SECONDE LETTRE
^u Journal de Paris,
Messieurs ,
Après le succès que vient d'avoir la superbe tragédie de Pjrrhus, de Crébillon ; après l'estime qu'elle s'est conservée dans le public , ou est un peu surpris de trouver dans le Mercure du samedi lo de ce mois, à l'article Comédie fra?içaise y « En ne la comparant (la pièce de Pjrrhus) qu'à une des tragédies de son auteur, comme Rhadamiste ou Electre ^ on est obligé de convenir que c'est un des plus faibles drames qu'il y ait au théâtre, ou l'un des moins intéressans. » Si la pièce n'était pas imprimée dans les OEu^res de Crébilloriy si la simplicité attachante du sujet, si l'énergie du style , si la beauté mâle des caractères n'étaient pas connus et avoués de tout le monde, quelqu'un de plus digne que moi se ferait sans doute un devoir de venger
DE MOLE. in
Crdhilloii de la rigueur de M. de Chamois; quant à moi. Messieurs, je me borne à défendre la vérité sur des faits qui sont à ma plus intime connaissance, et, au hasard de révéler le secret de la comédie, j'en vais dire un qui laissera la meilleure opinion du sort qu'a éprouvé cet ouvrage. Il est dit au Mercure^ parlant de Pjrrhus : u On l'a remise, et les représentations en sont désertes ; » ce qui suppose d'une part un cours de représentations, et de l'autre un abandon fâcheux de la part du public. Or, voici la vérité : la pièce n a pu être jouée que deux fois, une à Paris, et l'autre à la cour, la santé de M"*" Sainval cadette s'étant affaiblie au point de ne pouvoir la continuer; à la première représentation à Paris, il n'y avait qu'environ quinze cents livres de recette, et cela peut-être par une erreur du journal qui avait annoncé le Pjrrhus de Thomas Corneille; à la seconde, il y avait près de deux mille livres , et là elle fut interrompue. Que le public réduise maintenant à sa juste valeur, «On l'a remise, et les représentations en sont désertes. » Je ne parlerai point du plaisir qu'a fait cette pièce à la cour; je ne dirai point par qui elle avait été choisie pour y être jouée; sur cela seul
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on en prendrai l peut-être une meilleure idée que celle que M. de Chamois en avait voulu laisser. S'il me demande pourquoi je relève cette erreur , je lui répondrai tout naturellement que c'est d'abord par amour pour la vérité, ensuite que c'est par un sentiment de reconnaissance bien légitime pour le grand homme qui a fait le superbe rcMe de PyrHms, auquel j'ai dû de nouvelles bontés du public, ainsi que l'occasion de lui réitérer les preuves de mon zèle; et j'ajouterai à M. de Chamois que quand on veut mériter sa confiance, il faut au moins lui rendre un compte exact de ce qui se passe sous ses yeux. J'ai l'honneur, etc.
ÉPITRE ^R CHARNOIS,
jiélors rédacteur du Journal des Spectacles ^ et depuis gendre de P résille.
Connaissez-vous Tindiviclu Qui fait le Journal des Spectacles ? — Non : mais apparemment c'est quelque homme connu
Que du théâtre on a nommé l'oracle ;
Quelque homme instruit , sage , éèlairé .
Pour les talens de flammes pénétré ,
DE MOLE. IQ
Qui les honore et les aime et les guide , Qui d'après le bon goût et la raison décide; Quelque homme impartial , prudent , quelque faiseur, Ou pour le moins (jucique vieil amateur, Quelqu'un enfin fait pour instruire Le peuple à bien juger et l'acteur à bien dire. — Point du tout; rien de tout cela.
Celui qui fait ce journal-là, Est un jeune important , fat , sans expérience , Bien sot , bien plein d'insuffisance , Bien ignoré j bien ignorant, Sans titre aucun pour juger le talent, Petit-maître du coin , chaland de bouquetière, Depuis quinze ou vingt mois cabaiant au parterre, Commis d'ailleurs à deux fois cent écus , Qui , les trouvant trop exigus , Obtint par le crédit de notre ami Préville,
Homme en projets saugrenus très fertile, L'honneur d'être nommé journaliste malin , Pour épouser après la fille de Crispin.
Ainsi , tremblez , ô vous dont le génie A tout vivifier et s'exerce et se plie! Vous dont les grands succès l'un sur l'autre entassés , Attestent des talens par l'usage exercés! Pour établir cet innocent ménage ,
Chacun de vous aura sa page, Oii vos défauts , si souvent rachetés Par de grands traits, d'étonnantes beautés. Et dans l'ensemble et dans le caractère , Seront jugés , repris , placés devant derrière, Mal définis , supposés : c'est égal :
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C'est pour le mal qu'il dit qu'on s'abonne au journal 11 faut vivre, on le sait. Beau-père et bc Ile-mère Seront seuls exceptés du devoir de bien faire; Et l'on voit que déjà l'espoir du premier ban Lui fait dissimuler le sec de la maman , Sa froideur , son ton pigrièche , Sa gaîté dure et son amour revêche; Que , par respect pour elle encore, il trouve bon Le jeune , le charmant, mais novice Reymon. Passé cela , tremblez ; vos talens mis en pièce Meubleront les époux nouveaux, pièce par pièce. Pleure, mâle Lekain ; tes défauts réunis Leur fourniront le linge , les habits , La Vestris leur tapisserie , Et la Sain val leur batterie.
Les glaces, aux dépens du pauvre Bellecour, Répéteront leur chaste amour ; Mais j'oubliais — Ah I misérable , Un lit , un lit pour ce couple adorable 1 Eh parbleu, faut-il tant chercher?
Mole , c'est son ballot , fournira le coucher.
( Les Après-Soupers de la Société , Théâtre lyrique. )