PREMIÈRE RÉFLEXION
Les comédiens, dans les rôles subordonnés^ ne peuvent pas plus se passer de feu , desprit et de sentiment , que dans les premiers rôles»
L'espérance de recevoir ces applaudissemens généraux et constans, si désirés des auteurs et des comédiens , n'est permis , dira-t-on , qu'aux personnes qui remplissent au théâtre
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les premiers emplois. Que l'aiinable actrice, qui prête des grâces si touchantes aux pleurs (le Melanide; que cette même actrice, qui par im charmant contraste représente si naïvement le tendre embarras de la pupille, ail: toujours fait autant d'amans qu'elle a eu de spectateurs. Qu'une autre actrice , le principal ornement du Théâtre Italien, soit toujours sûre qu'on l'attend avec impatience sur la scène , et qu'on ne la verra qu'à regret en sortir. Quelques envieux, pour se consoler de n'être pas ainsi les idoles du public , prétendront que peut-être jamais elles n'auraient joui de ces flatteuses prérogatives , si elles n'avaient paru que dans des rôles subordonnés. Ils soutiendront que non seulement il faut renoncer à la réputation de grand comédien lorsqu'on est réduit à ne jouer que des rôles de cette espèce, mais encore que la comédienne la plus digne de plaire semble perdre une partie de son mérite et de ses charmes , lorsque le principal intérêt ne tombe pas sur le personnage qu'elle représente.
De pareils discours ne feront certainement jamais beaucoup de tort à la gloire des acteurs et des actrices célèbres ; mais les inductions qu'on tire de ce faux principe causent
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souveul ati spcclateur un préjudice considérable. La plupart des dél)ulans supposent qu'étant ohlij^és pour l'ordinaire d'accepter au théâtre les emplois les moins avantageux, ils ne doivent pas s'attendre à être extrêmement fêtés par le spectateur. De là ils concluent que ce serait une injustice à nous d'exiger d'eux une si grande perfection, et qu'ils peuvent se passer de divers avantages naturels.
Il n'est point douteux que la beauté du rôle ne contribue à faire briller le comédien. Il n'est pas douteux non plus qu'on ne supporte plus volontiers la médiocrité dans des acteurs destinés à représenter des personnages de peu d'importance, que dans les acteurs qui occupent les premières places sur la scène. Mais il n'çn est pas moins vrai qu'un habile comédien peut faire valoir des rôles (i)
(i) Les premiers acteurs travailleraient pour leur gloire , si de temps en temps ils avaient l'orgueil de jouer des seconds et des troisièmes rôles. L'honneur de faire découvrir , dans un rôle , des beautés qui n'y avaient pas été aperçues, vaut bien celui de se faire applaudir dans un autre qui attire des battemens de mains au comédien le plus médiocre.
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dont sans lui plusieurs spectateurs ue connaîtraient pas tout le prix. Il est aussi certain que si par la disette des sujets on pardonne au commun des personnes de théâtre de ne pas posséder éminemment certains dons de la nature, il n'y a aucun de ces dons qu'elles ne doivent posséder, du moins jusqu'à un certain degré.
Qu'on prenne au hasard la meilleure ou la moins bonne comédie des auteurs dignes de servir de modèles. On y verra tous les personnages animer chaque scène par l'exercice que leur donnent leurs passions, ou par celui qu'ils donnent aux passions d'autrui ; par l'embarras dans lequel ils se trouvent j ou par celui dans lequel leur subtilité ou leur maladresse jette les personnes qu'ils veulent desservir ou liavoriser; par leurs méprises comiques, fruits ingénieux de la gaîté de l'auteur , et sources fécondes d'un plaisir toujours nouveau pour les spectateurs, ou par des actions et des discours qui présentant en même temps diverses faces, donnent lieu à l'erreur de quelqu'un qu'on veut tromper, et servent à la faire durer. Toujours en mouvement, ils nous y tiennent sans cesse , et les moindres d'entre eux soutiennent partout le nom d'acteurs.
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qui n'est donné aux pcrsonnai^cs d'un ouvrage dramatique que parce qu'ils doivent être toujours agissans.
La voix 5 la mémoire suffiront-elles à un comédien pour représenter des personnages qui souvent ne sont pas moins difficiles a rendre que celui du héros de la pièce? Si des acteurs n'ont point de feu ni d'intelligence, si la nature leur a refusé le sentiment , comment réussiront-ils, je ne dis pas à plaire, mais à se faire supporter (Jans le moins considérable de ces personnages?
Dans la tragédie, la supériorité d'un rôle sur l'autre est beaucoup plus grande que dans la comédie; mais il s'en faut bien qu'il puisse y avoir la même subordination entre les talens des acteurs tragiques qu'entre leurs rôles. Il se trouve, dans plusieurs des pièces que jouent ces acteurs, un certain nombre de personnages qui sans intéresser autant que ceux du premier et du second ordre, disent des choses assez importantes pour que le spectateur ne veuille pas les voir défigurées. Quelques morceaux des rôles des simples confîdens, surtout les récits dont ils sont souvent chargés, sont, du moins pour le commun des auditeurs, aussi frappans que les plus belles
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scènes par la vivacité des niouvcmcns et par la pompe des images.
Duquel des avantages dont j'ai pailé im comédien pourra-t-il se passer, lorsqu'il s'ai^ira de conserver à ces morceaux toute leur majesté et toute leur force? Ils ne font, à la vérité, que la plus petite partie des rôles des confidens; mais par cette raison même ces rôles sont peut-être les plus dldiciles à jouer. Un acteur, soutenu par un rôle continûment pathétique, est bien maladroit s'il ne se fait pas applaudir. La grande difîlculté consiste à tirer de son art les secours qu'on ne trouve pas dans son personnage. Pourvu qu'on n'ait pas une figure absolument disgraciée, on peut en imposer à la multitude par la magnificence des vêtemens. Il faut être extrêmement favorisé de la nature pour se faire respecter sous un habit modeste.
Les personnes que diverses convenances éloignent des premiers rôles seraient à plaindre si , ayant besoin de tant d'avantages, elles avaient lieu de croire qu'elles ne peuvent jamais s'attirer de notre part beaucoup d'attention. Dissipons cette erreur, et assurons -les que notre estime pour elles ne se mesure point à l'importance de leurs emplois , mais au
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succès avec Icffuel elles s'en acquittent; que le mérite se fait remarquer sous le nom de Tliéramène comme sous ceux de Thésée et d'Tlippolyte, et que pour juger de la beauté d'un portrait , nous n'examinons point s'il représente un monarque ou un simple soldat.