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Pendant que la scène décrite dansina der-* nière lettre se passait dans mon cabinet de toilette , M. Fox , qui avaiit un œil d'*aigle , aperçut lé rôle d^Alzire sur ma table. Je vis qu^il désirait de m^en parler ; mais la compa* gnie , qui survint presque aussitôt après le départ de mistriss Lindsaj , ne lui permit pas d^en trouver Toccasion. Quelqu^un avait, à ma demande , changé plusieurs passages dans la tragédie que je me proposais de jouer pour mon bénéfice, et où lui-même devait jouer le rôle de Zamore. Il avait des talens pour la scène , mais il était meilleur critique qu^acteur; il a quitté depuis le théâtre pour le barreau , où il s'est fait de la réputation (i).
Lorsque le secrétaire delà guerre vint diner, il y avait compagnie au salon : impatient de
(i) M. Mui-phy.
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me parler au sujet de ce rôle d^Alzire , il me pria de lui permettre de m^accompagner un moment dans la pièce voisine. M. Calcraft , informé que M. Fox avait déjà passé quelque temps le matin dans mon cabinet de toilette ^ ne douta pas que je me fusse plainte à lui ^ et que je Teusse instruit de la nature de nos liaisons; citait ce qu^il redoutait le plus au monde, etses soupçons lui parurent confirméslorsqu^il vit le ministre rentrer sans moi , d^un air assez mécontent Lorsque les dames quittèrent la table, ses inquiétudes redoublèrent en voyant M. Fox me retenir par la main y et en Pentendant me dire : a Je vous prie de vouloir bien y Êiire attention. i> A quoi je répondis : « Je nY manquerai pas. »
Le mépris que j Wais témoigné le matin à M. Calcraft Pavait vivement alarmé. Ce n^était pas le regret de m'avoir trompée qui IV gitait ; ce notaient ni le remords , ni rhuma^* nité; il craignait d'hêtre démasqué, de se voir en butte aux censures du monde, et de perdre sa réputation. Mais le temps notait pas encore venu, et ce ne fut que long» temps après que S9 cruelle duplicité fiit découverte.
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San insolence et sa bassesse me Pavaient rendu méprisable, quoique je ne fusse pas encore parvenue à le haïr comme je le hais à présent. Sa passion pour Fargent croissait chaque jour ; et la rapidité de sa fortune lui donnait un air d'^importance qui le rendait ridicule , même aux yeux de ses domestiques^ Il possédait pourtant, à un degré éminent, deux qualités nécessaires à l'acquisition rt à la conservation d^une grande fortune : Tune étaitrart de tenir un livre de comptes;rautre, un jugement profond sur Fàge et le terroir des vins. Il était grand connaisseur en ce genre ; et comme Fenvie de faire sa cour à son patron, et ses liaisons avec moi, amenaient bonne compagnie à sa table , il avait là de brillantes occasions de déployer sa profonde érudition.
Aussitôt que j Vus quitté la salle à manger , lord Melcomb plaisanta son ami, M. Fox, sur la petite familiaritécp^ilavait remarquée entre BOUS. Comme il ne se trouvait ai ce moment que des personnes de conâance, M. Fox répondit que ce qu^il m^avait dit avait trait à quelcpie chose qui les intéressait tous. Il ajouta cpi^ayant des raisons de croire que je connait-
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sais Fauteur d^un morceau inséré dans les papiers publics, parodie très - ingénieuse , très* caustique, annonçant un fonds d^instraction politique , et dont le gouvernement avait en vain tenté de découvrir la source, il avait essayé de m^amener à le lui nommer. Ce qui avait, dit-il, excité ses soupçons, étaient des papiers qui se trouvaient sur ma toilette, et sur lesquels il avait jeté les yeux par hasard.
M. Calcraft, délivré de ses alarmes par cette explication, envoya, d^un ton de maître, chercher le rôle d^Alzire , qui avait fait naitre les soupçons de M. Fox ; mais je refusai absolument de le livrer, ignorant si ce ne serait pas faire tort à Fauteur. Mon refus blessa son or^ gueil ; mais sa seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la première. L^entremise du chapelain ne me trouva pas moins inexorable, et je ne cédai que lorsque je fus bien assurée que ma complaisance ne pouvait avoir aucune suite âcheuse pour mon ami. Cependant Fanxiété de M. Calcraft n^avait pas échappé aux yeux clairvoyans de son patron. Le docteur Francis, qui était dans mes intérêts, Fattribua à la jalousie. Mais le
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reste de la compagnie crut y démêler une cause plus importante , et bientôt après M. Fox saisit Toccasion de m^entretenir sur ce sujet.
Nos succès dramatiques ne furent pas cette année plus brillans que la précédente. Miss Nossiter était de retour dlrlande , où elle n V vait eu que des dégoûts , moins à cause du peu de talens qu^elle avait montré, qu^à raison de rattachement que Ton supposait à Barry pour elle, la femme de cet acteur étant une des plus estimables personnes de son sexe. A son retour, elle s^engagea à Covent-Garden. La mauvaise santé de mistriss Woffington ne lui permit pas déjouer cette saison. M. Smith et M. Ross n'étaient pas des acteurs transcendans; le premier nMtait pas encore aussi habile qu'il Test devenu depuis.
