‹ Mémoires de MoléChapitre 33 sur 85 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le pouvoir de la peinture est fort étendu. Avec son secours, il semble que des personnes obères , séparées de nous , continuent de nous être présentes : une triste solitude paraît devenir un séjour riant et peuplé; nous croyons que ce qui n'est plus recouvre l'existence, et qu'elle est donnée à ce qui n'est pas encore : les spectacles réservés pour diflerens peuples passent successivement en revue devant nous. Mais, quelque admirables que soient les ouvrages de cet art merveilleux, ce ne sont que de simples apparences , et bientôt nous reconnaissons qu'il nous offre des fantômes pour des objets réels. En vain, la peinture se vante de faire respirer la toile. Il ne sort de ses mains que des productions inanimées. La poésie dramatique fournit, au contraire, des idées et des sentimens aux êtres qu'elle enfante , et , à l'aide du jeu théâtral, elle leur prête la parole et l'action. Les yeux seuls sont séduits par la peinture. Les prestiges du théâtre subjuguent les yeux, les oreilles, l'esprit et le cœur. Le peintre ne peut que représenter les

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cvcncmens. TiC comédien en quelque sorte les reproduit.

Sou art est, par cette raison, un de ceux auxquels il appartient le plus de nous faire éprouver un plaisir complet. IN otre imagination est presque toujours obligée de suppléer à r impuissance des autres arts imitateujs de la nature. Celui du comédien n'exige de nous par lui-même aucun supplément, et quand l'illusion est imparCaite, ce n'est point par l'imperfection de l'art, c'est par les défauts ou par les fautes des personnes qui le professent.

Que leur principale attention, avant de s'exposer à notre censure, soit de considérer de quelle manière le sort les a traitées, de se juger avec la même sévérité qu'elles ont à craindre du public, et d'examiner si elles ne sont pas privées des dons naturels , sans lesquels elles ne peuvent plaire, même au commun des spectateurs. Possèdent-elles ces avantages? qu'elles s'efforcent d'acquérir lestalens, sans lesquels elles ne peuvent plaire aux spectateurs qui ont du goût et du discernement.

11 faut que la nature ébauche le comédien; il faut que l'art achève de le former.

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