LETTRE CL
ig'joÎD 17—.
Peu de temps après Noël, une femme avec laquelle j^étais fort liée étant, un jour, venue me voir, elle admirait avec moi cette singulière suite d^événemens bizarres , et d^espérances déçues doiitma vie était remplie.Ma dômes** tique entre en palpitant d^aise, et me demande de Pargent pour payer le port dWe lettre qui venait de Flnde. Persuadée que cette lettre vient de mon fils, qui souvent m'^avait écrit sous le nom de West, je la déchire plutôt que je ne Touvre : je cherche avidement quelques nouvelles de ce fils si cher.... Au lieu d^épitre, je trouve sous Fenveloppe deux lettres de change , Fune qui était une seconde ^ de cinquante livres , sur un particulier de Marlborough-street, Tautre de trente livres sur un habitant dlrlande, avec une lettre dWis adressée à ce dernier.
Je m^informai, sur-le-champ, s^il n^existait
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pas dans le voisinage quelque autre personne du nom de West On n^en trouva point Je me souvins que quelqu^un de Wimpole-street , que je ne connaissais pas, était venu chez moi, un an auparavant, sans me trouver. Supposant que cette personne connaissait quelque autre mistriss West, avec laquelle elle m^avait confondue , je hii écrivis pour le lui demander. Je ne reçus point de réponse.
Au bout de quelque temps , je portai à Tacceptation la traite de cinquante livres qui était k trente jours de vue. L'accepteur me demanda où était \r première f je dis que je ne Pavais pas reçue. Nous présumâmes alors quVlle était perdue. Au temps de Féchéance, on me fit dire qu^l se présentait un autre réclamant qui avait la troisième^ et qui se trouvait être le mari de mistriss West , à Tordre de qui les eft'ets étaient tirés. Je remis donc à celuici, et Pautre effet, et la lettre qui raccompagnait; et ainsi sVvanouit, comme tant d'autres, cette nouvelle illusion.
Alors mistriss Douglas arriva, me dit«elle, d'Ecosse. Je la reçus à cœur ouvert, avec celte franchise qui fait le fond de mon caractère; et je pris plaisir A partager avec eHe le
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peu que je possédais. Mais, suivant Fusage, quand elle se vit plus heureuse, elle désira de s^'éloigner de la personne qui Tavait secoorue dans Tinforlune. Pour cela, elle commença par me chercher une querelle : je la soutins avec modération ; elle , avec aigreur. Mais je ne répondis point à ses injures. J^ai pour règle, lorsque jYprouve, de la part de quelqu^un que je considère , de Vingratilude, de la fausseté, des insultes, d^écrire son nom dans le livre de ma mémoire, au rang àea morts. Cette méthode mVpargne des ressentimens pénibles dont ne peut se défendre une sensibilité trop vive. Je regarde donc cette dame comme aussi duement ensevelie que tous ses aïeux, et je paixlonne à ses m«1nes.
Enfin, madame , mon pénible récit est achevé. Vous connaissez tous les événement d^une vie qu^ont remplie les contrariétés , les vicissitudes et les chagrins. J^ai rassemblé, je crois y toutes les particularités propres ou à vous amuser , ou à instruire ceux^ qui me liroïKt J^ai choisi , surtout , celles qui pouvaient servir à mon principal objet ; cVsl-àdire présenter avec franchise et simplicité le tabteau de ma conduite. Je n^ai rien atténué
par vanité , rien caché par mauvaise intention. En vous exposant mes erreurs , je vous en ai indiqué les sources, et j^ose penser que cette véracité contribuera à 1^ faire excuser.
Je ne crois pas avoir besoin de vous assurer que tous les faits que vous vener de lire sont exactement vrais. Quelques-uns pourront vous paraître extraordinaires , même fabuleux ; mais il existe , de presque tous , des témoins vivans qui ne me démentiront point Les incidens qui ne me concernent pas pei"sonnellement ne sont pas moins authentiques; la plupart se sont passés sous mes yeux , ou m^ont été transmis par des autorités incontestables.
Les circonstances que je vous ai détaillées , et la suite entiàre de ma vie vous prouveront, je pense, que j^ai dû mes malheurs plutôt à la fortune qu^à toute autre cause , et que Fimprudence , Tirréflexion ont eu plus de part que la dépravation du cœur y à Firrégularité de ma conduite. Il en résultera , j^espère , que le public jugera avec moins de rigueur et mes actions et mon caractère.
Shakespeare a dit : « La trame de notre » vie est un fil mélangé de bien et de mal.
» Nos vertus nous enorgueilliraient si nous >» notions humiliés par nos fautes , et nos » vices nous jetteraient dans le désespoir s^ils )) n^étaient rachetés par nos vertus (i). » Cette considération sera pour moi de quelque poids auprès des âmes généreuses, et des esprits non -prévenus. Ils ne m^absoudront pas de tout vjce : ils penseront que mes qualités sont balancées par mes défauts: mais il se mêlera quelque indulgence à la censure , aux reproches quelque estime.
