‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 36 sur 58 · TOME II, - n · texte numérisé non relu

TOME II, - n

pas, efifaça le nom de mistriss Wilford, et mit le mien sur les affiches.

A midi , je reçus une visite de M. Gibson , sous-directeur, qui m''instruisit de la méprise faite , et me pria de vouloir bien abandonner le rôle , m'ajoutant que les directeurs , sur mon consentement , feraient distribuer au public des billets à la main, pour lui apprendre qu^on s^ëtait trompé. Je n'avais pas alors perdu toute disposition à m''irriter d'aune injure. Je ressentis TafFront avec plus de vivacité , peutêtre, que je n** aurais dû. Je répondis sur-lechamp : <( Le public veut bien agréer mes ser- » vices; quoi qu'il arrive, je ne souffrirai point )) que mon nom soit changé. Je jouerai le » rôle. )) M. Gibson, me quittant, me dit, avec un air de regret ^ quej'allaism'attirer la haine de toute la famille. A quoi je répondis, avec quelque chaleur : « Depuis long-temps , il » m'importe peu. Je ne désire pas plus leur » faveur que je ne crains leur malveillance. )) Je compte sur une protection qui ne m'a )) jamais abandonnée. C'est au public, qui i) m'a toujours traitée avec indulgence, à dé- » cider si je dois tomber ou réussir. »

Ma domestique, que j'avais envoyée voir

les affiches, revint me dire que, dans ce moment même, on s^occupait à les changer. L'erreur était annoncée dans un nota bene. J'allai, sur Fheure, faire imprimer des billets à la main , que je fis distribuer aux spectateurs, à mesure qu'ils entraient dans la salle. J'y racontais le fait comme il s'était passé, ajoutant que , me regardant comme l'enfant de leurs bontés, je me croyais obligée de me tenir prête pour le cas où ils jugeraient à propos de m'honorer , ce soir , de la préférence.

Lorsqu'on leva le rideau , il s'éleva un cri universel pour me demander ; et quand Cordelie parut, malgré la faveur des Rich et des Wilford, elle fut obligée de se retirer, et de me céder la place. J'étais toute habillée : je parus au milieu des applaudissemens , et je ne me rappelle pas d'avoir eu, dans toute ma carrière théâtrale, autant de succès dans un rôle aussi connu.

Cet événement était pour moi d'autant plus flatteur, qu'il me prouvait que j'étais encore chère au public. Je dois ajouter , en faveur de ma belle rivale , que , quoiqu'elle lut incontestablement une grande

danseuse, elle nWait alors aucune re'putation comme tragédienne. Le découragement que dut lui causer une partialité évidente, fit aussi probablement beaucoup en ma faveur.

DE MISTRISS BELLAMY. a6l

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