LETTRE XLVII
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Le samedi , mistriss Lane eut la complaMK 9aiice de m^aecompagner au théâtre de Govent- Garden. JY conduisis miss Dives et ses deux frères. A peine étions*-nous assis , tjat j'entends quelqu'un demander où je suis; et à mon extrême surprise , je vois paraître M. Calcraft. Après mille excuses de la liberté qu'il avait prise , il s'assied. Comme nous avions peu de place, il fut obligé de prendre tin des enfans sur ses genoux. Je lui demandai pourquoi il n'avait pas été à Oxford , et si ML Metham était revenu ? Il me répondit qu'une affaire pressante avait nécessité son retour: un courrier qu'on lui avait expédié, l'avait rejoint à Salt-HiU : ses deux camarades de voyage avaient continué leur route.
M. Calcraft étant homme d'affaires , je ne fis point de difficulté de le croire. Comme il ne me venait pas même à l'esprit de le suppo-
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eer assez présomptueux pour avoir sur moi quelques desseins , ou assez vain pour oser rivaliser avec M. Metham , une excuse , pour peu qu^elle eût de vraisemblance , me suffisait. A la fin de la pièce , il nous conduisit à la voiture , et me demanda à' venir à la maison. J'y consentis. Quand nous y fumes , je Pinvitai à souper.
La pièce avait fini tard ; nous ne sortîmes de table qu'à deux heures du matin. On ne put trouver pour mistriss Lane, ni chaise, ni voiture. M. Calcraft ofiî*it sa chaise qui l'attendait; et pendant qu'elle conduisait mistriss Lane , il resta avec moi.
Avant de continuer mon récit , il faut que je TOUS fasse le portrait d'un homme qui doit jouer un si grand rôle dans mon histoire. On rappelait alors l'honnête Jack Calcraft Vous verrez , par sa conduite , quels droits il avait à cette qualification. Il était grand , un peu puissant , avait de belles couleurs, des yeux bleus , et des cheveux chàtaioMS. A tout prendre , il avait une assez belle figure d'homme , et il était bien fait de sa persoime, Mais il avait un air commun , un maintien gauche et maussade. Peu d'hommes , aq
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reste , paraissaient avec quelque avantage à côté de M. Metham , dont la taille était trèsnoble, et les manières très-élégantes. M. Calcraft ne s^en faisait point accroire sur son esprit , ni sur ses connaissances. Il sentait bien que des prétentions en ce genre Fexposeraient au ridicule.
Son père était commis de la ville à Grantham. Le fils avait été élevé dans une école de campagne, et savait lire assez passablement; mais il était grand chiflFreur, et s^entendait à merveille à tenir un registre. Ces talens, joints à une in&tigable assiduité, le conduisirent de Fétat de petit commis , à une immense fortune.
Lorsque noxis nous trouvâmes seuls , la con- Tersation tomba sur la manière inconvenable dont M. Metham, en sa présence, s'hélait conduit avec moi. Il n^ voyait d^excuse que la jalousie qui Pavait occasionée; il déplorait la violence qui avait porté son ami à un excès si funeste pour lui. Cet intérêt apparent pour son ami , ajoutant à Topinion favorable que j'avais de M. Calcraft , je lui crus toutes les bonnes qualités qu'on lui supposait. Prenant en lui confiance, je lui parlai des billets de
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banque qui mWaient été envoyés : je les lui montrai pour savoir si, par récriture de la suscription^il ne pourrait pas reconnaître la personne qui me les avait adressés. Flatté, ditil , de ma confiance , il m'invita fort à faire usage de ces effets ; m'assurant que s'il en eût eu les moyens , il aurait été disposé, dans la circonstance , à me faire le même présent. J'avais, de la générosité, comme de toutes les vertus, ridée la plus exaltée. Je ne doutai point que lord Downe n'eût pris cette mesure pour m'offrir un secours que , dans ma position actuelle , je pouvais ne pas vouloir demander à M. Metham , ni recevoir de lui.
