LETTRE XCVIII
Un avis parut dans les papiers publics ^ an--. Donçant quW allait publier , dans une bro^ chure ^ le nom de toutes les personnes qui sMtaient rendues dans KingVbencfa , ou qui étaient inscrites sur les livres de cette demeure» Craignant de voir mon nom confondu arec ceux de gens qui sY étaient fait inscrire, etsVtaient procuré des bUletsdeJèadzns des vues frauduleuses , jVcrivis à M« Woodfall (1) pour empêcher, s^il était possible, cette in-, sertion. Je lui exposais leis vraies circonstances de mon arrestation , et le priais de ne pas mettre mon nom , parce que , dans le mois suivant, devait se terminer une affiadre qui mWatt causé tant de désagremens* Mais , à mon grand chagrin , quand la £lcheuse liste
(x) Propriétaire d'un journal aDcien et estimé, connu 90US le nom de tPoodfall register. ( Note du traducteur. )
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paru}, mon nom s^ trouva , ainsi que celui dé mistriss Douglas , en assez mauvaise compagnie.
Les gens de la maison que jliabitais nV vaienteu aucune connaissance de ce qui m^é-. lait arrivé : quand ils virent mon nom sur le rôle de KingVbench, ils prirent beaucoup d'^inquiétude, et craignirent que , pour annuler de nouvelles contraintes y je ne voulusse profiter de ma qualité de prisonnière , ce que prétendaient pouvoir faire toutes les per^ sonnes qui étaient sur la liste. Je fus extrême^ ment humiliée d^une supposition si contraire à mes principes. Je trouve totit simple que le malheureux marchand , qui se trouve réduit, par des pertes , à Fimpossibilité de payer , profite des actes d^insolvabilité, ou d^autres moyens légaux , pour éviter des poursuites. Mais je ne pense point qu^il soit permis à d^autres danser de ces avantages. Je mVtais conduite conformément à cette opinion , lorsque j^avais reiîisé de me libérer , par un pareil acte , de dettes bien autrement importantes.
Tavais fait part à mon fils Metham de la manière dont s^était comportée avec moi son amie. Surprise de ne point recevoir de lui de
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réponse , par le retour du paqudM>t (t), je pressentis mon malheur. Mes craintes ne tardèrent pas à se réaliser, «récrivis à sir George , pour savoir s^il avait reçu quelques nouvelles. Sa réponse me parvint cachetée de noir; je rouvris en tremblant ; je vis à la première ligne: « Rassemblez.tout votre courage. » Je ne pus continuer ; je tombai par terre , sans connaissance.
Lorsque je repris mes sens , je vis autour de moi, fondantes en larmes, la maîtresse de la maison et quelques autres personnes qu^dle avait appelles à mon secours. Mes pleurs ne coulaient point; la doiUeur était prête à me suffoquer. De tous les chagrins que j W éprouvés , ce fut là sans contredit le plus sensible. Je perdis dans mon fils tout ce qu'aune mère pouvait espérer ou désirer ; un ami , un protecteur, le seul soutien qui me restât Mon fils Henri était aux Indes orientales, et le sinistre
(1) Le départ et le retour des paquebots , pour les colo> nies , sont aussi réglés que les couii'iers de la poste. Noui aTons eu en France des paquebots pour nos îles de TAmérique ; mais Tusage en a duré peu de temps. Il serait à soubaiter qu*& la paix on renouvelât cet utile établisse- AMnt. ( JVb/e du traducteur. )
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événement qui m^enlevait son. frère Tedoublait pour lui mes craintes : je me regai*^ dais comme sans enfans; car pour ma fille, je ne pouvais , après les procédés qu^elle avait eus pour moi , la considérer comme mon enfant; elle mWaitmontré par sa cruauté quVUe était la vraie fille de M. Calcraft.
