‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 4 sur 91 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

SOUS un climat qui leur donne le besoin des liqueurs et des émotions fortes , ils s'enivrent, et veulent voir expirer sur la scène une grande parlie des personnages d'une tragédie. Il faut que leurs acteurs se livrent à des mouvemens violens et convulsifs. Ainsi , mistriss Bellamy eut la plus grande peine à se faire pardonner un ton plus simple. Je ne nie pas les grandes qualités que la nature mêle à tous ces défauts : mais quand un peuple ne veut voir que le mauvais côté d'autrui, il faut lui montrer le sien. Je sais que tout change aujourd'hui , que les provinces , les royaumes tendent à l'uniformité par leurs communications réciproques : mais enfin voilà comment étaient les Anglais à la fin du siècle dernier.

C'est au milieu d'une société pareille que se montra mistriss Bellamy. Les protectrices ne lui manquèrent pas , et on en voit autour d'elle de tous les caractères •, s'il en est d'excellentes , il en est une, la duchesse de Queen'sberry, qui se plait à rabaisser en obligeant, et, après une humiliation, aime à étonner par des bienfaits imprévus. Les amans se joignent aux amies. Mistriss Bellamy , d'après tout ce que les contemporains nous ont appris, n'était point exactement belle : sa taille était moyenne *, mais elle était pleine de grâces : elle avait un bras et une main dont elle faisait vanité , et surtout un son de voix enchanteur. Une

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