PREFACE
Il est étonnant que personne nait fait à notre nation un présent qui lui convenait plus particulièrement qu'à toute autre. L'art de composer des pièces de théâtre a été porté dans ce royaume à un plus haut degré de perfection que partout aillevu's. On aurait dû naturellement y voir quelqu'un entreprendre de rédiger, d'une façon claire et méthodique, ce qu'on peut dire sur l'art de les représenter.
Un philosophe^ en développant les secrets de cet art , non seulement n'avait pas à craindre de parler aux lecteurs une langue étrangère, mais était presque certain de leur offrir un ouvrage agréable. Si la tragédie et la comédie ont pris en France leur plus noble essor, les fictions dramatiques, surtout lorsqu'elles sont soutenues du jeu théâtral ;, sont aussi Tun
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lies aniuseinens les plus chéris des Français. 11 n'était point douteux (ju'ils ne sussent gré des efforts qu'on ferait pour rendre, en augmentant le nombre des hons comédiens, la représentation de ces fictions plus digne encore de plaire. Il n'était pas douteux non plus que la curiosité ne fut excitée par le titre d'un livre dont le sujet est riant par lui-même , et fournit de l'exercice à l'imagination ainsi qu'au raisonnement.
A la vérité, si l'agrément dont cette matière est susceptible avait de quoi tenter un auteur, la difficulté de la traiter avec succès pouvait détourner de la choisir. Pour répandre quelque lumière dans la théorie d'un art de goût, il faut soumettre au raisonnement et à l'analyse diverses vérités qui semblent n'être que du ressort du sentiment ; il faut en concilier plusieurs qui présentent en apparence des contradictions : il faut en même temps distinguer des idées qui ne diffèrent que par de légères nuances, et faire
apercevoir ces nuances an lecteur le moins clairvoyant. C'est un projet hardi , que de faire le premier cet essai sur un art cpii renferme autant de parties que Fart du comédien , et sur les principes duquel on est si peu d'accord.
Tout le monde convient que les acteurs, soit tragiques, soit comiques, ont besoin de plusieurs présens de la nature, mais l'unanimité cesse lorsqu'on descend dansl'énumération de ceux qui leur sont nécessaires. On est même souvent opposé dans des points à l'occasion desquels il ne devrait point y avoir de dispute , et tous les jours nous entendons dire qu'une qualité domine trop chez un comédien, tandis qu'il nous paraît en être absolument privé. Par rapport aux règles de l'art, on ne pense guère plus uniformément. Non seulement les uns rejettent des maximes que les autres donnent pour constantes , mais on n'attache pas les mêmes significations aux termes qu'on emploie.
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Dans une telle divers! le , Fauteur de cet ouvrage tâchera de démêler la vérité de Terreur, 11 n'a garde de prétendre toujours y réussir, et peut-être, en y réussissant, ne sera-t-il pas àTabri des contradictions. Sans doute même quelques personnes traiteront de témérité sa hardiesse à parler d'un art qu'elles supposent ne devoir point lui être familier. 11 les priera d'observer que sur les arts qui puisent leurs principes dans la nature et dans la raison , tout homme sensible et raisonnable a droit de hasarder ses conjectures. De pluS; il n'est pas difficile de prouver que ses jugemens ont pour le moins autant d'autorité que ceux des personnes qui professent ces arts. Les décisions de celles-ci doivent être suspectes, parce qu'elles peuvent être intéressées. Quelque importante que soit une qualité , rarement un acteur, si elle ne se trouve pas en lui, fera-t-il sentir la nécessité dont elle est au théâtre. On ne doit donc pas se mettre en peine que ceux qui écrivent
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sur certains arts aient les lalens convenables pour les exercer avec applaudissement, mais seulement qu'ils aient les lumières nécessaires pour en parler avec connaissance.
Quand ils ne laisseraient rien à désirer à cet égard , et quand on souscrirait à toutes les vérités qu'ils avanceraient , contenteraient-ils tous les lecteurs? Non sans doute. Vous ennuyez les uns, si vous n'égayez continuellement leur imagination. Vous blessez la gravité des autres, si vous n'occupez sans cesse leur jugement. Ceux-ci veulent que vous approfondissiez tout ; ceux-là, que vous ne leur donniez que la fleur de chaque matière.
Si dans ce livre l'auteur avait consulté ses seuls intérêts, il ne se serait attaché qu'à déduire d'une hypothèse quelques réflexions fines et générales, et à créer un ingénieux système, qui aurait pu servir de base aux règles de l'art, mais dans lequel les artistes ne les auraient pas aperçues. Il a consulté principalement
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les intérêts des leclours, à rinstruction desquels il destine cet ouvrage. Son intention a été, en attendant quil paraisse sur Fart du comédien un traité tel qu'on aurait droit de le désirer, d'aider les personnes qui veulent embrasser cette profession, à connaître si elles sont propres au théâtre, et à découvrir quelques uns des moyens par lesquels elles peuvent espérer de s'y faire applaudir.
Pourvu qu'elles retirent quelque fruit de son travail, il se consolera de plaire moins à celles qui ne liront ceci que pour leur amusement, et il s'estimera assez heureux , si après avoir fait ce qui dépendait de lui pour donner aux acteurs novices un livre qui leur manquait, il ne les voit pas continuer de se plaindre de leur indigence sur cet article.