‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 3 sur 91 · VJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VJ INTRODUCTION

jour par Fainitié, et, pour la première fois livrée à la multitude qui acquiert tout droit de la juger. Ces senlimens qu'elle exprimait naguère avec tant de volupté et d'une voix si douce, ces accens qui la soulageaient en sortant de sa bouclie et de son coeur, combien il doit lui en coûter de les répandre aujourd'hui ! Combien il lui est difficile de songer à des expressions tragiques, lorsqu'elle ( st tout occupée de ce public qui l'entoure, qui la presse, qui l'assiège de ses regards et de son attention! Tous les débuts ont cette difficulté, qu'il faudrait oublier le public la première fois qu'on le voit , et que le jour où il faudrait pouvoir le plus , on peut le moins. Mistriss Bellamy parut tremblante et s'évanouit plusieurs fois. La multitude, qui n'est rien, et veut être quelque chose , est si fière d'intimider, qu'elle récompense la peur qu'elle inspire. Sans entendre mistriss Bellamy , qui ne put jamais élever la voix pendant les quatre premiers actes , (;lle la couvrit d'applaudissemens. Au quatrième, (*nfîn , la jeune débutante, aguerrie, échauffée par son rôle , déploya des moyens inattendus , <;harma Tauditoire , ravit le bon M. Rich , qui fut dédommagé de son énergie d'un jour, elle désarma surtout son ennemi M. Quin,quidevintaussitôtson protecteur et son soutien , et demeura depuis son plus fidèle et son plus généreux ami.

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Il n'y a rien qui réussisse comme le succès. Un pareil début dut amener des suites brillantes , et valut bientôt à la fille de lord Tyrawley des amitiés illustres et de hautes protections. L'Angleterre ne se conduit point comme nous envers les artistes dramatiques ; elle ne flétrit pas les talens qu'elle aime le plus , et elle n'exclut pas des sociétés ceux qu'elle a couverts d'applaudissemens sur la scène. Chaque famille écarte ses enfans d'une profession périlleuse ^ mais elle estime , elle honore ceux qui, une fois consacrés au théâtre , y ont conservé une conduite honnête et pure. Les plus grandes dames se font protectrices d'une jeune débutante, la reçoivent dans leur société , la placent à côté de leurs filles, secondent ses bénéfices et ses succès, et font par bienveillance ce qui , de la part des hommes , semblerait inspiré par l'amour ou la galanterie. Pour moi , qui ne fais honneur qu'à la nature et aux circonstances du caractère des individus et des peuples , qui apprécie leurs avantages divers , mais qui suis toujours prêt à leur contester des mérites dont ils sont trop fiers , je ne vanterai pas trop l'Angleterre de cette espèce d'équité envers une classe particulière de la société. Cette Angleterre , si fîère, si dédaigneuse , si brutalement injuste envers la France , et qui , dans des journaux du dixneuvième siècle , a le mauvais goût de traiter

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une nation rivale avec l'aveuglemenl et la fureur d'un parti ou d'une secte , cette Angleterre se vante trop de ses avantages pour qu'on ne lui montre pas à quoi ils se réduisent. Les Anglais , a dit l'un des hommes les plus sages entre tous ceux qui ont écrit sur les nations étrangères , les Anglais , s'ils ne sont foux de la folie générale , le sont de mille folies particulières. Il est vrai qu'il y a chez ces fiers insulaires beaucoup moins do conventionnel que partout ailleurs. Dès le bas âge, on soigne chez eux la nature, on prétend ne la gêner en rien : dans les arts, ils la vantent avec outrance, et la transportent telle quelle dans leurs peintures. Aussi ne séparent-ils pas le comique du tragique, le trivial du sublime \ et ils sont privés d'idéal dans les arts ainsi que dans les mœurs. S ils n'ont pas la morgue des pays à usages , ils manquent de tenue et de dignité malgré leur extérieur froid et contenu. Ainsi, le célèbre Fox , quoique ministre, joue et s'enivre ; le peuple fait ses élections au milieu des orgies. Chez eux , en un mot , il y a moins de contrainte extérieure, et c'est à cela peut-être qu'est due l'équité apparente avec laquelle ils traitent certaines classes de la société. S'ils n'ont pas la vanité de la mode , ils ont celle de la bizarrerie ; et leurs plus grands écrivains , coaime Sterne , se tourmentent pour être originaux. Vivant eniiu

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