire cFun homme si respectable, qui long -temps m^a servi de protecteur et de père. Des esprits dëfians ajouteront un autre titre à ceux que je lui donne. Le public ne juge en général que sur des apparences; et quand ceux qui sont soumis A ses jugemens ne cherchent pas à le détromper, ils sont naturellement exposés à ses méprises. La manière dont je me suis fait connaitre à vous me dispense , je crois , dVxplications particulières sur la nature de Tamitié , qui , depuis cette époque , m'a unie à M. WoodAvard.
A la fin de Fhiver, j'obtins du comte de Haslang la permission de faire, sur le continent , un voyage dans lequel rien ne m'arriva d'intéressant.
A mon retour, la maison de ma mère étant louée à des gens de qualité, je pris un appartement dans Rider-street , quartier Saint-James ; et me trouvant alors à même de prendre avec moi miss Wordley , je l'invitai à y venir. Je vous ai déjà dit qu'élevée avec soin dans la maison du comte de Powys, par un père très-respectable, elle
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joignait an iiicilieur cœur du monde un esprit orné et très-brillant; ses qualités me Tavaient rendue très-cîière : depuis qu''elle est mariée, que, convertie au quakerisme, elle est devenue une célèbre prédicante, je suis privée de sa société: cependant quand elle vient me voir, ce qui arrive quelquefois, je retrouve encore son enjouement, et je ne peux mVmpécher de regretter les momens de gaieté que nous avons passés ensemble.
Un M. V/oodifield vint, dans ce temps-la, me demander le paiement d'une somme considérable pour du vin de Champagne rouge, qu^à la prière de M. Caîcraft , j'*avais envoyé de sa part à lord Granby, en Allemagne. Je reçus une demande pareille de Sinmore pour du vin de Bordeaux , que j'avais indiscrètement demandé par écrit, ])our M. Calcraft, pendant que je demeurais dans Parliament-street. Je ne pouvais me croire obligée de payer de pareilles dettes, et je ne répondis point aux demandes. On intenta deux actions contre moi.
En conséquence, un soir que je me préparais à aller à TOpéra, je fus honorée de la visite de deux sergens , qui me prièrent
d'aller faire avec eux un tour de promenade. Il m'était difficile de contester la créance de M. Woodifield : mylord Granby était en pays étranger, et je lui avais trop d'obligations pour lui écrire à ce sujet.
Lorsque j'entrai chez rolTicier du shérif, celui-ci, me voyant mieux vctue que ne sont ordinairement les personnes qu'on lui amène, et ayant reconnu le son de ma voix, reçut la promesse que je lui fis de régler, le lendemain , l'affaire de M. Woodifield. Pour l'autre demande , je donnai caution, décidée à soutenir le procès, afin, d'une part, de mettre en cause M. Calcraft , et de l'autre , de voir jusqu'à quel point je pouvais compter sur la protection que m'assurait le nom du comte de Haslang ; car quoique je ne demeurasse point chez lui , j'étais réellement sa femme de charge, et je restai sur la liste de sa maison jusqu'à sa mort ; mais je n'ai profité qu'une seule fois de cette sauvegarde. Pendant l'instruction de cette affaire , jVnvoyai chercher Willis , commis de M. Calcraft , auquel je fis des remontrances sur cette nou\ elle indignité de son maître. Mais je ne pus rien oh I cuir.
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Ces demandes inattendaes m'*obIigèrent encore à recourir au bon M. Hearne, qui, surle-champ, m'aida de sa bourse. Cette dernière somme porta à six cent quarante livres la totalité' de sa créance, parce qu''indépendam-' ment de tout ce qu'il m'avait prête, il avait retiré q^uelques bijoux que j'avais laisses chez, M. Maclevrain de Dublin, lors de mon dernier voyage en Irlande.
Entre autres objets , était une tabatière d'or , èmaillée , que m'avait donnée la belle comtesse Kildare, depuis duchesse de Leinster, et qui, à raison de cela, m'était très-précieuse. C'est la seule chose de prix dont j^aie jamais regretté de me défaire, et je ne l'aurais pas engagée, si je n'eusse été presque sûre de pouvoir la retirer. Ce dépôt , avec trois ou quatre dividendes, et quelques billets pour mon bénéfice , sont tout ce que j'ai jamais pu payer de cette grosse dette , que je me croirais bien heureuse de pouvoir acquitter.
La facilité à concevoir de trop brillantes espérances, m'a jetée dans beaucoup d'embarras; j'ai dû ce défaut au bonheur que j'avais eu de rencontrer de rares et précieux amis ^
tels que les deux miss Meredith, miss Saint- Lëger, miss Conway , lady Tyrawley , mistriss Cracroft, et enfin M. Woodward, dont Tancienne passion sVtait changée en une douce amitié; mais j^ai été assez malheureuse pour leur survivre à tous.
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