‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 109 sur 110 · LETTRE CIV · texte numérisé non relu

LETTRE CIV

Unb quatrième édition de ces Mémoires se prépare; et je crois devoir y joindre cette lettre qui terminera tout ce que j^ai à vous dire de moi.

Vous avez vu dans ma dernière, que la fortune, lasse deme persécuter, avait semblé m'^of* frir une perspective de tranquillité. Mais ai*je dû jamais compter sur ses faveurs? D^autres peines sont venues s^ajouter à tant de peines que je vous ai racontées.

Un étranger demande un jour à me parler. Son nom, me dit-il, était Finton. 11 demeurait à Newington , dans Surry. Un sir James Walker, habitant delà Jamaïque, Tavait char^ gé de me voir. Ce dernier devait à mon G\s George Metham une somme considérable, pour argent gagné au jeu. Aussi honnête que riche , il se proposait de me payer cette dette , si j^en avais besoin. Je n^hésitai pas, comme

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bien vous croyez, à la réclamer, non plus qu^à témoigner la satisfaction que me causait un exemple si rare de délicatesse. Le même jour, ce M, Fin ton partait, me dît-il, pour la Jamaïque : il se chargea d'une lettre que jMcrivis à M. Walker.

Une représentation fut donnée à mon bénéfice : le produit surpassa ce que j'en avais espéré. La beauté , la grandeur, la grâce et la bonté se réunirent pour orner les loges. On m'avait prévenue qu^il serait nécessaire que je me montrasse , ne fut-ce que pour témoigner ma reconnaissance : extrêmement affaiblie par une cruelle maladie, j^aimai mieux subir cette pénible comparution, que de passer pour ingrate.

Mistriss Yates fit le rôle de la duchesse de Bragance 9 jamais elle n'avait mieux joué. Je peux dire, avec vérité, que je jouis plus de son succès , que si j'eusse été moi-même l'objet des applaudissemens qu'on lui prodigua. Tous les acteurs multiplièrent leurs efforts. La belle miss Farren prononça un épilogue dans lequel j'étais représentée comme un Bélisaire femelle. Elle s'exprima avec tant de^

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chaleur et d^inlérét, que ma timidité s^en

augmenta.

Enfin , il fallut me présenter. Je m^ayançai , dans rintention de £ûre un remerdment : mais il me (ut impossible de prononcer un seul mot de ce que je m^étais proposé de dire, rétais si troublée que^ certainement ^ je serais tombée sur les lampions , si Taimable personne qui avait prononcé Fépilogue ne m^avait soutenue jusqu^a ce que je fusse hors du théâtre. En y arrivant, je tombai évanouie.

Je me trouvai, grâce à ce bénéfice, en état d^acquitter mes nouvelles dettes. Ne doutant point, d^ailleurs , que je ne reçusse bientôt de Targent de la Jamaïque, je payai quelques anciens créanciers, et donnai des sûreté? â d^autres dont Pindulgence avait droit à tous mes égards. Vous le voyez : Pexpérience ne me corrige point, vous me retrouverez toujours crédule, toujours prompte à me reposer sur un avenir illusoire.

Peu de temps après , je me rompis la cheville du pied. Sortie trop tôt après cet accident , je tombai , et me fendis Tos de la même jambe, ee qui me fit craindre de ne pouvoir plus marcher.

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Inscrite aujourd'hui sur la liste des pensionnaires de la duchesse de Devonshire , j'espère n'avoir plus à redouter les atteintes de la misère. Je n'ai reçu aucune réponse de la lettre que j'avais écrite à la Jamaïque. Plus je réfléchis à la visite de ce M. Finton , et moins je conçois ce qui put le déterminer à venir ainsi , par une fausse amorce , me placer dans le paradis des fous.

Mon fils Henri , revenu de l'Inde , m'offre tout ce qu'une extrême tendresse peut donner de consolations à une mère. Sa fortune ne lui permet point de payer ce que je dois; mais il me donne des secours réglés ; et si le poids de ces dettes éternelles ne troublait pour moi toute félicité, protégée par la meilleure des femmes , objet des tendres soins d'un excellent fils, je me trouverais encore heureuse, quoique dépourvue de santé, et privée du plaisir que je préfère à tous autres , celui de faire de l'exercice.

Tant de petits faits , de détails si dénués d'intérêt , remplissent ces dernières lettres de mistriss Bellamy, que , les ayant beaucoup réduites , je crains encore de ne les ayoir pas assez abrégées.

4l6 MEMOIRES

L'aneodote saÎTanle, relative h un théâtre dont il est si souTent question dans ces Ifémoires , et à des personnes dont plusieurs y sont nommées , m'a paru propre k dédommager le lecteur de particularités insignifiantes que ne rachètent pas des réflexions trop communes.

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