‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 39 sur 110 · TOMB I · texte numérisé non relu

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devenue si économe , que nous ne dépensions pas plus de trois guinées par semaine. Ni mes raisons, ni Tempire que je croyais avoir sur son cœur , ne purent le détourner de son projet. Heureuse , ainsi que lui , si je Pavais em-< porté ! Mais le sort en avait autrement décidé: j^étais réservée à des peines dont je n^eusse pu , alors, supporter la seule perspective. Ce voile, qui enveloppe Favenir, n'est pas le moindre des bienfaits de la Providence : elle dérobe ainsi aux mortels la vue des maux auxquels ils sont destinés , et leur donne la force de souffrir ceux qu'ils n'auraient pas eu d'avance le courage d'envisager.

Retenue par les suites de ma maladie , nous ne partîmes qu'au commencement de février. Une maison meublée nous attendait. J'y trouvai deux ou trois billets de M. Quin. Aussitôt qu'il sut mon arrivée, il me vînt voir : il avait , me dit-il, le plus grand plaisir à m'apprendre que , depuis l'annonce de mon i*etour, on avait fait de fréquentes questions sur mon arrivée , et que les loges étaient retenues pour plusieurs jours. Il était fâché, ajouta-t-il, d'être convenu pour moi d'un prix qui, dans le temps, lui avait paru avan-

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lageox. L'empressement de me voir, que témoignait le public, lui faisait présumer que j^eusse pu faire à mon gré mes conditions. Il m^apprit aussi que lord Tyrawley était en Irlande. Cette nouvelle me fit plaisir, parce que je n'avais aucun espoir d'obtenir de lui mon pardon. Mylord avait déclaré à M. Quin , que , quand même M. Metham m'épouserait, il ne pourrait se réconcilier avec lui, quoique, peut-être , il pût un jour me pardonner. Je connaissais le caractère de mylord , et je ne songeais point à toucher son inflexibilité.

Mon succès , lorsque je reparus sur la scène, surpassa tout ce que M. Quin lui-même m'avait donné lieu d'espérer. La belle mîstriss WofRngton qui, depuis peu, avait quitté le cothurne pour le brodequin , ne vit point sans envie que la faveur publique ne m'avait pas abandonnée.

J'étais obligée de jouer très-souvent. Ma santé, mal rétablie, parut succomber à mes fatigues. Je fus menacée d'une consomption que prévinrent les soins du docteur Thompson, médecin sans grades qui, plus recherché que considéré, passait, parmi les médecins, pourpeu instruit, et, parmi les gens dumonde.

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pour faire beaucoup plus de cures qu^il n^avait fait d'études.

M. Rich mit alors au théâtre une pantomime qu^il appelait the Fair, la plus mauvaise pièce de ce genre qu^il eût jamais faite. Il y introduisit un célèbre danseur de corde , innovation qui déplut extrêmement à M. Quin. Cétait, disait-il, déshonorer un grand théâtre que de Fassimiler à des tréteaux de baladins; il déclara même que , si cela avait lieu , il ne paraîtrait pas dans la pièce qui précéderait la pantomime. M. Rich, comme je Fai dit, était le plus entêté des hommes , lorsqu'une fois il pouvait prendre sur lui de voidoir quelque chose. Il s'obstina , et Ton prépara la pantomime.

Pour faire sa cour à M. Qtiin qui n'avait pas encore rompu ouvertement avec elle , mislriss Woffinglon refusa aussi de jouer. Son refus parut d'autant plus étrange qu'elle avait, disait-on, dans son enfance, servi de contrepoids à madame Violante, la première danseuse de corde qui ait paru en Irlande.

M. Rich craignit que j ?. ne suivisse ces deux exemples. Mais je le rassurai à cet égai^d , et je lui conseiUai de remettre en même temps

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au théâtre, Romeo et Juliette j corrigée par M. Shéridan , diaprés le Caius Marias d^Otway. M. Rich prit ce parti, qui lui réussit; de manière que la pièce eut plusieurs représentations. Il désira que je parusse sur le théâtre dans la pantomime , j ^ consentis ; et je n^ai jamais reçu, dans aucun rôle, autant d^applaudissemens. Le public , en me témoignant ainsi son approbation, fit implicitement connaître aux deux acteurs qui avaient refusé de prendre part à la pantomime , ce qu^il pensait de leur conduite. Mistriss Woffington , à cette époque , ayant manqué dVgards pomr M. Quin , se brouilla arec lui , et partit pour Dublin. Sa beauté suffisait pour lui garantir des succès dans cette capitale.

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