‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 94 sur 110 · LETTRE LXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIX

7 décembre 17 — .

Je me rendis le lendemain soir à mon nouveau logement. Il était cher ; et ce qui en augmentait le prix, c^est que la maîtresse de la maison, accoutumée à loger des gens riches, et à les nourrir, me servait avec une magnifîoence que ne comportait nullement ma position.

Le comte Haslang m^envoya Fargent qu^il m^avait promis. «Ty comptais peu désormais, parce qu^il y avait trois mois dMchus. M. Woodward ayant su le vol dont je viens de vous rendre compte, m^envoya, sur-le-champ, une traite sur un imprimeur , dont j^ai oublié le nom. Je la remis, pour en faire toucher le montant, à un domestique que jVvais fait venir de la campagne; simple et honnête garçon qui, pour ne pas perdre ce papier précieux, Fattacha dans un coin de son mouchoir. Mais, s^étaiit arrêté sur une place pu-

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blique à écouter une serinette, il se laissa prendre par des filoux son mouchoir et sa lettre^e-change. Il fallut user de précautions pour empêcher les voleurs d^en profiter. Je le fis ; je n^ai pas ouï dire qu^Us se soient jamais présentes.

Ma santé sVtait rétablie. J^allais souvent à Strand , où les habitans , presque tous pécheurs , me témoignaient une amitié dont jVtais flattée. Je recevais souvent des visites de M. Harris, et quelquefois de M. Leake, qui avait acheté une portion de la part de M. Rutherford , celui-ci ayant été obligé de vendre son quart. L'un et Pautre m'assuraient qu'il ne se ferait point, entre les directeurs , de réconciliation, que ma rentrée dans la troupe ne fût une des conditions.

Bientôt, je renonçai à la vie trop coûteuse de Londres , pour me retirer toutà-fait dans ma champêtre solitude. J'y étais occupée, tranquille; j'y trouvais le temps court, parce que j'aimais à l'employer.

Au bout de quelque temps, un billet de M. Foote m'apprit qu'il était de retour d'Ecosse , où il avait laissé M. Woodward , qui devait revenir dans un ou deux mois. Il ajou-

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lait qu^il semt bien aise de me parler; son petit théâtre était prêt à me recevoir; et si je voulais mY engager , ^j serais reçue à bras ouverts.

Je le remerciai de son ofire : ni ma santé , ni ma disposition d^esprit ne me permettaient de Taccepter. «Pavais perdu ma gaieté, mon courage : mon imagination , jadis riante et vive , était devenue froide et triste. Ainsi dégradée , c[u^eussai-je pu oflfrir au favori de Momus ?

Si le théâtre de Hajmarket avait été alors sur le pied où il a été depuis (i), je ne connais pas un acteur qui, s^il eût pu en supporter la fatigue , n^eût dû , avec plaisir , y accepter un engagement. M. Colman est trèsactif, et nVpargne. aucun soin pour amuser le public. Mais Pînstituteur de ce théâtre ( Foote ) comptait principalement sur son talent personnel et sur les pièces de sa composition; ce qui donnait peu d^occasions à un acteur de quelque distinction d^ figurer avec agrément.

(i) On y joue actuellement pendant Tëtë; les autres théâtres ferment au commencement de juin.

( Note du traducteur. )

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M. Wood^rard, à son retour d1Êcosse,joua sur le théâtre de M. Foote , au grand arantage de celui-ci , qui fit une ample recette. Satisfaits de leurs succès, Pun et Faulre, à la fin de Fêté, allèrent faire en Fraticè un petit voyage. Rien , alors , ne tne retenait en Angleterre. JMlai à Boulogne passer quelques jours dans le couvent où j^avais été élevée. •Teus encore le plaisir à*j toir la trière Saint- François , pour qui j^avais conservé tant de respect et détachement. Des souvenirs toujours chers m^attachaient à cette milison : elle- m^inspirait des regrets toujours nouveaux.

A mon retour en Angleterre, M. Harris, mMtant venu voir , m^apprit que M. Colman était sur le point de se réconcilier avec lés autres propriétaires, et que mon engagement serait sûrement une des conditions du traité. Je ne doutai point qu^uûe promesse si positive ne dût avoir son exécutioii.

M. Woodward, k tjvA yen fis part à soti arrivée, n^en jugea pas comme moi. Il ne voulut pas même bien augurer d'une lettre par laquelle ma mère, nouvellement revenue d'Oxfordshire , me mandait que M. Har-

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ris desirait de jiie voir le lendemain chez elle.

Je m^ rendis de bonne heure. M. Harris y etaix arrive une heujre avant celle qu^il avait indiquée : ce notait p^ par ea;)ipressement de jqne vpir qu^il 1 ^avait devancé^. Son abord uxe présagea de n^^juvaises nouyeiles. Après de froides politesses , il m^apprjlt, avec u;a air embarrassé, que la paix était faite entre les propriétaires. Il avait, ajouta-t-il, proposé de me donner un engagement ;mais M. Leakes ne Pavait pas secondé, et M. Colman avait déclaré qu^il mettrait plutôt le feu à la salle, que me voir entrer dans la troupe.

Je conservai assez de sang-froid pour dire à M. Harris qu'il eût pu se dispenser de me faire venir en si grande hâte, pour m'apprendre une nouvelle aussi peu flatteuse. Il avait pris , dit-il , cette mesure pour me dire que M. Colman désirant dWoir M. Woodward, je pourrais inviter mon ami à ne s^engager qu'à la condition que je serais admise.

Celte proposition me parut une nouvelle oflPense. J'avais trop de fierté, répondis-je , pour entrer attachée à la suite d'un acteur ,

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quel qu'il fiit , et trop de talens pour rester dans une troupe sans j être occupée. M. Harrîs me fît quelques complimens , loua ma façon de penser, et me quitta avec force cérémonies. Trois jours auparavant nous étions amis : une heure de conversation nous rendit aussi étrangers Tun à Tautre , que si jamais nous ne nous «étions vus.

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