‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétés (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Un souvenir, — Ma fêie à l'allée des Veuves. — L'n impromptu. — Les choses à double usage.— Philippe escamoteur.

Kn avançant dans ma causerie avec ies lecteurs indulgens qui ont bien voulu prendre part à mes joies et à mes tribulations, et qui se sont peut-être intéressés à ma vie d'artiste et à ma vie privée, je m'aperçois que j'ai oublié beaucoup de choses qui auraient pu grossir mes chapitres.

J'en faisais l'observation à un auteur de mes amis.

11 me l'éponrlit par une citation, en m'engageanl à ne pas trop allonger mon ouvrage.

— Croyez-en Voltaire, qui s'y connaissait,

me dit-il : "" / *-

Qui ne sait se borner, ne sut jamais écrire. Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.

Cependant je ne puis résister au désir de vous raconter un petit épisode «le mes temps heureux.

On aime à se reporter en imagination vers les époques de ses plaisirs et de ses succès.

Ce fut lors de ma seconde rentrée aux Variétés, au moment où j'y brillais dans d'excelîens rôles, et où ma liaison avec Félix*** seni-

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blait devoir m'assurer un bonheur durable.

J'ai dit qu'à cette époque j'avais loué un joli appartement, rue du Mont-Blanc, dans la même maison que Félix. J'étais fort aimée de mes camarades ; je voulus profiter de l'occasion de ma fête pour pendre la crémaillère, comme on dit vulgairement, et inaugurer mon nouveau logement. Je fis donc une invitation à une grande partie des artistes de notre théâtre et à quelques uns des auteurs qui m'avaient témoigné le plus d'intérêt et d'amitié.

Mais je ne me doutais pas de la surprise qui m'attendait.

Félix me dit que nos deux appartemens réunis ne seraient pas suffisans pour recevoir

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uae aussi nombreuse compagnie, et qu'il voulait que cette fête eût lieu à la campagne.

M me demanda la permission de s'occuper lui-même de tous les déiails, ce que je lui accordai très volontiers.

Le jour venu, nous montâmes en voilure, et nous arrivâmes aux Champs-Elysées, allée des Veuves. Je crus qu'il me conduisait chez un des traiteurs de ce quartier, dont les grands établisseniens, ornés de jardins, reyoivent des noces et des réunions nomi^reuses de toute espèce.

?ious arrivons à la porte d'une très jolie liiaisoi], qui n'avait nulicmenl l'air de celle d'un traiteur.

Nous descendons ue voitui-e; la grille du

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jardin s'ouvre, et j'entends une symphonie à grand orchestre, exécutée par les musiciens de notre théâtre.

Ma surprise augmente, lorsque des voix, sortant de tous les bosquets, chantent un chœur, et que je reconnais celles de tous mes camarades.

Puis, tout d'un coup , Bosquier-Gavaudan sort de derrière une touiîe d'arbres, vient à moi, et me présente un bouquet, en chantant sur l'air des Prétendus :

Je viens présenter mes hommages A la dame de la maison !

Tous mes camarades paraissent eu m' offrant aussi des bouquets, et répétant en chœur :

A la dame de U maiison !...

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