Je nWaispas même de quoi acheter des vétemens de deuil. Sir George, que je priai par écrit de venir à mon secours , me répondit qu'ail ne le pouvait pas : ses propres dé-* penses absorbaient tout ce qu^il avait sauvé des débris de sa fortune. J^eus encore recours à M. Stacie , qui me donna ce qui mVtait nécessaire.
Je fis des démarches pour obtenir des lettres d'^administration de la fortune de mon fils. On mVn détournait, par l'observation que peutêtre celte fortune ne suffirait pas pour couvrir le» frais; mais je ne pouvais croire quMl n^eût pas laissé quelque chose à la Jamaïque. Je persistai dans mon dessein. Au bout de quelques mois , un des principaux créanciers de mon fils détermina son procureur à prendre pour moi , à la chambre des communes , Penga- ' gement de payer les frais. Après beaucoup de
peines, les lettres furent obtenues. Si-tôt que Je les eus, j^appris, à mon grand étonnement , par M. Barry, secrétaire du général Dalling, qu^il y avait un testament, dont il promit de m'envoyer copie. Cette nouvelle m'empêcha de faire aucun usage de mes lettres. Malgré tous les soins que j'ai pris depuis trois ans, j'ignore encore aujourd'hui si mon fils esd inort riche ou insolvable.
Ainsi, toujours trompée dans mes espérances, jouet habituel de la fortune, je ne savais de quel côté me tourner. Heureuser ment, le comte Haslang, sorti, comme par roirade, de sa longue indisposition, promit de me renouveler le secours qu'il m'avait donné pendant quelque temps; mais tout ce que je recevais était consommé d'avance par des besoins antérieurs. Les directeurs de Co«. vent-Garden se prêtèrent encore à m'obliger, en me donnant des billets; mais un changement de pièce , une erreur d'affiches , empêchèrent qu'ils ne mé fussent utiles. Je ne reçus que vingt gainées de mistriss Armstead, pour une loge; libérahté particulièrement méritoire de la part de cette dame , que je ne connaissais point. Le comte Haslang eut alors
line rechute , ce qui me rejeta dans de nou-. yeaux embarras. Tout semblait se réunir pour les augmenter; chaque espérance quis^oflfrait à moi sVvanouissait à Finstant pu j'^allais la saisir; chaque rameau auquel je m^accrochais se brisait au premier effort , et je retombais dans le torrent qui m^entralnait. Ceci me rappelle un colibet de ma mère. Elle prétendait que la fortune avait frappé si souvent à ma porte sans que je lui permisse dVntrer, qu'il y avait à craindre quW jour elle ne mVnvoyât une miss (i) de sa famille , qiii ne se laisserait pas éconduire. La prédiction n'a été que trop vraie. L'infortune est venue ; il a bien fallu la laisser entrer; et au lieu de se contenter d'une simple visite , elle est devenue ma compagne pour la vie.
(1) Misfortune , qui en anglais répond à notre mot infortune. Les ccUembourgs son Aatis loutes les langues ; il s'en est fait dans tous les temps. ( Note du inducteur. )
3te uéMOïMÈB
Etant allée un dimanche à Golden-4qoare , je vis avec un extrême plaisir le comte asseï bien rétabli pour assister au service divin dans la chapelle ; ce qu^il nWait pu faire depuis plusieurs mois. H m^assura qu^il ne sVtait pas trouvé si bien depuis trente ans. 11 me dit ensuite qu^il se proposait de venir me voir in* cessamment, et que je pouvais envoyer le jeudi prochain ma domestique chercher la réponse à la lettre que je lui avais écrite* Il eut la bonté d^ajouter qu^il était bien ûché de m^avoir laissée dans le cas de lui rappeler sa promesse.
Attachée à son excellence, par une longue suite d^obligations , je me réjouis de son réta-^ blissement, et je me flattai d^avoi^^Jusqu^àTar* rangement de mes affaires , un petit revenu assuré.
