‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétésChapitre 5 sur 17 · PYGMALION · texte numérisé non relu

PYGMALION

Scène niélodramatique de J.-J. Rousseau, philosophe de Genève, auteur de là Nouvelle Héloïse, qui a fait verser tant de larmes aux cœurs sensibles.

M. Floricourt remplira le rôle de Pygma-

Dî: MADKMOl-EM.r. Ki OP.E. .'i5

lion, et le jouera iTiuie manière toiU à fait historique.

Le rôle de la statue sera rempli par mademoiselle Flore, avec le costume modelé sur celui de mademoiselle Georges , du Théâtre- Français.

Cette brillante soirée dramatique^ qui doit faire époque dans la ville de Pontoise, sera terminée par :

LA FÊTE DE CAMPAGNE ou l'intendant comédien malgré lui.

Comédie -proverbe, l'un des chefs-d'œuvre de feu Dorvigny, que la mort vient d'enlever récemment aux Muses, qui pleurent sur sa tombe.

Dans cette pièce, M. Yolange fds, succès-

/jô MÉ.VIOÎKK.S

seiir cle son père, remplira ierôie créé par ce célèbre coiiiédieii, dont la réputalion n'a pas besoin d'éloges, cl changera sept fois de costumes, de caractère et de physionomie avec la célérité la plus extraordinaire.

Messieurs les militaires et messieurs les enfans nés à Poutoise ne paieront que demiplace.

L'orchestre sera composé par messieurs les amateurs de la ville. »

On voit que, dès le début de la troupe , je devais paraître dans deux pièces.

Heureusement que je savais la romance de Joseph, que tout le monde chantait à cette époque.

Quant au rôle dé la statue dans Pygmalion/

DE MAD.MOlSELÎ.E FI,OKE. hl

il n'avait pas été long à apprendre, puisqu'il ne se compose que de ces quatre répliques : — Moi. — C'est moi. — Ce n'est plus moi. — Ah ! encore moi.

Nous n'en sommes pas encore à la représentation, qui ne devait avoir lieu que le lendemain de notre arrivée, afin d'avoir le temps d'exciter la curiosité des habilans de la ville.

L'hôte du Grand Vingt (^œwr, amateur passionné de comédie , reçut Volange à bras ouverts.

— Nous voilà donc revenu dans notre ville?

— Oui , monsieur Gorenflot , et avec une troupe formidable. — Ce n'est pas comme la dernière fois, que nous n'étions que quatre. —

Huit sujets du plus grand talent! — Cinq lioirimes el liois femmes ! — Un réperlo'n-e varié en tous genres. — Des costumes plein les malles que vous voyez. — Depuis longtemps Ponloise n'aura vu dans ses murs de plus magnifiques représenlalions ! — J'y resterailantquenous serons agréables à cette belle cité. — Talma, qui est en voyage, m'a promis que s'il passait par ici pendant que nous y serons, il s'arrêterait pour nous donner Hamlet et Manlius.

— Que me dites-vous là ! Pon toise sérail honorée de la présence de M. Talma ?

— S'il ne vient pas , vous aurez M. Floricour, qui ne lui cède en rien dans le tragique, et moi , Volange , qui vaux à moi seul toute une troupe comique.

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— Oui ; mais nous aimerions bien M. ïalnia!

— Quant aux femmes, voici mademoiselle Flore que l'on voulait engager aux Français, mais que la jalousie de mademoiselle Duchesnois a décidée à faire son tour de France.

Je me disais tout bas : — Quel Volange nous avons là !

— C'est délicieux !... Que vous arrivez bien! Seulement, je vous dirai que Ton vient d'abattre notre salle de spectacle.

— Ah! diable!

— Elle menaçait ruine î

— Il fallait bien vile en construire une autre.

— C'est égal !... faute d'une abbaye, les moines ne manquent pas.

— Vous retournez le proverbe.

— Il le faut bien.

— Mais s'il n'y a pas de salle de spectacle, où jouerons-nous?

— J'ai votre affaire. — Une grange superbe. — Les foins ne sont pas encore rentrés. — Elle peut tenir deux cents personnes à l'aise.

— Mais un théâtre ! des décorations !

— Tous les rideaux de mon auberge et mes deux paravens sont à votre disposition. — Toutes mes tables feront un plancher. — Tous mes bancs et ceux de l'école primaire asseoiront les spectateurs.

— Diable! diable!

— Mon voisin Bolichon, le menuisier, vous arrangera tout cela en un tour de main. Vous lui donnerez un billet gratis pour lui et sa famille.

