LETTRE XCI
9^ dëcemhn 17 — -.
Ayant fait venir mes meubles de StraDd, je m^établis de nouveau dans Brewer<-street Le comte Haslang, lorsqu^il entendit parler de monmalheur, dit cp^il me paierait les meubles démon premier étage, qui revenaient à cent vingt livres, et désira qu^en conséquence je prisse un terme fixepour pajer le tapissier qui les avait fournis. M. Woodward me fit présent de deux beaux dessus de porte, de trois girandoles, d^une beUe grille de cheminée, etc. Presque tous mes amis m^aidèrent, par quelques dons du même genre, à décorer ma maison.
Précisément à cette époque, M. Calcraft mourut On annonça, dans les journaux, qu^il m^avait fait un legs considérable ; mais ce bruit se trouva très-faux ; je n^étais nommée dans son testament, que comme la mère de ses en&ns. Sa moi*t laissa peu de regrelB.
Malgré son immense fortune , il était réduit , par le mépris des honnêtes gens, à ne voir que quelques malheureux qui dépendaient de lui. Ni toutes ses richesses, ni ses magnifiques demeures, ni ses vins précieux, ne purent faire rechercher sa- société par une seule personne de quelque considération. Son commis, son procureur, et probablement quelque percepteur de Texcise, composaient tout le cercle de ses liaisons. Son frère, le général , ne daignait pas le voir. Pour retenir même auprès de lui son commis , il lui avait promis un legs considérable qui se réduisit à cent livres, trait digne de sa générosité ordinaire.
Dans son testament, il n^avait riea laissé à sa femme, et ne Pavait pas même nommée : oubli par suite duquel elle obtint le tiers des biens de son mari , aussi bien que de sa fortune personnelle. Chacun applaudit à son succès , et personne ne s^en réjouit plus sincèrement que moi ; car j^avais su que cMtait une femme très-estimable.
Au jour désigné pour payer mon tapissier, jemandai au comte que je devais faire ce paiement à quatre heures : son secrétaire et
M. Tuffnal étaient avec moi, lorsque je reçus la réponse écrite sur le quart d'aune feuille de papier, et cachetée au coin, comme un billet du matin. Voyant , à Touverture , qu'elle commençait datis la formule ordinaire du comte : « Je m'étonne que vous n'obteniez » pas d'engagement, etc., )^ je supposai que tout était du même style , et n'imaginant pas qu'il pût y avoir rien de précieux dans un billet de cette forme, je le jetai au feu. M. Kilkroff me dit en plaisantant : Est-ce ainsi que vous traitez vos billets doux? Ce n'est rien moins, répondis-je; c'est un subterfuge pour éluder l'accomplissement d'une promesse.
Pendant que je réfléchissais à ce procédé du comte , son portier vint me dire qu'il attendait une réponse. Je n'en aVais point, disje, à faire sur un sujet si rebattu. Le portier revenant sur-le-champ, me dit que mylord était surpris de ce que , du moins , je n'accusais pas la réception de son billet. Je n'eus pas plutôt entendu ce mot de billet, que je m'écriai : Je suis perdue! je suis perdue ! je l'ai brûlé. Chacun de nous resta pétrifié.
Le portier, enfin, retourna vers son maître; mais deux ou trois heures après, je reçus d^un banquier de la cité, nommé, je crois, Nightingale , une promesse de payer la somme de cent vingt livres, si tel biDet de banque ne paraissait point de-là à un an et un jour. Il sVtait heureusement trouvé que le comte, le même jour , étant seul et de loisir , sVtait amusé à prendre note des numéros de plusieurs billets de banque qu^il venait de recevoir, précaution qu^il n^avait jamais prise auparavant II m^a assuré depuis, qu^il ne concevait pas pourquoi Vidée lui en était venue,
M, Woodward m^avança les fonds ; le tapissier fiit payé. El comme le billet brûlé n^avait garde de paraître, Targent, à la fin de Tannée , fiit remis à M. Woodward.
