‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 97 sur 110 · LETTRE XCII · texte numérisé non relu

LETTRE XCII

4 janvirr 17 — .

Je vous ai dit , je crois, que lorsque je quittai Parliament-street , lord Tyrawley avait pris mou fils Henri Calcraft, et Pavait plaoé dans une académie, près de Greenwicfa. Il aimait beaucoup cet enfant, qui annonçait de grands talens , et le vit à regret se destiner au service de la marine. A la mort deson père, il quitta cette profession, prit des numières élégantes, et ne voulut plus rien iaire.

Lord Tyrawley mourut à peu près dans ce temps. Cet événement mWecta moins quand il arriva, que lorsque sa maladie me Favait fait prévoir : la mort, dans la situation à laquelle il était réduit, était pour lui plus précieuse que la vie.

Miss O^flara, en m^apprenant cette mort, m^annonça Tenterrement pour le dimanche suivant. Mylord avait demandé que son corps

fut dépose à Phôpital des invalides de Chelsea, parmi les braves vétérans qui si souvent avaient combattu sous ses oi'dres. Ne supposant pas que le gouvernement voulût bien s^oo cuper de ses obsèques, il avait ordonné qu'elles fussent très -simples , et qu'on donnât une guinée à chacun des soldats qui suivraient son corps. Miss O'Hara, pour suivre à la lettre ses dernières volontés , prétendit qu'il n'était question que des invalides qui avaient réellement combattu sous son père. Il ne s'en trouva de vivans que vingt-six , et ceux-là seuls furent avertis.

Supposant que Tenterrcment avait été fait au jour indiqué , je pris le deuil. Quelques jours après, j'avais chez moi beaucoup de monde; nous aperçûmes, du salon où nous étions, un corbillard magnifiquement orné de trophées et d'écussons, qui sortait de chez l'entrepreneur, au coin de Golden-square. Quelle 'fut ma surprise lorsque sur les écussons je reconnus les trois lions noirs de lord Tyrawley ! Extrêmement touchée , je fondis en pleurs, je ne pus soutenir de près ce spectacle , dont, de loin, l'idée m'avait peu affectée.

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Je SUS alors que le gouvernement, pour honorer la mémoire de mylord , avait oflfert un enterrement public, et que la fille chérie du défunt, sous prétexte de fidélité à ses ordres , avait refusé cet honneur. Il eût satisfait sa vanité; mais il effrayait son avarice , parce que, si la cérémonie proposée avait eu lieu, tous les militaires de Phôtel auraient suivi le corps et eussent eu droit à la demi-guinée.

Mes deux fils, George Metham et Henri Calcraft, vinrent à cette époque en Angleterre. Le premier, distingué par son courage et sa conduite, avait été promu, dans son corps , au grade de capitaine. Le second , livré malheureusement à une femme méprisable, s'était jeté dans le désordre. Son généreux fipère non-seulement s'engagea pour lui , mais il lui prêta les fonds nécessaires pour acheter une commission dans le régiment où lui-même servait, et qui était employé dans l'Amérique septentrionale. Dans l'intervalle, George, nommé à un emploi à la Jamaïque, partit pour sa destination, ne doutant point que son frère ne se rendit bientôt à la sienne; mais celui-ci, entraîné par la femme qui le dominait, la suivit en France, y fut mis en prison

pour dettes, et y resta jusqu^à ce que M. William, un des exécuteurs de M. Calcraft, allât Fen retirer. Doublement affligée, j'^étais inquiète pour la vie de Fun , et alarmée des extravagances de Fautre.

L^incommodité de M. Woodward ne pouvait plus se cacher; une chute qu''il avait faite au théâtre Fobligea d^avoir recoursà M. Bromfield, qui conçut peu d^espoir de le guérir. Quelque temps auparavant, m^annonçant qu^il était dans Fintention de me laisser tout ce qu^il possédait, excepté Fintérét de quelque argent placé dans les fonds publics dont il voulait donner Fusufruit à son frère , il mVvait demandé qui je lui conseillais de prendre pour exécuteur testamentaire; et je lui avais indiqué M. Ward, en qui je prenais, avec raison, toute confiance. Il fit en conséquence son testament

Mais ici ma mauvaise fortune ne m'^aban- ^onna pas. M. Woodward avait transigé pour son procès avec Barry, et avait pris de celui-ci des billets payables d'^année en année : il pria M. Ward de faire assurer la vie de Barry, dont la santé était aussi chancelante , mais que Fob ne croyait ps» en danger. Un commis , chargé

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par M. Ward de celte opération, négHgea de se procurer la police d^assurances, et Barry mourut. M. Woodward, mécontent de ce qu'on n'avait point suivi son ordre, et ne pensant point qu'il eût été difficile de faire assurerune forte somme sur la vie d'un homme infirme, s'en prît à M. Ward; il ne voulut plus le charger de l'exécution de ses dernières volontés. Quelques jours après , il pria l'un de ses voisins, nommé Comish, de vouloir bien être son exécuteur testamentaire, et surle-champ fit venir son procureur pour changer son testament.

En m'instruisant de ses motifs, il m'invita à* choisir un second exécuteur. Je fus affligée de ce changement; mais il ne me convenait pas d'insister. J'indiquai M. Bromfield.

Je connaissais peu ce dernier; mais j'avais pour lui beaucoup d'estime et de considération : je n'ai point changé de sentiment; et quoique j'aie eu beaucoup à me plaindre des exécuteurs de M. Woodward, je suis encore persuadée qu'ils ont cédé à des impulsions étrangères.