— C'est contrariant.

— Du tout ! cela amènera du monde dans mon auberge. Je fournirai les rafraîchissemens.

— C'est bien ! nécessité n'a point de loi. Nous nous contenterons de la grange.

— Je vais vous conduire chez le nouveau maire, un homme charmant, mon voisin, qui adore aussi la comédie, et qui va vous délivrer tout de suite votre permission.

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— Allons donc chez le maire î

— C'est un bourgeois qui est riche, ma foi, un ancien marchand de veaux ; vous savez que les veaux sont la renommée de Pontoise . lia cabriolet, et, comme sa maison n'a ni cour ni remise, je reçois son cabriolet dans ma grange.

— Peu m'importe, allons le voir ! — Ah ça ! vous avez de quoi nous loger ?

— Sans doute ! seulement, je vous dirai que dans ce moment j'ai pas mal de rouhers qui vont sur la route de Picardie ; mais il me reste deux grandes chambres : nous mettrons les hommes dans l'une et les dames dans l'autre. — Les mœurs seront à l'abri, car je tiens aux mœurs! Marguillier de ma paroisse!... mem-

bre (lu conseil municipal ! cousin du maître d'école ! — je tiens aux mœurs ! — Ah ! monsieur Volange, je suis enchanté que le théâtre soit en démolition, pour avoir la comédie dans ma maison !

J'écoutais tout ce dialogue avec la surprise d'une personne qui n'a aucune expérience des voyages et des chances d'une treupe ambulante.

Cependant j'avais lu le Roman comique de Scarron^ et je pensai que nous aurions pu lui fournir la matière d'un nouveau chapitre.

Je n'étais pas au bout.

Il fallut nous résigner à prendre un logement en commun, comme l'aubergiste nous y forçait.

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Les hommes montèrent dans leur chambre, sans paraître étonnés de cet arrangement auquel ils semblaient habitués.

Je montai avec mes compagnes de voyage dans celle que l'on nous destinait, guidées par une grosse servante, qui nous dit qu'elle allait nous apporter nos bagages.

Quel logement!... comparé à celui que je venais de quitter dans mon charmant ermitage de Meudon...

Figurez-vous une espèce de grenier, orné de quelques meubles délabrés, tapissé d'une tenture à personnages du temps du roi Dagobert.

Sur la cheminée, un miroir de dix-huit

pouces carrés, enchâssé dans un trumeau à baguettes jadis dorées, et surmonté d'un tableau de bergerie.

11 n'y avait dans cette chambre que deux lits, et je n'avais pas envie d'en partager un avec une de mes nouvelles compagnes.

Je demandai à la servante si l'on ne pourrait pas me procurer un lit de sangles.

Cette fille me répondit qu'elle ne pouvait m'offrir que le sien, et je le retins en lui promettant de le bien payer.

Je lui mis une pièce d'argent dans la main, et cet arrangement parut lui convenir beaucoup.

Quelques momens après, le lit fut apporté.

et l'on monta nos bagages. La duègne témoignait beaucoup d'humeur; je crus que c'était d'être séparée de son mari.

Je m'étonnai que cette femme, d'un certain âge, eût un mari si jeune. Elle le comblait de soins, de prévenances : il avait Tair d'y être très sensible, et d'avoir pour elle tous les soins et les égards que l'on a pour une personne qu'on aime tendrement.

Quand à mademoiselle Zémire, elle paraissait assez résignée, et elle disait gaîment que dans la vie il fallait savoir s'accommoder de tout.

Je pris mon parti, et, en attendant l'heure du repas et le retour de notre directeur, je me mis à causer avec mes camarades, et à

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leur faire des questions sur la vie que nous allions mener.

— Vous êtes jeune, me dit la duègne, et consëquemment vous avez peu d'expérience ; t,i la mienne pouvait vous être utile, j'en serais bien aise, car vous me paraissez une très bonne personne. Si vous le voulez, je vais vous raconter mon histoire, cela vous fera passer le teuifis et vous offrira peut-être quelques leçons dont vous [courrez profiler, ainsi que notre autre camarade.

Je lui témoignai que cela me ferait plaisir, et elle commença le récit que je vais transcrire.

Je le trouvai si intéressant, que je l'engageai à l'écrire. — C'est fait, me dit-elle, et si

VOUS voulez en prendre copie, il ne tient qu'à vous; je vous en confierai le manuscrit.

Je profitai de la permission ; et maintenant qu'elle n'existe plus, je crois, sans indiscrétion, pouvoir communiquer cette histoire au public.

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