L'entrepreneur Gordem me pressait d'*aoquitter Tenterrement de ma mère. Je cher* diai à emprunter^ pour les hii payer, les quarante guinées qu'il me demandait A cette occasion, quelqu'un me recommanda un jui^ ' fifMtimé Cohan, qui promit de me trouver, dans quelques jours, de l'argent sur mes
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billets. Pour les rendre plus négociables , il demanda que je lui fisse deux billets séparés , payables à son ordre, et à différentes échéances. Ne connaissant rien à ces sortes dWaires, et n^ayant , sur Thonnéteté de cet homme , aucun soupçon, je fis ce quHl voulait; per-> suadée que j^allais ainsi me procurer de Tar^ gent pour payer le mémoire de M. Gordon, je lui fis dire que je Tacquitterais la semaine suivante.
Huit jours sMtant écoulés sans que j^entendisse parler de mon juif, j^envoyai chez la personne qui me Tavait indiqué. Je sus alors que mon petit Isaac avait disparu ; et je n'en reçus aucune nouvelle , jusqu'au moment où Ton me demanda le paiement des billets. Ce genre d'escroquerie , malheureusement très-commun, appelle toute la vigilance de la législature. Des billets ainsi surpris, sont passés à des marchands qui peuvent jurer qu'ils en ont fourni la valeur : et quoiqu'on ne l'ait pas reçue, on est obligé de la payer. Bien d'autres que moi ont été dupes des artifices de ces préteurs de profession, qui s'annoncent dans les journaux avec un si grand étalage.
Les exécuteurs testamentaires de M. Davy reprirent alors, contre ceux de M. Calcraft, le procès intenté à celui-ci. Ces derniers eurent la maladresse de m^inviter à me joindre à eux contre moi-même, c^est-à-dire, contre ceux qui m'avaient prêté de Fargent. On peut croire que je le refusai, fêtais même déterminée à les poursuivre. Je voulais , à cet eflPet, consulter M. Wedderbume ( depuis lord Loughborough), pour savoir ce qu'il avait pensé du procès, et ce qu'il y avait à feire pour le soutenir. Mais je manquais d'argent pour payer cet habile jurisconsulte.
Lord Huntingdon , qui autrefois avait été de mes amis, était depuis peu de retour eu Angleterre. Sa générosité m'était bien connue. Je lui écrivis pour lui faire part de mon besoin , et de mes moti&.
Mylord vint, sur-le-champ, me voir, et me fît présent d'un rouleau contenant une somme très-supérieure à ce qu'exigeait la circonstance. Il était accompagné d'un de ses parens, qu'il avait envoyé, quelques momens auparavant, m'annoncer sa visite. Cette particularité est nécessaire à l'intelligence de quelques faits postérieurs.
Cependant, M. Gordon avait gagné contre moi son procès, et menaçait de faire exécuter le jugement; et comme un mal vient rarement seul au même moment^ on me signifia la copie de deux sentences prises sur des billets que jV vais remis à Cohan; pour mVchever, on me demanda le paiement d^une traite qu^avait tirée sur moi mon fils Henri, qui était en pays étranger.
Pressée par tant de besoins, j^employai à en satisfaire une partie, Fargent que m^avait donné mylord Huntingdon. Il ne tarda pas à le savoir. M. Wedderbume, auquel il demanda ce qu^il avait pensé de mon affaire , répondit quHl n'en avait aucune connaissance; ce qui notait pas étonnant, puisque, d'une part, on ne lui en avait pas parlé, et que , de Fautre , les exécuteurs de M. Davy ne l'avaient pas intentée sous mon nom.
Lord Huntingdon , offensé de mon appa<* rente duplicité, m'écrivit une lettre de reproches , que son parent m'apporta. Je m'empressai d'expliquer à celui-ci ce qui s'était passé. L'intérêt que je semblais mettre à me Justifier, et l'éloge répété que je faisais de
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mylord, donnèrent à son émissaire Toccasion de me laisser voir qu^il soupçonnait son parent d^avoir été j^àis mon amant Je rassurai qu'ail n^ea était rien , et que c^était ce qui me rendait plus chère la marque de bienveillance qu^ilmWait donnée. Mon interlocuteur, déconcerté, me dit alors d^un air trèssurpris : « Cela tend le cas très-différent; » et sortit en ajoutant quelques mots que je ne cominris point.
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