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fictifs que nous admirons dans les romans nous frappent , parce que tous les traits y sont mis en saillie ^ je ne sais s'ils n'ont pas plus d'intérêt dans les Mémoires où ils ont l'effet de la réalité^ c'est, du moins , là qu'il faut les étudier , comme dans la nature elle-même. L'avarice basse, l'astuce perfide, n'a jamais été mieux caractérisée qu'ici , ni plus frappante par son opposition avec un caractère noble, élevé et généreux. Mistriss Bellamy, dès ce moment, est supposée l'épouse deCalcraft ^ sa maison devient splendide, et on y voit la réunion de loutce que l'Angleterre possédait de plus remarquable.Pleine de goût et de politesse, elle attire autour d'elle un cercle brillant , se livre à son penchant pour la dépense, et devient le centre d'une société politique où se discutent les intérêts de l'Etat; ellemême étudie Puffendorff et Grotius ; avec un esprit actif et étendu, elle ose se mesurer à tous les sujets, mais par simple curiosité, sans prétention, et seulement pour comprendre les hommes qui l'entourent. Le compagnon de sa vie, Calcraft, se chargeait des agences de tous les généraux ou chefs de régimens absens. Mistriss Bellamy, par ses relations , par son activité , lui procurait une rlientelle immense, et lui ménageait ainsi les moyens de faire une vaste fortune. Elle dépensait tous ses revenus du théâtre , allait au-delà , dans l'espoir que Calcraft, qui était en partie l'objet de
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ces dépenses , qui en profitait lui-même , fournirait au paiement deses dettes : mais Calcraft , qui mettait peu de prix aux grâces de sa compagne , profitait , en attendant , de la faveur qu'elle avait Fart de lui obtenir. Pour elle, d'une conduite irréprochable pendant la durée de cette union, elle se livrait au penchant de son cœur, secourait la famille de Calcraft lui-même qu'il abandonnait , réparait secrètement ses concussions, et recommandaitlesmalbeureux aux hommes puissans dont elle était adorée. A ses côtés, on voit un ami constant , et fait pour honorer cette femme charmante; c'est Henri Fox, long-temps secrétaire de la guerre , père du célèbre Charles Fox , et déjà en lutte avec le père de Pitt ou lord Chatam. Ce noble et vertueux ministre , plein de douceur et de sens , préparait alors l'éducation de son fils, dont il fit un homme supérieur, sans pouvoir en faire un homme tempérant. On verra ici tout ce qu'il faisait pour l'habituer d'avance à être fidèle à sa parole , et comment un père sage, bienfaisant et juste , préparait un fils qui fut généreux et grand.
Mistriss Bellamy était douée du caractère le plus facile : endettée , elle s'endettait encore pour un caprice ou un bienfait. Elle était l'une des meilleures écuyères du royaume. On verra même rindigne Calcraft profiter de cette circonstance
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pour mettre ses jours en péril. Elle aimait les chevaux, et faisait seulement pour ses équipages une dépense considérable. Dans les momens même où elle était le plus pressée , un malheureux à secourir, un service à rendre , lui faisaient oublier tous ses engagemens. Mais alors elle avait devant elle un avenir immense •, plusieurs amies lui avaient assuré leur héritage ; ses gains au théâtre étaient de plus en plus considérables, et la fortune de Calcraft, grâce à ses soins, se grossissait tous les jours. Tout est si facile dans la jeunesse, et pendant le premier mouvement du bonheur ^ tout semble venir à nous et s'offrir comme de soi-même *, les applaudisseniens , les amitiés , la fortune. Il arrive enfin le jour où tout se retire, où il faut courir après les choses qui nous fuient, et les atteindre avecdes forces usées. L'indigneCalcraft irrite enfin mistrissBellamy, et elle se décide à l'abandonner, au grand étonnement de ceux qui les croyaient époux. Elle se retire chargée de dettes , refuse d'user d'une loi nouvelle , au moyen de laquelle elle eût pu s'acquitter, et forme le projet de payer ce qu'elle devait avec le seul revenu de ses travaux. Mais un attachement nouveau, des voyages, un reste d'enivrement , de succès et de dépenses achèvent de la ruiner ^ et, lorsque l'enthousiasme du public est passé , elle se trouve accablée de dettes etsansmoven de fournira son existence.