M. Calcraft voulut savoir ensuite si je croyais que M. Metham se proposât encore de m'épouser; à quoi je répondis, sans hésiter, que désormais , s'il m^ofirait sa main, je la refuserais; j'étais décidée, ajoutai-je, à ne former aucune liaison de cette espèce. En ce moment la chaise qui avait conduit mistriss Lane arriva. M. Calcraft prit congé, me demandant la permission de me revoir, que je lui accordai. Je m^allai coucher, sans même me douter que j^eusse commis la moindre indiscrétion
en restant seule jusqu^à une heure si avancée, avec un jeune homme. Je croyais celui-ci sans conséquence; mais d^autres pouvaient en juger difiTëremmenU
Le lendemain était le jour du bénéfice de mistriss Pritchard; je jouais dans cette représentation, n j avait beaucoup de monde sur le théâtre ; et au moment où je me disposais à entrer en scène , un homme pris de vin m'aborda de la manière la plus grossière. M. Calcraft, qui se trouvait là, prit sur-lechamp mon parti. Quelques paroles s'ensuivirent. M. Calcraft, d'un coup de poing, renversa Tagresseur. Celui-ci s'étant relevé, mon champion le força de sortir, parce qu'il avait quelques mots à lui dire. Ils sortirent ensemble, et M. Calcraft, Finstant d'après, étant rentré avec un air très-serein , je crus Taffaire arrangée. Cet incident me donna lieu dépenser qu'il avait pour moi quelque penchant ; je me repentis de l'avoir invitéà un grand souper qui devait se foire chez moi après le spectacle.
Cependant le respectueux éloignement dans lequel il se tint de moi toute la soirée , me fit croire que je m'étais trompée ; et
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comme, pendant le souper, quelques personnes le plaisantèrent sur une dame i laquelle il paraissait attaché , je fus toutp<l-fiiil dissuadée.
Le lendemain matin , jetais allée me promener au parc. Un domestique de M. Metham vint m'y trouver, et me dit que son maître ^ étant arrivé, désirait de me voir un moment chez lui. Il demeurait à deux pas du parc , j'y allai sur-le-champ. Avant d'y arriver, je rencontrai M. Calcraft avec l'homme qui , la veille , m'avait insultée. Il avait exigé de celuici qu'il me fit des excuses , et me cherchait pour me les offrir. Nous entrâmes ensemble chez M. Metham. L'étranger s'excusant gau* chement^ lâcha quelques mots sur les actri*ces, espèce de misérables, que, selon lui, on pouvait insulter sans inconvénient Monsieur, lui dit sèchement M. Metham, cette dame doit être ma femme. Le bon Irlandais, surpris, crut avoir a£^re k un vrai chevalier errant, et s'éloigna sans répliquer. M. Metham avait quelquefois un air très-4mposant, jet propre à intimider quelqu'un de plus hardi que ne paraissait l'être mon agrée-
A peine ce dernier était-il parti , que M. Metham, au lieu de remercier M. Calcraft d'avoir pris ma défense, lui demanda, avec une extrême hauteur, de quel droit ilsMtait avisé de se faire mon champion.
Je ne concevais rien à cette nouveUe bizarrerie : la suite de la conversation me Fexpliqua. M. Metham , ayant été chez moi, avait appris de ma malveillante femme de chambre , le tête-à-tête nocturne que jVvais eu avec M. Calcraft, ainsi que la promenade que celuici avait faite sous mes fenêtres, dans la nuit qui avait suivi notre querelle. Ces détails, ajoutés au retour précipité de M. Calcraft, avaient éveillé la jalousie de M* Metham , et Im avaient persuadé que son ami le trompait. Je ne pus entendre, sans efiroi, cette expUcation ; je m'évanouis. En revenant à moi , j'appris qu^un duel devait en être la suite : le major Burton et le colonel Hajwood devaient servir de seconds. Des événemens subséquens m^ont empêchée de savoir quel avait été le résultat de cette querelle.
Mon bénéfice devait avoir heu le samedi :^uivant. Il me donnait tant d'occupation, que, jusque-là, je ne, vis qu'en passant mes
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deux chevaliers. J^avais choisi Venise scawee; mais je fus sur le point tf être obligée de changer la pièce, par une inadvertance de Timpriineur qui , sur les affiches , avait oublié d^indîquef Facteur chargé du rôle de Jaffier. M. Garritk, ne considérant pas que cette omission ne pouvait faire tort qu'à moi , fut très-^iqué , et me demanda , avec urie tivacité presque grossière, qui aurait, le soir, rhonneur d'être mon mari ? Il m'expliqua , en même temps, le motif de cette qttestioïi, qui me fit d'autant plus de peine, qucf J'étais, comme on Fa vu, médiocrement bieri avdc lui. Je n'arrais , lui répofidi^je , studtftfe Jiatt à cette négligence. Il nVtaif pas dai^ mon caracfète de désobliger personne , et encore moins lui, sur le grand talent duquel je fondais tout l'espoir d^une brillante chambrée. A ce mot, ses traits sVclaircissent, et il me dit en souriant, du même ton qu^il les disait à la scène, ces mots du roi Richard: « Un >i peu de flatterie est quelquefois à propos. » La salle était pleine ; je fus fort applaudie. M. Murray, depuis comte de Mansfield (i),
(i) L'un des plus habiles magistrats qu'ait eu TAngle-