‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 58 sur 91 · ME3I0IRES · texte numérisé non relu

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fus d^abord si surprise , que je savais à peine ce qui se passait : lorsque je pus me reconnaître, je sentis que Famour excusait le ravisseur, et je ne pus trouver dans mon cœur ni résistance ni colère. Le coupable n'avait pas compte sur tant d^indulgence. Tremblant et pâle , il attendait les expressions de mon ressentiment : d^autres transports le saisirent en voyant qu'il ne recevait que celles de ma tendresse.

La voiture nous conduisit à une maison meublée dans Leicester-Street , dont la maitresse, mistriss Studwick , me prêta quelques vêtemens. J'ai appris depuis qu'au théâtre les spectateurs , ennuyés de la longueur de l'entr'acte, avaient témoigné leur impatience de la manière ordinaire. Le bruit avait fait sortir de sa loge M. Quin. On appelait de tous côtés lady Fanciful ; elle ne se trouvait point. On sut alors qu'un véritable enlèvement , si l'on peut donner ce nom à un départ sans contrainte, ne permettait pas de continuer la pièce. Il n'était plus question que d'en instruire le public : c'est ce que fît M. Quin , qui jouait le rôle de Sir John- Brute ^ en apprenant aux spectateurs que

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lady F anci fui venait de qmiier Heart-Free pour un amaul fait tout exprès pour elle (^i).

Mille sentimeris contraires , qui se partageaient mon cœur, écartèrent, pendant quelque temps , toutes réflexions. Elles vinrent enfin amères et confuses. Tantôt je blâmais ma faiblesse, tantôt je me reprochais le moindre doute sur la loyauté de mon amant. Les journaux ne tardèrent pas à publier Taventure qui , grâce aux propos antérieurs de mistriss Woffington , ne causa pas une grande surprise.

Je ne devais plus songer à regagner les bonnes grâces de lord Tyrawley. Attaché depuis peu au char de ma rivale, il avait reçu d^elle de nouvelles préventions, et était moins disposé que jamais à la clémence.

M. Metham était désormais convaincu de mon attachement. Le sien sembla sVn augmenter : il me présenta à sa sœur , mistriss Dives , et à tous ses amis. Ses égards pour moi , son extrême tendresse, ne permettaient à personne de douter qu'il n'eût le projet de m'épouser.

(i) Expression de lady FancifuI dans la première scène.

Ma mère, de chrétienne y^i^r^, était devenue méthodiste. Dans Taustërité de sa régénération, elle était trop sainte pour me pardonner une pareille faute. JMcrivis à miss O'Hara qui, sur-le-champ , m''envoy a mes vétemens et mes bijoux. Mais ma mère , supposant que le protecteur que je venais de choisir ne me laisserait pas manquer dVrgent, garda prudemment le mien, pour se consoler de mon absence. J^imaginais que mon départ me vaudrait un beau -père; cependant M. Crump retourna sans femme en Irlande, et le capitaine Johnson resta Tagent de lordTyrawley.

M. Quin nVvait jamais approuvé le projet quVvait mylord de me marier avec M. Crump ; mais celui-ci , jugeant des motifs de son ami par sa propre conduite , lui avait fait entendre qu^il le soupçonnait de prendre à moi un intérêt personnel ; observation qui avait fermé la bouche à cet homme respectable. Il me manda que , par égard pour mylord , il ne pouvait me voir en ce moment ; mais qu^il viendrait me faire une visite en Yorkshire , où il supposait que nous irions dans Fautomne.

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Je voyais plus souvent que jamais mon aimable amie miss Saint-Léger; elle recevait en secret des soins du major Burton , intime ami de M. Metham : elle m^honorait d^autant plus volontiers de sa société , que, suivant ce que lui avait dit le major, M. Metham était très-décidé à mVpouser, assurance qui contribua beaucoup à me tranquilliser : je fondais d'ailleurs mes espérances sur la haute idée que j'avais conçue de Fhonneur de M. Metham; mais malheureusement je ne connaissais pas son humeur capricieuse. La femme imprudente qui confie son sort à la probité d'un amant , n'a pas seulement à craindre sa perfidie ; elle court toutes les chances de la légèreté , de la mauvaise honte. <( Jupiter , )) ont dit les hommes, se rit des parjures des » amans. )>

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