Ma partialité pour miss Nossiter établit bientôt entre nous deux une grande intimité. Malheureuse par son imprudent attachement, cette jeune personne était infiniment plus agréable dans un salon que sur le théâtre. Elle était douce et aimable ; et quand elle pouvait un moment oublier ce qui lui déchirait le cœur , sa conversation était vive et pleine de
Toira I. 27
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saillies. Miss Meredith, devenue ma compagne, était enchantée de la voir, ce qui ramenait souvent chez moi.
M. Rich , fatigué des mauvaises chambrées qui se succédaient, dues aux pièces qu^on jouait alors , entreprit de faire revivre la Prophétesse^ de Beaumont et Fletcher. Son motif déterminant était qu^il pouvait 7 introduire beaucoup de machines, ce qui, comme oq sait, était son grand cheval de bataille. Il imagina, entr'autres raretés, d^ faire paraître nombre de chaises dansantes.
Je ne fus pas fâchée de n^avoir pas à figurer dans cette pièce, d'après l'occupation que j'avais chez moi. L'agence de M. Calcraft avait pris une si grande extension, qu'il ne pouvait plus transcrire toutes ses lettres particulières. Comme j'écrivais fort vite , je me trouvai honorée de l'emploi de copiste du secrétaire de la guerre et de son commis.
Ce nouveau travail me donna plus d'occasion d'être seule avec M. Fox, que je n'en avais eu jusqu'alors. Un soir que nous étions tête à tête, il ramena la conversation sur les circonstances du jour où il avait trouvé mistriss Lindsay chez moi. Il avait observé l'em-
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barras de M. Calcràft, ainsi que les billets dé banque placés près du rôle qui avait attiré ses regards. Ces particularités avaient excité sa curiosité : il n^ignorait pas que ma bonne Cliffort était la trésorière de mes petits fonds , à Texception des émolumens que je retirais du théâtre.
Je Tinformai de tout ce qui sVtait piassé ce jour^là entre M. Calcraft et moi, aussi fidèlement que ma mémoire put mêle permettre. A peine avais-je fini mon récit , qu^il me témoigna sa surprise de ce que Ml Calcraft ne me reconnaissait pas publiquement pour sa femme. Un éclat de tonnerre ne m^aurait pas porté un coup plus terrible; la parole expira sur mes lèvres , et je fondis en larmes. Quand je fus un peu remise , je lui demandai s^il n^avait pas été, et s^il nVtait pas encore un obstacle à cette union? Il m^assura le contraire, et ajouta qu^il avait toujours cru, ainsi que lady Caroline , que nous étions réelle^ ment mariés; sur quoi je lui racontai tout ce qui sVtait passé chez M- Gansel. A ce récit, il parut aussi confondu que je Tavais été moimême. Il me conseilla, cependant , de ne rien laisser transpirer de notre conversation ; je
devais prendre patience , éviter un éclat qui pourrait avoir dans ma situation de ûcheuses suites (j'étais grosse alors) ; il finit par m'assurer que, comme on lui avait fait à son insu jouer un rôle dans cette aflFaire , il pourrait un jour en prendre un de lui-même.
Je témoignai à M. Fox toute ma reconnaissance de Kntérêt quHl me marquait, et promis de me guider par ses conseils, dans un point si délicat. Quant à M. Calcraft, Findifférence que jWais eue pour lui jusqu'alors fit place à Tindignation. Je méprisais sa bassesse; sa duplicité me fit horreur. Nous eûmes heureusement peu d'occasion d'en venir à une explication ; son temps était pris par les affaires , et le mien par mon nouvel emploi et parla société. Mais quelle que fut mon antipathie pour lui, je ne montrai pas moins de zèle aie seconder dans ses occupations.
A cette époque, la popularité de M. Fôx, surtout depuis son opposition à l'acte de mariage , était arrivée à un si haut degré, que sa voiture fut plusieurs jours de suite traînée par le peuple, depuis le parlement jusque dans Conduit-street, M. Grierson, curé dé M. Wilkinson,futla première, et je crois la seule
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victime des dispositions peu sages de cet acte, qui a eu les plus funestes effets sur la société; car c^est aux obstacles qu^il a semés autour des autels de Thyménée, qu^on peut attribuer le nombre scandaleux d^nfortunées qui infestent les rues de cette métropole.
M. Grierson avait violé cette loi en mariant M. Vemon, le chanteur, à miss Poiter, la danseuse , infraction qui le conduisit à Newgâte , et le fit condamner à la déportation. Un soir M. Ridout vint nous voir , et nous apprit qu'ayant été en prison voir cet ecclésiastique , il Pavait trouvé confondu avec les derniers des hommes , et privé même du strict nécessaire. Ce récit émut ma sensibilité; )e résolus de faire les derniers efforts pour venir au secours de cet infortuné. A cet effet , je commençai par prier M. Ridout de retourner sur ses pas , de conjurer en mon nom M. Alkerman de prendre le vieillard sous sa pro-» tection , et de le placer dans une situation aussi conunode que sa détention pourrait le permettre. M. Alkerman se prêta, de la meilleure grâce du monde , à ce que je désirais , ce dont je lui ai toujours su gré , retira le prisonnier dans sa maison, lui donna sa table,
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et prit de lui le plu8 grand soin Jusqu^au moment desoi^ départ. En même temps, nous lui recueillîmes une somme assez forte , et M. Fox lui donna des lettres qui lui assuraient un bénéfice, quand il serait arrivé à sa destination. Mais le pauvre vieillard avait trop souffert pour tirer aucun fruit de ces bontés de M. Fox : les chagiûns , les fatigues du voyage mirent un terme à ses malheurs et à son. existence , avant qu'ail eût touché la côte d^A<^ mérique.
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