Je transcris ici le testament de AL Wood- M'ard, pour que vous puissiez juger enlrc^.

moi et ceux auxquels il avait confié mes intérêts (i).

« Au nom de Dieu, amen. Je, Henri Woodward, de Chapel-streel, Grovesnor-place , dans la paroisse de Saint-George, Hano versquare, dans le comté de Middlesex, sain dVsprit, de mémoire et d^entendement, fais et publie mon testament et acte de dernière volonté, ainsi qu'*il suit :

» Premièrement, je veux et ordonne que les dépenses de mon enterrement et mes dettes légitimes soient entièrement payées et acquittées , ainsi que les frais d'^homologation de mon testament.

)) Item, je donne à William Bromfîeld , Esq., cent guinées , et mon anneau d^onyx ; et à mon voisin, M. Mason Comish, vingt guinées pour un anneau.

» Item^je donne à mon amie George-Anne Bellamy , ma montre d'or , ma chaîne et mes cachets ; comme, aussi ; mon argenterie , mes

(i) J'ai pensé quW pourrait lire avec quelque curiosité ce testament : les formes légales des actes importons de la vie font une partie intéressantades mœurs d*un peuple.

( Note du traducteur, )

bijoux 9 mon linge, ma porcelaine, et tous les meubles de la maison que j^occupe en Chapel-street.

» Item ; je donne à mes exécuteurs ci-après nommés , et au survivant d^iceux , ainsi qu'à leurs exécuteurs, administrateurs, et survivans d'^iceux , sept cents livres dans les trois pour cent consolidés , qui sont placées en mon nom dans les livres du gouverneur et de la compagnie de la banque d'Angleterre ; ledit legs en fidéi-commis aux fins et usages ci-après expliqués : savoir, à la charge de recevoir l'intérêt, les dividendes, et le produit de ladite somme, et de lespayer aux époques où ils sont dûs et payables, à mon frère John Woodward, fabricant de chandeUes, Cripple-gate, à Londres, pendant sa vie naturelle; et immédiatement après son décès , à la charge de Vendre lesdites sept cents livres dans les trois pour cent consolidés, et d'en employer le produit à l'acquisition d'une rente viagère placée en leur nom et à leur choix, pour et durant la vie naturelle de George-Anne Bellamy. Je veux , entends et ordonne expressément que mesdits exécuteurs fidéi-commissaires , et le survivant d'iceux, perçoivent de terme en

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terme, par quartier, et aux échéances où ils seront dus , les arrérages de ladite rente viagère, et les paient eux-nnêmes à ladite George- Anne Bellaxny , dont le simple récusera pour eux, à chaque terme, une décharge suffisante. Cest de plus mon intention expresse que cette rente viagère ne serve qu^à Tusage seul de ladite BeUamy , que Fargent en provenant ne puisse être par elle vendu, ni transporté, ni chargé du paiement de ses dettes, non plus quWecté aux dettes ^ ni soumis au pouvoir ou à la disposition dVucune personne qu^elle pourrait, par la suite, épouser; et en cas de décès de ladite G.-A. BeUamy, antérieurement à mon frère John Woodward , à la charge , immédiatement après ledit décès, de transporter ladite somme de sept cents livres à mondit frère, ses exécuteurs, administrateurs, ou cessionnaires.

» Je donne et lègue à mes exécuteurs ciaprès nommés, toutle reste et surplus des biens que je posséderai au temps de ma mort, quelque part et de quelque nature qu^ils soient, à la charge d^en disposer et de les vendre le mieux et le plus tôt possible après mon décès j et avec les fonds en provenant^ acheter en lear

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nom et à leur choix une rente viagère pour et durant la vie naturelle de ladite George- Anne Bellamy.

» Je veux, entends et ordonne expressément que mes exécuteurs fidéi-commissaires, et le survivant d'iceux , reçoivent de terme en terme, par quartier , aux échéances où ils seront dus , les arrérages de ladite rente viagère, et les payent eux-mêmes à ladite George- Anne Bdlamy , dont le simple reçu sera pour eux , à chaque terme, une décharge suffisante. C'est, de plus, mon intention expresse que cette rente viagère ne serve qu'à Tusage seul de ladite Bellamy; que l'argent en provenant ne puisse être par elle vendu, ni transporté, ni chargé du paiement de ses dettes, non plus qu'affecté aux dettes, ni soumis au pouvoir ou à la disposition d'aucune personne qu'elle pourrait , par la suite, épouser.

)» Et enfin , je nomme, désigne et constitue le susdit William Bromfield , Esq. , et ledit Mason Cornish, exécuteurs et fidéi-commissaires de mon présent testament; révoquant tout testament antérieur que j'aurais précédemment fait, et déclarant que celui-ci est

ma dernière rolonté. En témoignage de ({uoi, je susnommé Henri Woodward y ai apposé à mon présent testament ma signature et mon sceau, ce 20 janvier. Tan de notre Seigneur 1777.

» Signe Henri Woodwakd.

)» Signé, scellé, publié et déclaré par ledit Henri Woodward, comme étant son dernier testament, en présence de nous,

» AnnePiTT,E, Willet.

» N' 89 , Wardour-8treet-Soho. »

Rien nVtait plus clair que ce testament^ rien nVtait plus positif que la volonté exprimée par le testateur , de me donner sa fortune; il était, ce semble, impossible d^eluder les effets de cette disposition; et cependant, par Inapplication inconcevable quW en a faite, je n^en ai encore retiré aucun avantage. Si , du fond de sa tombe , mon généreux ami pouvait voir comment on a perverti ses intentions, son cœur bondirait dlndignatioo. Mais n^anticipons pas sur les événemens.

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