Si le récit de mes inconséquences et de leurs tristes résultats , peut servir de leçon à mon sexe , s^il peut détourner quelque imprudente des sentiers que je suivis, et lui inspirer plus de raison que je n'en eus moi-même , je n'aurai pas mal employé mon temps.
Puisse le public qui me lira , avoir pour moi la même compassion que j'eus toujours pour les autres : puisse l'ange des souvenirs laisser tomber sur mes fautes une larme de pitié , et les effacer de sa main indulgente !
(1) Le texte dit litlëralemcnt : «Nos vertus seraient ficres , si nos fautes ne les fouettaient pas ; et nos crimes désespéreraient y s'ils n'étaient pas caressés par nos vertus. »
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NOTE DU TRADUCTEDIU
^listrîss Bellamy fit imprimer ces Mémoires ou, pcmr m*cxprimer oomme elle, cette apologie en 1784. Elle y ioîgoiila lettre à M. G:*lcraft» qu'elle s*ëtait proposa de publier en 1767 , et que celui-ci , par ses menaces, l'avait rmpêcbée de iàire paraître. Dans cette lettre , qui est fort longue , elle rappelle à M. Calerais tous les torts dont ce misërable s'était rendu coupable envers elle. Elle en reprend Tbistoîre au jour oii , instruit par die de sa querelle avec M. Mctham , et du présent de mille livres qu'elle avait reçu d*un bienfaiteur inconnu , il l'engagea à faire usage de cette somme. Quoiqu'il ait depuis prétendu en avoir été le donateur , elk élève à oet égard des doutes que justifie toute la conduite de Timposteur. Passant de-1à à l'engage* ment contracté entre elle et lui chez M. Gansel, elle donne la copie de cet acte , par lequel M. Calcrafl reconoaisiait lui devoir cinquante mille livres , et s'obligeait k les lui payer , s'il épousait toute autre personne qu'elle. Le soin qu'il prit de faire entendre 4 toutes les personnes qu'elle connaissait qu'elle était mariée avec lui, quoique , étant le mari d'une autre , il ne pAt jamais être le sien , consomma l'iniquité d'une si odieuse tromperie. Mistriss Bellamy rappelle toutes les peines qu'elle s'est données pour augmenter une forlune qu'elle croyait devoir devenir celle de ses enfans , les dépenses qu'elle a laites pour lui , les dettes contractées , soit par son ordre , soit pour ses intérêts , et qu'il a tant et si vainement promis lie payer. Mais ni ces injures répétées, ni le souvenir des soujQDrances de tout genre que lui a fait subir l'infâme duplicité de son perfide suborneur , ne la conduiront à des indiscrétions que réprouve la délicatesse. Bornée au récit de ses propres
is)ttre« , die ne rërëlera point ce qui , dans la conduite de M. Galcraft, ne la concerne pas. Les craintes qu'à eetëgard il a témoignées , et le silence qu'il lui a fait demander, lui ont semblé une nouvelle offense. Elle s'élève avec amertume contre les insinuations qu'il affecta de répandre sur les motifs de leur séparation ; calomnies d'autant plus perfides , qu'il connaissait , et les offires qu'elle avait refusées , et la résolution qu'elle avait prise de ne former de liaisons d'aucun genre. La fourberie avec laquelle il s appropria des bijoux qu'il prétendait avoir vendus à vil prix, mérite des reproches plus graves encore. Une transaction a prévenu la honte /dont un jugement eût flétri cette action. Mais la bassesse subsiste , et c'est à l'opinion à en faire justice. Vil à régardtde la femme qu'il prétendait chérir, Galcraft se montra lâche et traître envers son bienfaiteur. M. Fox lui avait confié , sous le secret , une conversation qu'il avait eue avec le roi : le malheureux la divulgua inconsidérément , et nuisît beaucoup à son protecteur. Ce trait, devenu public, donna lieu non-seulement à de beaux vers de Churchill , mais à un poëme tout entier intitulé ringnUiiude. Ce qui ajouterait à l'amertume que laisse 4 l'auteur l'humiliation d avoir consacré une partie de sa vie à un homme qui ne pouvait inspirer que le dégoût et la haine , ce serait le regret de lui avoir quelques obligations. Mistriss Bellamy , pour prouver qu'elle n'en a aucune 4 M. Calerait , termine sa lettre par une espèce de compte duquel il résulterait qu'il est son débiteur de vingt-cinq à trente mille livres.
Cette lettre n'offre aucun fait important qui ne soit raconté dans le cours de l'ouvrage ; elle est écrite avec plus d'aigreur que de force , plus de ressentiment que d'indignation. M. Calcraft , lorsqu'elle a paru , était mort, et
cette circonstance dut diminuer encore l'intërêt d'un ëerît qui n'en aurait aucun pour le lecteur français.
En 1786 parut la quatrième édition de ces Mëmoires ; c'est celle dont je me suis servi. L'auteur y ajouta les lettres suivantes.
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