‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétés (volume 2)Chapitre 21 sur 23 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Une noce chez Deflieux. — La famille d'une danseuse. — La caque sens loujoms le hareng. — Collection de caricatures. — La confusion des langues. — Un jeune poète. — Le robinet du gaz. — Allons-nous-en, rjcns la noce.

Les empires de théâtre sont sujets aux révolutions comme tous les autres ; mais depuis quelque temps les règnes y sont bien moins longs qu'autrefois.

L'année 1839 vit succéder h la direction de

M. Dumanoir, aux Variétés, celle fie MM. Jouslin de Lasaile, Leroy et Opigès, qui fut inaugurée par un grand succès d'argent et de vogue, oii j'eus ma part, avec Odry, dans les rôles de M. et madame Picpus, de la Canaille.

Plus tard la scène changea encore, c'est-àdire l'administration du théâtre des Variétés; elle arriva dans les mains de M. Nestor Roqueplan, mon bon et spirituel directeur d'aujourd'hui.

Avant de terminer mes Mémoires , je veux encore un peu entrer dans la vie commune , dans les observations de mœurs ; mais il me faudrait la plume de feu cet excellent Pigault- Lebrun, pour vous faire ici le tableau d'une noce à laquelle je fus invitée , et qui, selon moi, mérite bien, une menlion particulière.

DE MADEMOISELLV: FLORE. 25 î

C'est une chose iaconnue h la société que l'intérieur d'un ménage et d'une Ihmille d'artistes. Il y a là un mélange de personnages de toutes sortes de classes et de difTérens états , qui forme les contrastes les plus bizarres; c'est souvent parmi les danseuses que les disparates sont les plus étonnantes , témoin cette déesse de l'Opéra, à qui jadis un jeune marquis disait : — Ma chère, vous devriez chasser votre insolent portier. — J'y avais bien pensé , répondit-elle ; mais, monsieur le marquis , c'est mon père.

Un perruquier, dont la jeune et charmante fille , figurant dans les chœurs de l'Opéra , mademoiselle V.... a eu l'avantage d'appartenir, sous la restauration, à un prince du

sang, recevait d'un de ses amis des félicitations sur cette liaison illustre.

— Oui , dit le perruquier; mais le prince n'est pas généreux. Cela allait beaucoup mieux du temps du maréchal B... ; nous touchions exactement nos deux mille francs par mois.

Cependant , il faut tout considérer, et, si le prince paie mal , il nous en revient bien plus d'honneur!

La noce à laquelle je fus invitée était celle de la sœur d'une danseuse de l'Opéra.

La mariée était couturière et le marié garçon tailleur dans le magasin d'habillemens de l'Académie royale de Musique.

La danseuse demeurait dans la même mai-

son que moi et y occupait un très joli appartement au premier. C'était un riche banquier qui la protégeait. Elle crut devoir m' engager à la cérémonie nuptiale et au repas qui eut lieu chez Deffieux, sur le boulevart, à l'entrée du faubourg du Temple.

Je ne pus pas assister à la bénédiction nuptiale, parce que j'avais une répétition générais pour une pièce qu'on devait jouer le lendemain; mais le soir, heureusement, j'étais libre.

Je me rendis donc chez le restaura teur^ à l'heure indiquée pour le dîner; j'arrivai u;ne une des premières : il n'y avait encore q;ue quatre personnes , deux hommes et deu x femmes.

Page 1