‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 53 sur 91 · J1'1 MEMOIRES · texte numérisé non relu

J1'1 MEMOIRES

ce jour-là , profiter de ma compagnie , parce qu^il avait trop de choses à faire.

Je lui demandai quelles affaires il avait de plus qu^à Fordinaire. Il me répondit quMl ne voulait pas trahir le secret de son maître, quoique celui-ci le méritât un peu pour ne le pas emmener, comme il le lui avait promis. Je ne fis pas d^autres questions , dans la crainte qu''on ne me confiât quelque chose sous le sceau du secret; car votre excellence sait qu^ln Espagnol a trop d^honneur pour divulguer une chose confiée à sa discrétion.

— Et que supposez - vous que soient les motifs , ou que doivent être les conséquences de ce départ secret du marquis?

— Une révolution , mylord , répliqua FEspagnol; et si votre excellence ne se presse pas d'aller avertir Fimpératrice , et Finformer de ce que je viens de lui dire , il sera trop tard pour Fempécher. Je sais tous les détails ; mais il ne m'^est pas permis de vous en dire davantage. Au reste , si je vous trompe , vous pouvez disposer de ma vie.

Mylord, d'après ses propres observations , et quelques autres avis qu'il avait reçus ,

Di: VIISTRISS BELl.A^lY. 'Vi[]

soupçonnait bien que quelque grande inlrii>ue elait en mouvenienl. Après avoir encore sonde FEspagnol, il crut reconnaitre que cet homme avait reçu, sous le sceau du secret , des confidences quMl ne jugeait pas à propos de révéler.

La voiture était prête : lord Tyrawley, malgré Finconvenance de Theure et la rigueur de la saison, se rendit avec FEspagnol au palais de Fimpératrice. Son caractère d'*ambassadeur d"* Angleterre le fit admettre sur-le-champ ; mais Fimpératrice sembla douter du fait jusqu^àce que FEspagnol fût introduit. Celui-ci donna des preuves si convaincantes de tout ce qu^il avait dit , qu''il n^ eut pas moyen de douter de ses assertions. Sa Majesté parla alors dVnvoyer, pour prévenir la conjuration, un corps de troupes qu'elle nomma, a Non , lui dit FEspagnol , il » faut au contraire vous assurer de ces gens ; » ils sont , en ce moment , en armes contre » vous. )) Ce fut pour elle un trait de lumière. C'était une partie de sa garde ; et son favori Wall en était colonel. On envoya surle-champ quelques soldats pour arrêter le marquis de la Chétardie; mais il était déjà

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parti; et quoique poursuivi de près, il échappa. Cependant, il nWait pas eu le temps de soustraire ses papiers : on sVn saisit, et on les porta au palais. Le régiment suspect fut trouvé sous les armes ; ce qui confirma sa trahison. La perfidie du comte fut démontrée ; mais par un reste de rattachement qu ^Elisabeth avait eu pour lui , elle épargna sa vie , et se contenta de Texiler en Sibérie. Tous ceux qu^il avait gagnés furent mis à mort. LMmpératrice prit à son service FEspagnol , qui s^appelait Rosa de Sylva , et le récompensa magnifiquement. Les présens quVlle fit à cette occasion au lord Tyrawley, quoique d^une très-grande valeur, eurent moins de prix à ses yeux que Tamitié dont elle Ta honoré tant quVlle a vécu (i).

'^i) La mémoire de mistriss Bellamy paraît ici l'avoir mal servie : lord Tyravvdey n'a pu faire un récit oii les noms, les époques et les faits sont intervertis et défigurés.

BestuschefF, en 1740 , sous la régente Anne , fut compris dans la disgrâce du fameux Biren et exilé en Sibérie.

La Chétardie était arrivé en Russie cette même année, comme ambassadeur de France ; il y resta jusqu'en 1742 , et en partit à cette époque, comblé des faveurs d'Elisabeth qu'il avait aidée à monter sur le tronc.

Tl revint eu 1745 avec le même titre. BestuschelT, rap

pelé par Elisabeth , était devenu son ministre favori. Vendu à l'Autriche , et craignant l'influence de l'ambassadeur de France, il résolut de le perdre. Dans ce dessein , il fit assassiner un courrier que la Ghétardie envoyait en France par la Suède , présenta à l'impératrice une fausse interprétation des dépêches saisies, et obtint ainsi qu'elle renvoyât l'ambassadeur.

BestuschefF fut lui-même disgracié en 1768 , et exilé auv environs de Moscow. {Note du traducteur.)

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