Conformément à son ordre, j^envoyai le jeudi ma fidèle petite domestique qui se ren-^ dit à midi à Golden-square, persuadée qu^elle allait toucher ce que j^attendais, et toute contente de revoir le comte qui la traitait toujours avec bcmté. Je comptais tellement sur ce qu^elle devait me rapporter au retour, que je retins, pour diner avec moi, une
amie qui était venue me voir. Mak devaisje croii:e qu'aune de mes espérances se réa-iisit?
Lorsque Sally revint, je tendis bien vite la main pour prendre la réponse que, sans doute, elle me rapportait Au lieu de me la remettre , elle me cria : « Point de ré^ » ponse , vous avez perdu votre unique ami; )> le comte est mort » Frappée comme de la foudre, je ne pouvais Peu croire. Je courus , sur-le-champ, à Fbôtel, où je trouvai que la nouvelle était trop vraie : la veille Tange de la mort avait administré ^s trois fatales gouttes (i).
Le dimanche, le comte, après que je Feus
(i) C'était une opinion reçue chez les anciens Juifs , et qui subsiste encore chez quelques-uns de leurs descendans , que , lorsque Dieu a ordonné la mort de quelqu'un, range exterminateur plane sur la léte de la personne désignée , ayant à la main une épée à la pointe de laquelle pendent trois gouttes de fiel. Ler moribond, apercevant cette vision , s'effraie , ouvre la bouche', et l'ange de la mort verse à Tinstant la &tale potion qui produit les «8et» suivans : la première goutte prive de la vies la seconde donne au cadavre une pâleur livide ; la troisième le réduit ett pousfière dans le tombeau. (Cjjlmvp, Dissertation sur la défaUt de F armée de Sannach. )
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quitte, avait demandé sa voiture pour àOer rendre quelques-unes des nombreuses visites qu^on lui avait faites pendant sa maladie. Le temps était très-froid; et quelques domestiques engagèrent son excellence à remettre sa promenade à nnmomentplus doux. Mais ilinsista, disant qu^il aurait à peine le temps de rendre toutes ses visites avant le jour de la naissance du roi.
Il partit donc Dans sa course , un des chevaux tomba ; le comte ouvrit la glace de la voiture jusqu^à ce que Tanimal fût relevé. Cela prit un peu de t^mps , pendant lequel il reçut le vent quj lui sou£9ait dans le visage ; circonstance nécessairement dangereuse pour quelqu^un qui n^était pas sorti de sa chambre depuis plusieurs mois, et qui venait dVcfaapper miraculeusement à une longue et terrible maladie.
Le soir , il se plaignit du froid. Le lendemain, il fut mieux; mais le jour suivant, on vit la mort approcher. JPaisu, de bonne part, qu^au lieu de le laisser finir en paix, on Timportuna dans ses derniers momens , pour lui fiûre faire un testament au préjudice du comte son fik.
Le jeune baron, héritier et exécuteur testamentaire du comte , se laissa conduire par les personnes qui Fenvironnaient. Au lieu de faire rendre à son excellence les honneurs qui convenaient à sa place et à son rang, on le déposa dans le cimetière commun de Saint- Pancrace. Plusieurs mois sMcoulèrent sans qu^on mit une seule pierre ou une indication quelconque, pour désigner la place où il était. Je fus d^autant plus affectée de le voir traiter avec si peu dVgards, que lui-même avait paru très-mécontent de ce qu^on avait enterré dans cet endroit sa vieille femme de charge : il sVtait exprimé à ce sujet avec beaucoup d^aigreur , et avait dit ; « Saurais M plus d^attentioB pour un chien que j^aurais » aimé. » Ce ne fut qu Wec peine qu^il consentit qu^elle j restât, quoiqu^on lai eût dit qu^elle-méme Favait désiré. Pauvre homme ! Que n^eût-il pas souffert, sUl eût su que ses propres restes devaient être déposés dans un lieu pour lequel il avait tant de dégoût (i) !
( 1 ) Des plaintes si peu sensées rappellent ces Ters connus :
Je ré vais cette nuit que, de mal coosamë. Côte à côte d'un paurre on m^arait inliumé.