‹ Mémoires de MoléChapitre 81 sur 85 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Conclusion de cet ouvrage.

Aux observations qu'on a lues je pourrais ajouter rcxameu de plusieurs questions relatives à la matière que je traite. Pour ne pas être trop long, je répondrai seulement à quelques unes.

Il vient d'être fait mention de personnes de théâtre pour le^^quelles le choix des rôles sem])lait être indiiïérent, qui dans tous étaient également applaudies. ]N 'auraient-elles pas encore plus excellé , si , optant entre le tragique et le comique, elles s'étaient appliquées à un seul de ces deux genres ?

Je n'oserais l'affirmer, mais je sais qu'en général cela doit être ainsi, chaque genre demandant lui seul une si longue étude , et l'un exigeant souvent des parties fort opposées à celles dont on ne peut se passer dans l'autre. J'avouerai même que je crois impossible de réussir en même temps à un certain point dans

la Iragodic et dans certains rôles comiques.' Par exemple, malj^ré l'usaj^e presque constamment établi , je n'approuverai jamais que le même aclem- entreprenne de représenter les rois et les paysans.

Une seconde question suit naturellement de la première. Est-il plus aisé de se distinguer dans la comédie que dans la tragédie?

Les avantages naturels qu'on désire également chez les acteurs tragiques et chez les comiques doivent être plus parfaits chez les premiers. D'autres avantages dont les tragiques ont besoin , et qui ne sont pas nécessaires aux comiques, sont plus rares ; par conséquent il se trouve moins de sujets propres pour la tragédie que pour la comédie. Il n'est ^ pas dou'eux non plus que les parties qui concernent l'extérieur du comédien ne demandent une moins longue culture chez l'acteur comique que chez le tragique. A l'égard de celles qui regardent la finesse du jeu, peutêtre exigent-elles du premier beaucoup plus d'étude qu'elles n'en exigent du second. lei, je parle de la finesse du jeu^ requise pour jouer le comique proprement dit. Des pièces dénuées de toute action théâtrale, et qui ne sont au'un tissu de conversalions, seront repré-

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sentées toujours avec succès et sans beaucoup de travail , même par des comédiens d'un médiocre lalent, dès qu'ils auront des {^^ràces, un peu d'usage du monde, et quelque intelligence.

Pour un acteur qui se destine au cothurne, quelles sont les tragédies les plus faciles à jouer de celles de Corneille ou de celles de Racine?

Sur cet article , une personne de théâtre doit se consulter elle-même. Telle pièce, pour un comédien , sera plus facile à jouer , pour un autre sera plus difficile. Celles qu'un acteur jouera le mieux, seront celles qui auront le plus de rapport avec son caractère. Si la tendresse est sa passion favorite , qu'il choisisse Racine. Si le grand et le majestueux font plus d'impression sur lui que le tendre et le délicat, qu'il préfère Corneille.

Par mes réponses à ces trois seules questions, on doit conclure que pour jouir d'un spectacle parfait, il faudrait presque avoir des comédiens, non seulement pour chaque genre de pièces, mais encore pour chaque espèce particulière de rôles.

De cette conséquence j'en tirerai une autre , par laquelle je terminerai cet ouvrage. On se plaint que d'excellens acteurs qui , pour se

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prêter aux besoins du tlioàtro, représenlcnt une infinité de personnages (IKlcrens, ne réussissent pas dans rpielques uns. On devrait au contraire être surpris qu'oliligés d'étudier sans cesse de nouveaux rôles, ils en jouent supérieurement un si grand nombre. Bien loin de les rebuter par une injuste censure, accordons-leur toute l'estime qu'ils ont droit d'attendre de nous. Evitons aussi de décourager par une sévérité déraisonnable les acteurs novices qui joignent aux avantages naturels que leur profession çxige, l'émulation nécessaire pour mériter par la suite nos applaudissemens.

Surtout, ne nous laissons point gagner par la manie triste des admirateurs du temps passé, lesquels croient que le présent lui est toujours inférieur. Désirons avec eux que certains rôles soient joués avec plus de vérité, d'autres avec plus de feu , quelques uns avec plus de grâces; mais ne nous dissimulons point que nos pères ainsi que nous ont eu souvent occasion de faire de pareils souhaits.

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