‹ Mémoires de MoléChapitre 55 sur 85 · II. (OMi nn.N. j.oi · texte numérisé non relu

II. (OMi nn.N. j.oi

sv passer ceux qui soiil destinés à êti'o repjar- (Ics (le près.

11 faul (]uc les passions se peignent avec vivacité snr le visa«^edu comédien. 11 ne faut pas qu'elles le défigurent. Toute actrice ne peut avoir les avantages d'une que nous regretleroîis tant que les appas et les talens auront droit de nous plaire; qui n'a paru, pour ainsi dire, qu'un instant sur la scène, et qui semble s'y être montrée seulement pour nous consoler de la mort de M"*^ Le Couvreur. Il n est pas donné à toute personne de théâtre d'avoir une de ces physionomies privilégiées que les passions, même chagrines, embellissent, et qui charment toujours sous quelque forme qu'elles se déguisent; mais du moins sommesnous fondés a prétendre qu'on ne nous représente pas la colère avec des convulsions, et qu'on ne nous rende pas l'affliction hideuse au lieu de la rendre intéressante.

Ordinairement on ne tombe dans ces défauts que parce qu'on n'est pas véritablement irrité ou attendri, selon que l'exige la situation du personnage. Eprouvez-vous fortement l'une de ces impressions ? elle se peindra sans effort dans vos yeux. Etes-vous obligé de donner la torture à votre âme pour la tirer de sa léthar-

'2i)U Lr: roMr'rm.N.

^w ^ Tëtat force de votre intérieur se remarquera dans le jeu de vos traits, et vous ressemblerez plutôt à un malade travaillé de quelque accès étrange qu'à un homme agité d'une passion ordinaire.

Quelquefois aussi la physionomie d'un acteur peut n'être propre que pour exprimer certaines affections de l'âme. Il est des visages tristes qui semblent n'être destinés qu'à verser des larmes et à en faire répandre. Il est des visages faits pour représenter la joie et pour l'inspirer. Sur les premiers, la gaîté ne rira jamais que d'une façon contrainte ; la tristesse sur les seconds sera toujours déplacée , et on l'y prendra pour une étrangère qui veut s'établir dans un pays dont tous les habitans sont ses ennemis.

La vérité de l'attitude, du maintien et du geste n'importe pas moins à la vérité de l'ac^ tion que la vérité du jeu des traits. Ce qui regarde l'attitude et le maintien a été suffisamment développé dans les deux Chapitres précédens. Évitons les longueurs, et contentons-nous de faire quelques observations sur les gestes.

Ils ont une signification déterminée , ou ils ne servent qu'à ajouter de l'âme à l'action.

Avec ceux de la première espèce noiii!; pouvons faire ronnaîti'e les mouveniens qui nous agitent , et produire chez les spectateurs les sentimens que nous avons dessein de leur inspirer. Au défaut de la parole, par le secours de ces signes , nous peignons nos désirs, nos craintes , notre satisfaction, notre dépit ; nous supplions , et nous obtenons nos demandes; nous nous plaignons , et nous forçons les autres de prendre part à nos infortunes; nous menaçons, et nous excitons la terreur. Ces signes ne sont point arbitraires; ils sont institués par la nature elle-même, et communs à tous les hommes. C'est une langue que nous parlons tous sans avoir besoin de l'apprendre, et par laquelle nous nous faisons entendre de toutes les nations. L'art chercherait en vain à la rendre plus intelligible et plus énergique ; il ne peut tout au plus que la polir et l'orner; il enseigne seulement aux comédiens à ne s'en servir que de la manière convenable aux rôles qu'ils jouent.

Il les instruira, par exemple, que le comique noble demande beaucoup moins de gestes passionnés que le comique du genre opposé. On devine d'où vient cette diffé-

JlO/| LK COMKDJKN.

lence. I^a iiadire, Jivrce à cUc-niemc, a des mou venions moins m(;surés que lorsqu'elle est reteiuie par le frein de l'éducation. Les gens du grand monde ont les mêmes passions que le peuple ; mais chez eux les passions sont hypocrites, et elles afïectent un air modéré et raisonnable. Un seigneur a pour l'ordinaire un dépit tranquille. Lucas, dans sa colère, s'agite, renverse table et sièges, bat sa femme et ses enfans.

L'usage fréquent des gestes passionnés n'étant point admis dans le comique noble, devrait l'être encore moins dans le tragique. Autant un seigneur est au-dessus d'un homme du peuple, autant un héros est-il au-dessus d'un homme qui n'est que seigneur. Si celuici est tenu de garder un certain respect pour .son rang , c'est un devoir bien plus indispensable pour l'autre de soutenir par un extérieur grave la haute idée qu'on a de son caractère.

Cependant la tragédie dans diverses scènes, particulièrement dans celles de tendresse, et dans quelques-unes de grands mouvemens, tolère, exige même la multiplicité, non seulement des gestes destinés à peindre les af-

toclii)iis de làiiic, mais encore de ceux qui Il ayant aucune signilicalion ne servent qu'à rendre Taction plus animée, (i)

Ceux de celte dernière classe sont plus subordonnes à l'art que ceux de la première. 11 leur prescrit diverses règles. Ce n'est ici le lieu de parler que de celles qui ont rapport à la vérité de l'action. Voici les plus importantes :

On veut que les gestes, même lorsqu'ils n'expriment rien, aient un air d .expression, et surtout qu'ils ne sentent point l'étude. Dans les rôles faits pour intéresser , ils doivent toujours être nobles. Non seulement dans ces rôles, mais dans quelque rôle que ce soit, il importe qu'ils soient variés; autrement ils paraîtront des tics de l'acteur , plutôt que des efl'ets des impressions produites chez le personnage par ses difïérentes positions.

A ces règles on peut en ajouter une autre. Le comédien en général doit user plus ou

(i) Il n'est point douteux que la tragédie, dans (quelques scènes de grands mouvemens , n'exige beaucoup de gestes : peut-être , dans plusieurs scènes de tendresse , en exigc-t-elle moins que les acteurs tragiques n'ont coutume d'en employer.

>.oG LE COMI-niEN.

moins de gestes de toute espèce , selon le caractère de sa nation. En France il doit gesticuler beaucoup moins qu'en Ilalie.

N'omettons pas une dernière remarque.

Quelques personnages comiques ayant été inventés par le caprice (ï) , n'ont point à certains égards de modèles parmi les hommes que nous connaissons. Pour juger l'acteur qui représente ces personnages, notre objet de comparaison est presque toujours l'acteur qui les représentait précédemment avec succès. Il est de votre intérêt dans les rôles de ce genre de ne pas trop différer de l'homme dont vous prenez la place. Peut-être, pour plaire autant que lui à la plupart des spectateurs , faudrait-il avoir même jusqu'à ses défauts; plus votre jeu sera semblable au sien, plus vous paraîtrez jouer avec vérité.

(i) Tels sont les rôles de Crispin , de Pourceaugaac, et€.

LE COMEDIKN. 9 0'

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