‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétés (volume 2)Chapitre 17 sur 23 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Il me sembla reconnaître au passage la plupart de ces couplets, et môme les scènes de la pièce; enfin, je la reconnus tout à fait.

Celait une pièce de circonstance, faite pour madame la du(.'hesse d'Angoulême, et à laquelle on n'avait cliangë que quelques mots.

Je n'en lus pas moins enivrée de l'encens <lu'on venait de m'offrir.

Cependant je ne m'expliquais pas comment on avait eu l'idée de me faire l'application des hommages destinés à une princesse.

Aubertin me donna le mot de l'énigme.

Un auteur, quelque peu paresseux et que je ne nommerai pas^, avait été chargé par mes amis de composer une petite pièce pour ma

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fôte, el il avait promis; mais promettre et tenir sont deux.

r^'ayaiiL pas rencoiiirë son collaborateur habituel, qui était à la campagne, il manqua de parole : peut-être manquait-il d'esprit quand il fallait en avoir tout seul, Bref, le vaudeville ne fut pas fait.

Aubertin eut l'idée de jouer la pièce qui était sue, et voilà coanne l'encens, destiné aux Tuileries, vint fumer dasis l'allée des Veuves.

Je ne suis pas la seule pour hujuelie on ail fait servir la même chose deux fois.

Un feu d'artifice, préparé j^our Napoléon et remis au magasin par Ruggieri, fut îiié pour Louis XVIII.

Beaucoup de chansous, fabriquées pour le roi de Rome, n'ont-elles pas ëgaleraeni servi pour le duc de Bordeaux?

D'autres couplets, composés pour les réunions des gardes-du-corps, ont été chantés dans des banquets de la garde nationale.

Les décorations, les tentures et autres objets que l'on conserve au Garde-Meuble et dans les magasins des Menus-Plaisirs, et dont on avait fait usage sous Louis XVI, ont été employés dant les fêtes de la république, dans celles de l'empire et aux cérémonies de la restauration.

On m'a assuré que le char funèbre qui avait transporté Louis XYlIl à Saint- Denis, avait traîné la Liberté au Champ-de-Mars, la

déesse de la Raisoîi à Notre-Dame et Voliairo au Panthéon.

Quelques draperies de diverses couleurs déguisent la carcasse, qui est toujours la même ; et quand tout cela est ôté et remis en magasin, on ne voit plus qu'un charriot vul-

Lorsque celui qui avait été orné pour conduire le cercueil royal revint rue Bergèie, chargé de toutes les décorations mortuaires entassées pèle-méle , on lisait dessus eu grosses lettres : Service des menus plaisirs du roi.

Ainsi va le monde. Tout y est spectacle, comédie ; il ne faut pas voir le derrière des coulisses, si l'on veut conserver l'illusion.

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Revenons à ma fête.

Les madrigaux destinés à une princesse venaient de servir à une actrice des Variétés. Ils avaient sans doute été bien payés la première fois ; on me les donna pour rien : je les eus pour ce qu'ils valaient.

A la comédie succéda l'illumination, les verres de couleur, les transparens. Mon jardin était devenu nn séjour de féerie, un Tivoli. Chaque bosquet m'offrait une surprise. Dans l'un, Joly montrait la lanterne magique ; dans l'autre, Legrand disait la bonne aventure; dans un troisième, Philippe jouait des gobelets et faisait des tours de cartes. Il excellait dans ces exercices, et y joignait le talent du ventriloque.

Ce bon gros Philippe, cet excellent Jovial, qui possède encore une verve si entraînante, aimait beaucoup à se transformer en escamoteur.

Il y avait peu de temps qu'il avait épousé mademoiselle Volnais, charmante actrice re tirée du Théâtre-Français.

Il nous racontait avec une naïve bonhommie la fête de son mariage.

a J'avais l'air, nous dit-il , d'un seigneur de château.

» La noce se faisait dans une très belle maison de campagne que possédait ma femme, h quelques lieues de Paris.

» Outre la société qui prenait part à la fête, T. m, 15

nous avions invité tous les paysans du village, pour lesquels on avait dressé des tables dans le parc , et qui devaient animer et embellir notre bal champêtre.

» Ce mélange du beau monde et des villageois formait un charmant contraste , un tableau pittoresque extrêmement piquant.

» Lorsqu'on fut sorti de T église , et en attendant l'heure du dîner, les dames allèrent s'occuper de leur seconde toilette.

» Les paysans se premenaient dans le parc, ils attendaient avec impatience le dîner et le bal.

» Voyant le désœuvrement de ces bonnes gens , je me me dis : — Il faut pourtant les occuper.

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» J'appelai mes domestiques , et je fis apporter sur la pelouse, devant le château, une table et tous les ustensiles d'escamotage dont je me servais dans mes tournées départementales.

» Tous les paysans m'entourèrent. Je commençai par des scènes de ventriloque qui firent beaucoup d'effet.

» Ensuite je fis passer des muscades, que je tirais du nez des jeunes filles , je coupai des mouchoirs ; enfin, je fis des tours que M. Comte m'aurait enviés.

» J'arrivai aux tours de cartes, dans lesquels je puis me vanter d'être assez adroit.

» Enfin , j'amusai pendant plus de deux

heures mes vassaux, qui étaient enchantés et qui se tordaient de rire.

» J'avais véritablement l'air d'un seigneur de village ! »

Voilà comme ce bon Philippe comprenait la féodalité.

Lorsque Philippe se retira, il monta dans sa voiture, et offrit à un de nos auteurs, qui demeurait dans son quartier, de le reconduire. Cette voiture était un briska, derrière lequel monta son domestique. Il tenait les guides et le fouet, lorsque, se retournant, il dit à son grand laquais : A rhôtel ! Il fouetta ses chevaux et mena lui-même sa voiture.

Quant à nous, nous dansâmes jusqu'au jour, et, comme il n'est pas de bonne fête sans

lendemain, on ne se quitta qu'après un déjeuner qui répara les fatigues de la veille.

Hélas!

Ils sont passés, ces jours de fête.

Ils sont passés, ils ne reviendront plus!

L'opéra comique dit de grandes vérités^

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