‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétésChapitre 3 sur 17 · j j]ÉMOiP.r.s · texte numérisé non relu

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M. Joiibois, qui avaiiir.îo rose h la bouche, l'ôla pour soui'ire ctmontrei' deux dénis longues qu'il portait à l'anglaise. Il fredonna £'?îfaîit chéri des dames, et ine lança un coup d'œil assassin.

— Soyons sage, reprit Volange. Des mœurs, et point d'infidélités à madame Jolibois, votre légitime !

Madame Joli bois était la duègne, qui lui donna un coup d'éventail^ en disant :

— Eugène, que je vous y prenne !

— Voilà notre fine soubrette, mademoiselle Zémire, continua Volange en me montrant une petite femme dont la physionomie pointue avait l'air assez égrillard, et dont les cheveux d'un l)load ardent étaient peignés à l'enfant.

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Quand à Celui-ci , dit encore Volange^ en frappant sur l'épaule d'un petit homme à la' mine spirituelle, je l'ai gardé pour le dernier, et ce n'est pas sans raison.

Emile Cottenet , élève de mon père, et qui a fait avec lui ses dernières caravanes, est notre factotum. Il joue tout : comiques, caricatures, sérieux, tragiques, bouffons ; parle en vers en vers et en prose, chante l'opéra et le vaudeville.

C'est lui qui taille , rogne et raccourcit les

ouvrages , quand il y a plus de rôles que nous

ne sommes d'acteurs.

, i.-^tiilmoit dsb ôir.'j 1 . . . ,

Il nous fait aussi des pièces et des couplets

de circonstance , analogues aux villes où nous

passons: c'est un sujet précieux.

.'6 MI^MOIRV.S

(]e fui là que je lis la connaissance d'Emile Cottenet, qui en effet ne manquait pas d'esprit et de talent; il a joué depuis à la Porte-Saint- Martin , au Gymnase , et il a été mon camarade au Vaudeville.

Quant à moi, dit Volange, tu m'as vu à l'œuvre, tu me connais; je suis le digne fils de mon père : c'est faire mon éloge en deux mots.

Le bol de punch était fini. — Je payai la dépense.

Je demandai une chambre à M. Touchard, qui tenait avec son café des Comédiens, un petit hôtel garni. Le départ étant fixé au lendemain , j'allai me reposer des fatigues de la

journée , et in étourdir sur la nouvelle carrière que j'allais parcourir.

Le sort en était jeté ; je me livrai au hasard.

Le lendemain, j'allai faire quelques emplettes, pour ne pas manquer de ce qui pouvait m'être nécessaire en voyage, et lorsque je revins avec un commissionnaire qui portait une malle , mes cartons et un sac de nuit, je trouvai à la porte de Touchard une espèce de guimbarde dans laquelle mes camarades étaient déjà emballés.

— Arrive donc, chère amie ! me cria Volange du plus loin qu'il m'aperçut ; nous t'attendons. Les paquets sont sur la voilure, et les artistes dedans. Mais que vois-je? Tu es

femme de précaution ; tu as à toi seule plus de bagages que nous tous.

J'ai apporté les brochures que j'ai prises chez Barba , ajouta Volange ; nous étudierons nos rôles en route , car nous coucherons ce soir à Pontoise , et j'espère bien que nous y débuterons après-demain.

Yolange me fit placer entre lui et Emile Cottenet.

La duègne avait près d'elle son Colin.

La soubrette était entre le financier et le premier rôle.

M. Touchard, sur sa porte, nous souhiiita un bon voyage.

En route, postillon ! cria Yolange.

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Une sorte de charretier monta sur son siège, fit claquer son fouet ; la voiture commença à nous cahoter, et nous partîmes pour Pontoise.

— Allons , me dis-je, h la grâce de Dieu !

La vie est un voyage, Tâchons de l'embellir ; Jetons sur ce passage Les roses du plaisir.

C'est ce que je fredonnais dans la patache qui nous roulait assez brutalement sur le pavé de Pontoise.

Les, chemins de fer. n'étaient pas encore inventés, dans ceteaips-là.

Au train dont nous conduisaient lesdeux Rossinantes qui nous traitaient, nous devions hardiment faire nos sept lieues en huit ou dix heures.

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Cependant, en véritable Parisienne, je n avais jamais quille la capitale que pour aller le dimanche à Romainville ou à Saint-Cloud, et mon plus long voyage avait été celui de Meudon.

Mon imagination se plaisait aux objets nouveaux que j'allais voir.

Je dévorais l'espace.

Lorsque nous eûmes dépassé Saint-Denis et que je vis la vallée de Montmorency, les jolis paysages qui s'offrirent à ma vue me parurent délicieux , et j'aurais certainement éprouvé des impressions de voyages, si celte sorte de chose avait déjà été découverte.

Nous descendîmes enfin h Ponîoise, et ma-

demoiselle Zémire, notre soubrette, qui probablement avait peu voyagé aussi, dit au conducteur: — Ah ! voilà la rivière.

— Oui mademoiselle , répondit celui-ci ; c'est l'Oise.

— Ah ! dit-elle, à Paris, nous appelons ça la Seine.

îî paraît qu'elle avait peu étudié la géogra- [>hie.

Nous descendîmes à l'auberge du Grand Vainqueur, qui ne me parut pas la plus brillante de la ville. Elle était dans un faubourg et avait une assez mince apparence; mais Volange nous dit que nous y serions très bien reçus, attendu qu'il y était connu.

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Je ne puis me dispenser de yous parler <!c l'enseigne.

Yous croyez peut-être , à la signification, l'ell^ représenlî rie ou Napoléon?

qu'ell^ représentait Tiirenne, le grand Frédé-

Point du tout; elle était ainsi figurée : 0 grand 20 et un cœur.

Cela me donna une idée très avantageuse de Tesprit des habitans de cette ville, et je fus persuadée que les pièces du répertoire de Brunet y seraient très bien reçues.

, .;[,! d - r Mais notre directeur savait mieux que moi

ce qui convenait aux amateurs de Pontojse.

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Nous devions faire notre ouverture par un

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spectacle capable d'attiier la foule , et il avait choisi trois pièces de genres différens.

Voici l'affiche :

Par permission de M. le maire.

« La troupe de M. Volange fils, passant par celte ville pour se rendre dans les plus importantes de la France et de l'étranger, où elle est attendue et désirée, donnera, aujourd'hui, une représentation de :

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